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Yiddish
Le judéo-allemand (aussi appelé yiddish API: [ˈjiːdɪʃ], également orthographié yidish, jidisch ainsi que, selon les rectifications orthographiques du français, yidich ou yidiche) est une langue germanique dérivé du haut-allemand, avec un apport de vocabulaire hébreu et slave, qui a servi de langue vernaculaire aux communautés juives d'Europe centrale et orientale (“ashkénazes”) du Moyen Âge. En judéo-allemand, yiddish (yi)ייִדיש est un adjectif qui signifie «juif, concernant les Juifs» (le substantif «Juif» correspondant se disant yid au singulier et yidn au pluriel). Les yiddishophones, locuteurs de la langue yiddish, désignent eux-même leur langue par le terme yidishdaytsh (yi)ייִדישדײַטש (c'est-à-dire l'« allemand juif », le « judéo-allemand »). De toutes les langues juives, le yiddish est celle qui a connu la plus large expansion géographique : onze millions de personnes, soit les deux tiers des Juifs du monde, le parlaient à la veille de la Seconde Guerre mondiale[1]. Le génocide des Juifs par les nazis, durant lequel la majorité de la population juive d'Europe a été exterminée, a sonné le glas de cette langue. Les linguistes divisent l'histoire du yiddish en quatre grandes périodes : le pré-yiddish, jusqu'en 1250 ; le yiddish ancien, de 1250 à 1500 ; le moyen yiddish, de 1500 à 1750 et, enfin, le yiddish moderne, de 1750 à nos jours.
[modifier] Naissance et développement de la langueL'hébreu a perdu son caractère de langage parlé dès avant l'ère chrétienne. Il a été remplacé par d'autres langues d'usage, nées de la fusion partielle de l'hébreu avec les idiomes des populations avoisinantes. L'origine de toute nouvelle langue juive est le résultat de la fusion de trois sortes de matériaux: des éléments de l'hébréo-araméen toujours vivants; des éléments de la langue des populations environnantes et enfin des vestiges d'un parler juif antérieur, apporté depuis d'autres pays au fil des migrations[1]. [modifier] Alt Yiddish (1250 – 1500)Le yiddish est né vers le XIIe siècle dans les communautés juives prospères de Lotharingie (en Rhénanie) autour de Mayence (Magenza), Cologne, Spire (Schapira), Worms (Wormaïza) et Trèves. Cette interprétation est soutenue par le grand linguiste du yiddish Max Weinreich. Cependant d’autres estiment que le yiddish serait né du côté de la frontière germano-polonaise. Les linguistes ont recherché son origine en utilisant des critères historico-linguistiques tels que la recherche de sa proximité la plus grande avec les différents dialectes allemands. Les quelques textes du Moyen Âge qui subsistent montrent cependant que le yiddish n'est pas né d'un unique dialecte allemand, mais d'une constellation de dialectes, notamment l'alémanique et le bavarois. Le yiddish est donc une langue de fusion composée d'éléments puisés dans la principale langue de contact, c'est-à-dire les dialectes allemands. On trouve aussi des traces d'ancien français, et une composante sémitique importante formée à partir de l'hébreu et de l'araméen[2]. La première inscription en yiddish date de 1272 ; il s'agit d’un fragment de prière écrit dans la marge du Mahzor de Worms (livre de prière pour les fêtes juives) qui se trouve actuellement à la bibliothèque nationale d’Israël. Le premier texte littéraire écrit en yiddish est le manuscrit de Cambridge datant de 1382. Une littérature naît, comprenant de la poésie et des traductions de la Bible. On y observe une relative uniformité linguistique[1]. [modifier] Mitl yiddish (1500 – 1700)
A page from the Shemot Devarim, un dictionnaire Yiddish-hébreu-Latin-allemand et son thesaurus, publié par Élie Bahur Lévita en 1542
À partir XIVe siècle, les communautés juives d'Europe occidentale migrent massivement en Europe centrale (Bohème-Moravie, Pologne et Lituanie) et vers la vallée du Danube. Le yiddish connaît un nouveau développement en intégrant des locutions en langues slaves: le tchèque, l'ukrainien, le biélorusse, le polonais ou le russe. Le contact avec la culture et les langues slaves eut un impact décisif sur la physionomie du yiddish, que ce soit en ce qui concerne la phonologie, la morphologie ou la syntaxe[2]. C'est aussi à cette époque qu'a lieu la différenciation entre le vieux tronc occidental de la langue et les nouveaux dialectes dans l'aire slave[1]. Au moment de l'essor de l'imprimerie, de nombreux ouvrages populaires sont édités en Italie du Nord, en Allemagne, à Prague, Lublin, Bâle ou Amsterdam. Sont imprimés de nombreuses traductions de la Bible, en vers et en prose, des poèmes liturgiques, des livres de prières, des interprétations des textes saints. Le plus célèbre ouvrage est le Tsenerene (Bâle, 1622), écrit par un prêcheur itinérant, Jacob ben Isaac Ashkénazi de Janov. Ce commentaire de la Bible a connu des centaines d'éditions[2]. La littérature yiddish du XVIe siècle comporte aussi des transpositions des chansons de geste germaniques ou les adaptations en vers des livres historiques de la Bible, rédigés à la manière des romans de chevalerie comme le Shmuel bukh et le Melokhim bukh (1544). Le Bovo bukh (1541) d'Élie Bahur Lévita, un humaniste juif originaire des environs de Nuremberg et installé à Venise après l'expulsion des Juifs de sa ville natale en 1499, est l'adaptation en yiddish de l'histoire d'un héros épique italien, lui même adaptation du chevalier anglo-normand Beuve de Hanstone, le chevalier Buovo[2]. Il est à l'origine de l'expression yiddish, Bove-mayse (histoire à dormir debout), devenu ensuite Bobe-mayse (histoire de grand-mère)[3]. Le Bovo bukh a été sans cesse réimprimé ou presque pendant plusieurs siècles. À la fin du XVIIIe siècle, des adaptations sont même publiées sous le titre Bove-mayse. La dernière édition date du début du XXe siècle[4]. Quand Bovo a disparu de l'imaginaire ashkénaze, le mot a été remplacé par Bobe, un mot d'origine slave[5]. Au XVIIIe siècle, les Juifs d'Allemagne, attirés par l'idéologie rationaliste et assimilationniste de la Haskala, adoptent volontiers la langue allemande et abandonnent peu à peu le yiddish occidental[1]. Il en est de même pour de nombreux Juifs de l'Empire d'Autriche. À cette époque, les nombreux textes publiés en langue yiddish s'adressent principalement aux lecteurs populaires. Mais il ne subsiste qu'un faible pourcentage de la littérature de cette époque du fait des destructions qui ont eu lieu surtout durant la seconde guerre mondiale[2]. Le mouvement hassidique (XVIIIe siècle), argumentant sur la sacralité de la langue hébraïque, donnera le départ d'une littérature d'érudition et de fiction. Le plus important est le recueil des légendes est les Shivhei ha-Besht, « Les louanges du Besht », (1815). Cette oeuvre raconte les exploits miraculeux d'un des grands maîtres de la mystique juive. Les Sippurei mayses de Rabbi Nahman de Bratslav diffusent les thèmes de la kabbale par le biais de narrations poétiques et fantastiques d'une grande beauté[2]. [modifier] Naï yiddish (1700 - )Les promoteurs de la Haskala, méprisent le yiddish, jargon du ghetto, stigmate d’un passé détesté et emblème d’une culture rejetée en bloc comme irrémédiablement obscurantiste. Ils écrivent cependant dans cette langue afin de diffuser leurs idées auprès de la masse des Juifs. On édite en yiddish des ouvrages de vulgarisation scientifique, des récits de voyage, des mélodrames, mais aussi des pamphlets contre le hassidisme, considéré comme un des obstacles majeurs à la modernisation de la société juive[2]. [modifier] Le XIXe siècleLes bouleversements provoqués par l’industrialisation et par l’urbanisation des populations font du yiddish la langue du prolétariat juif et favorisent considérablement la sécularisation de la culture traditionnelle, voire la critique de la société traditionnelle. L'essor de la presse et du livre bon marché au XIXe siècle permet de multiplier les ouvrages populaires et de les distribuer dans les moindres bourgades du monde ashkénaze. Les troupes de théâtre se multiplient[2]. À la fin du XIXe siècle, la lutte pour le développement du yiddish sera entreprise avec ferveur par le mouvement ouvrier juif et, en particulier, par le Bund. Cette langue, parlée par les communautés juives d'Europe centrale et orientale, se répandra dans d'autres régions du monde, principalement aux États-Unis avec les vagues d'immigration de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Un autre pôle de la culture yiddish n'est pas à négliger. À partir du XIXe siècle a été créée une langue standard, la klal shprakh, avec une grammaire normalisée et un enseignement universitaire. Elle est fondée sur le yiddish lituanien. Cette langue gomme en partie les disparités entre les dialectes et donne au yiddish une plus grande uniformité et respectabilité. Le yiddish assimile également au cours de cette période beaucoup du vocabulaire dit international, surtout composé de mots néo-grecs ou néo-latins couramment employés dans la terminologie politique, technologique ou scientifique[1]. Ce travail est dû à Samuel Joseph Finn (1820-1890) qui avec d'autres auteurs lituaniens pose les fondations de l'historiographie de la littérature juive en yiddish[6]. La stabilisation de la langue a stimulé la création littéraire. Cette langue littéraire est d'une grande richesse et souplesse. Elle garde de nombreux liens avec les sources de la tradition hébraïque : la Bible, les Midrashim, les commentaires de la Torah[2]. Mendele Moykher Seforim, Sholem Aleykhem, Isaac Leib Peretz, donnent à la littérature yiddish ses lettres de noblesse. Le yiddish, longtemps considéré comme le « jargon juif du ghetto », est devenu une langue de savoir, d'étude et de création. La littérature yiddish ne s'intéresse pas qu'au monde juif, elle prend part aux principaux mouvements de l'avant-garde européenne, entre autres le symbolisme ou l'expressionnisme[2]. [modifier] Le XXe siècle
Le Birobidjan
L'énorme travail pour la constitution d'une langue et d'une littérature, a servi de base à la Geshikhte fun der jidisher literatur («Histoire de la littérature juive»), écrite en yiddish par l'historien Israel Zinberg, publiée à Vilnius entre 1927 et 1937. En 1925, un Institut scientifique yiddish (YIVO) est fondé à Berlin. Très vite, il déménage à Wilno/ Vilnius où il devient le centre des études de l'histoire des Juifs d'Europe orientale. En 1940,, il s'installe à New-York mais sans pouvoir transporter sa riche documentation[6]. La révolution communiste de 1917, puis la création de l'URSS en 1921 isole certaines communautés, tout en permettant un développement culturel majeur (on comptait environ 150 journaux en yiddish) et plus de 7 500 livres et brochures. À la fin des années 1920, Staline créa au Birobidjan (région jouxtant la frontière chinoise à l'extrême sud-est de la Sibérie), une Région automne juive dont la langue officielle est le yiddish. Le Birobidjan existe toujours. On y enseigne encore le yiddish dans quelques écoles. Mais il n'y reste qu'environ 4 000 juifs, et le projet fut un échec. Aux États-Unis, la littérature yiddish commence à se développer après la première guerre mondiale. Isaac Bashevis Singer, émigré aux États-Unis en 1935 et prix Nobel de littérature en 1978 en est le plus illustre représentant. Le nombre de personnes dont la langue maternelle est le yiddish dépasse largement les 11 millions dans le monde à la fin des années 1930. C'est en Europe qu'on trouve le plus de yiddishophones: 8 millions dont 3,3 millions en Union Soviétique, 800 000 en Roumanie, 250 000 en Hongrie, 180 000 en Lituanie. Dans la Pologne de l'entre-deux-guerres, il existe plus de 1 700 titres. Des recherches partant de 364 ouvrages yiddish publiés en 1923 ont montré la répartition suivante: 24,4 % relevaient des belles lettres, 13,5 % étaient destinés à de jeunes lecteurs, 11 % étaient des manuels, 8,5 % de la poésie, 8,8 % des pièces de théâtre; 25 titres traduits d'autres langues; quant au lieu de publication, plus de 70 % de ces ouvrages étaient parus en Pologne, 13 % en Allemagne, 6 % aux Etats-Unis et 6 % en URSS[6]. Le yiddish a été presque entièrement anéanti en Europe en même temps que le monde juif pendant la Shoah, le khurbn en yiddish (de l'hébreu khurban, destruction)[7]. De plus, le patrimoine issu des 600 ans de culture yiddish lituanienne a été détruit ou démantelé. Cette destruction a commencé, dès 1940. Elle a été menée d'abord par M. Pohl, attaché scientifique au musée oriental de Francfort qui, tout en suivant des instructions du Reichsleiter Alfred Rosenberg, a envoyé à Francfort quatre-vingt-quatre coffres de documents inestimables, dont 20 000 livres rares, quatre incunables et autres précieuses collections anciennes juives. En même temps, 80 000 livres de cette bibliothèque et d'autres bibliothèques juives sont vendus à une usine de papier, en tant que papier à recycler. Un adjudant allemand a jeté le contenu de six des quatre-vingt-quatre coffres pour transporter des porc et a vendu les reliures de cuir à une usine de chaussures. En mai 1942, cinq chargements de camions de livres juifs de la bibliothèque de Kaunas sont envoyés dans une usine de papier, de même que les collections particulières[6]. De plus, en URSS, entre les années 1940 à 1950, les autorités entreprennent une répression envers les locuteurs et les intellectuels de langue yiddish. En 1948, toutes les institutions culturelles juives sont fermées, y compris les orphelinats, les jardins d'enfants et les classes juives des écoles primaires en Lituanie, en Biélorussie et en Ukraine: toutes les collections de folklore et de dialectologie des institutions académiques juives de Minsk et de Kiev sont détruites, les auteurs yiddish interdits[6]. L’écrivain ukrainien yiddishophone Motl Grubian (1909-1972) est déporté sept ans dans un camp de Sibérie. Le poète yiddishophone ukrainien Peretz Markish aest exécuté le 12 mars 1952 à Moscou ainsi que Leib Kvitko et Itsik Fefer. Si les Juifs russes et ukrainiens sont aujourd'hui assimilés, on peut l'attribuer à l'histoire soviétique En Israël, le yiddish, langue majoritaire des émigrants d'Europe centrale et orientale (Yiddishland), a souvent été considéré comme un obstacle au développement de l'hébreu moderne et a du mal à se maintenir. Les autorités ont témoigné au mieux de l'indifférence et au pire de l'hostilité à l'égard de la culture yiddish, considérée comme un héritage de l'exil. D. Galay parle même d’une stigmatisation générale de la langue yiddish. On estime que deux millions de personnes continuent à le pratiquer, du moins en tant que deuxième langue, principalement aux Etats-Unis et en Israël, mais aussi en Europe orientale et occidentale[6]. Le Yiddish s'est maintenu en tant que langue principale dans certaines communautés harédies de la diaspora comme en Israël, ainsi à Kiryas Joel ville de 13 000 habitants de l'état de New York aux États-Unis, 90% de la population déclare utiliser le Yiddish comme première langue[8]. En France aujourd'hui, 60 à 80.000 personnes l'utilisent comme langue vernaculaire et 150.000 comme langue maternelle[9]. Dans les milieux juifs laïques, on assiste actuellement à un regain d'intérêt pour le yiddish notamment auprès des jeunes Juifs de la diaspora, accès privilégié au patrimoine culturel juif, marqueur d'identité et lien avec la mémoire et l'histoire ashkénazes[2]. c'est en France que l'on trouve la vie yiddish la plus intensive d'Europe occidentale. Paris est le lieu d'activité du sculpteur mondialement connu Jacques Lipshitz, né à Druskininkai, en Lituanie. Paris est la seule ville européenne où des émissions sont diffusées en yiddish. Des cours de yiddish pour enfants sont dispensés par diverses organisations juives. Des intellectuels juifs émigrés de Pologne au cours de la période de Gomulka ou d'URSS ont créé le Centre culturel yiddish de Paris[6]. La littérature juive connaît à son tour un regain de tendresse vis-à-vis de la culture classique dont cette langue est le véhicule. De nombreux personnages des œuvres juives, américaines ou françaises, sont imprégnés de l'humour « typique » du folklore yiddish[10]. Popeck est est un bon exemple. [modifier] Une langue originale[modifier] Une langue métisséeLe yiddish s'écrit en alphabet hébraïque, même si ce n'est pas une langue consonantique (on y rajoute des voyelles) comme l'hébreu. Le système d'écriture est né d'un compromis entre les lettres utilisées en hébreu et système phonologique de l'allemand. On observe une multitude de traits linguistiques propres qui font du yiddish une langue à par entière et non une branche dialectale des parlers germaniques que ce soit dans le domaine de la morphologie, de la sémantique ou de la syntaxe[2]. Sa grammaire repose sur des bases de la grammaire allemande et son vocabulaire se compose d'éléments germaniques (80 %), sémitiques (10 % à 15%) et slaves (environ 5 %). Un aspect intéressant du lexique est la création de mots formés d'emprunts aux multiples composantes de la langue, que ce soit l'allemand, les langues slaves ou l'hébreu. en effet, il est fréquent que des racines étymologiquement hébraïques ou slaves se conjuguent à l'aide de désinences d'origine germanique et que des noms de souche romane ou allemande ajoutent au pluriel des suffixes de forme hébraïque[1]. L'expression oysgemutshet un oygemartert montre à elle seule la richesse de la langue. Oys et ge sont des préfixes germaniques; oys signifiant, "tout le temps, complétement" et ge étant la marque du participe passé. Mutshet est d'origine slave, matert, d'origine germanique. La répétition de deux termes de sens très proches n'est pas rare en yiddish. Il est le résultat d'une influence biblique[11]. Le yiddish ayant des accents et formes dialectales, il peut exister de notables différences entre locuteurs selon les zones linguistiques dont ils sont originaires. Le yiddish existe aussi en écriture latine (translittération) pour les locuteurs qui ne lisent pas l'écriture hébraïque. Il existe aussi des mots qui n'existent pas dans les langues auxquelles ils semblent empruntés. Ainsi l'allemand a donné au yiddish le nom kenig (« roi »), mais c'est sur le modèle hébreu que le verbe kenign (« régner ») a été formé; unterzogn (« souffler des mots à quelqu'un ») a ce sens en yiddish grâce à deux éléments germaniques qui ont été unis selon le modèle d'un verbe slave[1]. Les yiddish est une langue qui a toujours intrigué les linguistes et les philologues. Ils se demandent comment définir une langue proche de la famille des parlers indo-européens, mais qui comprend, en même temps, un fort pourcentage d'hébraïsmes. Compte tenu de la fragmentation dialectale, il serait d'ailleurs plus juste de parler de yiddishs, au pluriel, plutôt que d'une seule et unique langue. Il existe en effet, une multitude de dialectes. Le yiddish occidental est parlé en Alsace, Suisse, Allemagne et Hollande. Le yiddish oriental est utilisé dans l'aire géographique de l'Europe de l'Est où l'on distingue trois types de locuteurs: les polakn (Polonais), les litvakes (Lituaniens) et les galitsiyaner (Galiciens)[12]. Les oppositions dialectales reflètent aussi des différences dans les pratiques alimentaires, le rituel religieux ou les modes de vie[2]. Les détracteurs du yiddish ont affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une langue en tant que tel mais bien de différents patois germaniques. Cependant les linguistes affirment qu'ils s'agit bien d'une langue en tant que tel. Le yiddish a été dans les années 20 (possiblement de 1926 à 1937) une des langues officielles de la République socialiste soviétique biélorusse. [modifier] Une langue imagéeMême si les concordances avec l'allemand sont nombreuses, les différences sont importantes. Elles sont liées au caractère particulier de la pensée juive. Le yiddish comprend des mots hébreux qui n'existent pas dans les langues non-juives comme mikve (bain rituel). Il regorge aussi d'expressions savoureuses: hak mir nisht kayn tshaynik qui signifie littéralement "ne me cogne pas une théière" est une expression qui peut vouloir dire: arrête de jacasser pour ne rien dire ; elle emploie l'image d'une bouilloire dont le couvercle se soulève et crépite sans arrêt[13]. Les références au monde non-juif sont aussi très présentes. Quelqu'un qui a été oublié ou ignoré va dire: "Ikh hob zikh geshmat?" ce qui signifie:" Est-ce que je me suis converti au christianisme?". C'est l'équivalent du français: "Et moi, je sens le pâté?[14]?" Les pratiques religieuses ont elles aussi données naissance à de nombreuses expressions imagées. Le shlogn kapores, (kapparot en hébreu) est une cérémonie traditionnelle aujourd'hui tombée en désuétude sous sa forme originelle sauf chez les Hassidim. Elle consiste à faire tourner un poulet vivant au dessus de sa tête, la veille de Yom Kippour en récitant une prière[15]. Le poulet se charge alors des fautes de celui qui prie. Le choix du poulet peut s'expliquer ainsi. En hébreu, coq se dit gever, ce qui peut aussi vouloir dire homme. "Œil pour œil", "gever pour gever". Le jeu de mot a induit la pratique rituelle[16]. Le mot kapores, intraduisible en français a été récupéré pour de nombreuses expressions. Zayn di kapore far signifie être amoureux de, aimer quelqu'un au point d'être prêt à se sacrifier pour lui comme un poulet lors du shlogn kapores. Shlogn kapores mit signifie rabaisser, abuser d'une personne, darfn af kapores, littéralement "en avoir besoin pour les kapores" veut dire n'en avoir aucun usage[17]. Les Juifs n'aimant désigner directement les choses horribles ou tristes utilisent volontiers l'antiphrase. Cette tendance qui prépare le terrain à l'ironie et à l'humour juif se retrouve dans les expressions yiddish. Ainsi pour parler d'un cimetière, un yiddish dit "dos gute ort" , le bon endroit ou "beys khayim", la maison de vie[18]. Il est parfois impossible de parler par antiphrase. dans ce cas, on rajoute: nisht far aykht gedakht, que cela vous soit épargné ou rakhmone litslan, que Dieu nous en préserve![19]. Le yiddish compte un nombre très important de malédictions toute plus imagées les unes que les autres. [modifier] L'imaginaire yiddishLe juif yiddish pense qu'il est assailli en permanence par des démons: le mazik, un mélange de fantôme et d'elfe malintentionné, le lets, un esprit frappeur malin et espiègle, le ruekh, un esprit désincarné qui peut s'installer dans un être humain[20], le dibbek, un esprit qui a abandonné un corps et est prêt à s'installer dans un autre pour y faire des ravages. Grâce à la pièce de Shalom Anski, Le Dibbouk de 1920, le dibbek est le plus connu des monstres juifs[21]. La crainte des démons a engendré un certain nombre de superstitions que les rabbins se sont évertués à expliquer de manière "rationnelle". Parmi les coutumes superstitieuses on peut citer celle qui consiste à casser un verre à la fin d'un mariage[22] pour éloigner un démon, sitre-akhre, en lui donnant sa part à la cérémonie. Il peut ainsi aller ailleurs ruiner le mariage d'un autre couple[23]. La littérature yiddish est une source de première valeur pour connaitre l'imaginaire yiddish. Peretz a su décrire l'imaginaire hassidique dans les contes folkloriques. Les héros de « Miracles en haute mer », « Écoute Israël ou la contrebasse » et « Le Trésor » sont des êtres simples qui endurent les épreuves les plus difficiles et atteignent le salut par leur amour muet de Dieu. Anges et démons jouent un rôle burlesque dans « Au chevet d'un agonisant », ou « Pour une pincée de tabac à priser »[26]. [modifier] Du dialecte à la langue d'une culture« Le yiddish était la langue du cœur, la langue de la souffrance, l’incarnation de l’histoire d’un deuil millénaire[28]. » [modifier] Une langue pour la vie quotidienne et la religionLe yiddish n'est pas seulement utilisé dans la vie quotidienne. Il l'est aussi dans le domaine des études et de la liturgie. La lecture biblique ou talmudique se pratique certes dans le texte, c'est à dire en hébreu, mais les commentaires oraux, les discussions, les exposés savants se font en yiddish. En fait, l'hébreu est une langue exclusivement écrite utilisée aussi parfois dans les contrats, la correspondance privée alors que le yiddish est à la fois une langue parlée et écrite[1]. Les femmes prient souvent en yiddish car les petites filles n'apprennent pas l'hébreu. Il n’existe pratiquement pas d’écoles pour les filles avant le 19ème siècle. Leur horizon et leur culture se limite à ce qui est écrit en yiddish. Seules les filles riches ou qui n’ont pas de frères reçoivent exceptionnellement un enseignement traditionnel pour maintenir le niveau culturel de la famille, elles ont plus de chances d’apprendre les langues ou la musique. Dans les berceuses yiddish, les cadeaux qu’on promet à la petite fille pour l'endormir sont du linge, des vêtements, une bonne dot. Sa vie future lui est décrite, avec le travail de la maison et des enfants.[29]. Les musiciens yiddish populaires les plus anciens sont les Klezmorim, qui jouaient à l'origine du violon. Sans être capable de lire ou d'écrire des partitions, ils composent des mélodies imprégnées du folklore régional.[6]. Même les familles juives allemandes ou issues de l'Empire austro-hongrois qui ont abandonné le yiddish continuent à garder des expressions de cette langue dans leur vie quotidienne. On continue à dire « ah, c’est un nebich », pour quelqu’un qui n’a pas de chance, ou « schnorer » pour quelqu’un d’un peu mendiant, dans les petites bourgades juives d’Europe de l’Est[30]. [modifier] La littérature yiddishIl existe des manuscrits en yiddish conservés dans les grandes bibliothèques d'Europe. Ces manuscrits sont essentiellement de nature religieuse: prières, traductions de la Bible, livres de coutumes. On trouve aussi des récits inspirés par la Bible ou le Midrash, des textes profanes, dont notamment une riche tradition de contes et légendes, souvent inspirés par des sources folkloriques non juives[2]. Au fil du temps la carte de la production littéraire en yiddish s'est déplacée de l'Europe de l'Ouest à l'Europe de l'Est. A la fin du XIXe siècle, les migrations des Juifs de Russie font de nouveau l'Europe occidentale un centre de la littérature yiddish. La production se développe ensuite aux États-Unis et, à un moindre degré, à Israël. La littérature yiddish est donc par nature pluricentriste[31]. La littérature yiddish s'est d'abord adressé aux masses juives qui n'avaient pas accès à l'hébreu et aux femmes. L'adaptation de la Bible à l'usage des femmes, Se'enah u-Re'enah, de Jacob Ashkenazi en 1648, est d'ailleurs un des premiers fleurons de la littérature yiddish[32]. C'était donc à ses débuts une littérature populaire, même si elle a acquis par la suite un vrai raffinement. L'écrivain yiddish est, lui aussi, le plus souvent d'origine plébéienne. c'est le plus souvent un autodidacte[31]. Une littérature Yiddish de très grande qualité s'est développée en Europe puis aux États-Unis, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. la littérature yiddish comporte un nombre impressionnant de poèmes, de pièces de théâtre, de romans, d'essais, mais aussi de traductions des grands classiques de la littérature universelle. Les lecteurs juifs aimaient lire en yiddish, aussi bien des œuvres originales, que des traductions d'auteurs comme Jules Verne, Romain Rolland, Kafka, Nietzsche, Spinoza ou Tchekov[2]. Le yiddish joue un rôle fondamental, en tant que langue des exterminés dans la littérature de la Shoah. Emanuel Ringelblum au sein de l'Oyneg Shabbos, une organisation clandestine, suscite et recueille les archives du ghetto de Varsovie. Il constitue ainsi un ensemble unique et irremplaçable de témoignages sur les conditions de vie, d'alimentation, la morbidité et de mort de plus d'un demi-million d'êtres. Ces archives sont enfouies et retrouvées après la guerre. Parmi elles se trouvent aussi des écrits littéraires, poèmes, proses, pièces de théâtre[7]. Les survivants choisissent souvent d'écrire en yiddish. Ils parlent ainsi de la mort de leur peuple en même temps que la mort de leur langue. Ils sont confrontés à l'impossibilité d'écrire dans une langue morte et l'impossibilité d'écrire en toute autre langue. Leur écriture se heurte à la fois au réel et au sacré : les modes de vie détruits, les disparus, les exterminés sont sacralisés mais aussi le yiddish lui-même, langue réduite en cendres[7]. Des centaines d'Yizker-bikher sont rédigés. Certains sont publiés, mais la plupart sont déposés dans les archives du musée d'Histoire juive de Varsovie, dans celles du Yivo ou de Yad Vashem. [modifier] Le théâtre yiddish
De joyeux convives se déguisent pour la fête de Pourim en Hollande en 1657
Le théâtre yiddish est né au Moyen-Age. Il est fortement influencé par les formes artistiques du monde chrétien: troubadours, bateleurs, mystères, moralités et plus tard Commedia dell'arte Au XVIe siècle, des compagnies juives itinérantes jouent pour les communautés juives pour lesquelles elles élaborent un répertoire et des personnages appropriés qu'elles présentent lors de cérémonies familiales ou en public. La fête de Pourim joue un rôle primordial dans la naissance du théâtre yiddish. en effet, cette fête qui a lieu en février-mars, invite à la transgression, à l'inversion des hiérarchies sociales et au port des masques. Le répertoire comporte donc au départ la représentation du rouleau d'Esther par un ou plusieurs acteur déguisés ou masqués. Les fragments les plus anciens dont nous disposons remontent au début du XVIe siècle. Par la suite, le répertoire des purimshpiln se diversifie et inclut d'autres épisodes bibliques comme La Vente de Joseph, David et Goliath, Le Sacrifice d'Isaac, Hannah et Perminah, La Sagesse de Salomon. Le jeu des acteurs est souvent excessif. Les représentations sont agrémentés avec des interludes dansés, chantés et musicaux[31]. Dans la seconde moitié du XIXe xiècle, le théâtre yiddish obéit à deux impératifs : instruire et distraire. Les auteurs écrivent des dénonciations sociales sur le mode comique et satirique. Avrom Goldfaden (1840-1908) est le principal dramaturge de cette nouvelle tendance. Il a écrit plus de soixante pièces: farces, comédies, satires sociales, mélodrames, opérettes à thèmes bibliques et contemporains. Avec l'émigration des Juifs d'Europe centrale, le théâtre essaime dans de nouveaux lieux: à Londres dans Whitechapel, Paris où Goldfaden établit une troupe et une école dramatique pendant peu de temps et surtout à New Yorkdans le Lower East Side où un vrai théâtre populaire s'installe. Shomer (1849-1905), un des écrivains les plus populaires venu de Russie adapte des centaines de romans et de pièces. Joseph Latteiner (1853-1935) en écrit quelque quatre-vingts pour l'Oriental Theater[31]. Le grand écrivain Mendele Moich Sforim se lance lui aussi dans le théâtre avec des pièces originales ou des adaptations de ses récits et de ses romans. Il est imité par Isaac Leib Peretz. Ils suscitent des disciples. Le théâtre yiddish de l'entre-deux guerres regorge de pièces de qualités. A côté du théâtre commercial un théâtre avant-gardiste mettant l'accent sur la mise en scène et la cohésion de l'ensemble se développe. Il est initié par des jeunes amateurs issus du mouvement ouvrier. A leur suite, des théâtres d'art professionnels voient le jour à New York dès 1918[31]. En 1882 le gouvernement tsariste interdit le théâtre yiddish. Cependant, on compte au début du XXe siècle une quinzaine de troupes sensibles aux conceptions dramaturgiques nouvelles. Le Théâtre artistique juif créé en 1908 à Odessa, adopte une approche scénique symboliste, « un théâtre stylisé », qui gagne les États-Unis. La troupe de Vilno, créée en 1916 laisse à New York un de ses meilleurs acteurs, Buloff, qui contribuera à y implanter les techniques expressionnistes. des salles s'ouvrent un peu partout. elles adoptent le style de l'avant-garde européenne. Après la révolution russe est créé à Moscou, le G.O.S.E.T., dirigé par Alexandre Granovski[33]. Les caractéristiques suivantes: l'attention aux techniques corporelles, au mouvement, au geste, à la rigueur quasi mathématique des constructions scénographiques[31]. Pendant la seconde guerre mondiale, les activités théâtrales se poursuivirent dans les ghettos et même dans les camps. Certaines sont imposées par la Gestapo qui cherche à se divertir. Elles représentent aussi une forme de résistance aux nazis. Ainsi, dans le ghetto de Varsovie, on a compté jusqu'à six théâtres professionnels qui jouent tous les soirs et deux fois le dimanche. accueillant de 30 000 à 50 000 spectateurs applaudissent chaque semaine les spectacles. On choisit de préférence des pièces à caractère national ou historique à thèmes messianiques ou de résistance. De nouvelles œuvres naissent, en yiddish ou en hébreu. Elles sont lus ou montés, avant d'être enterrés afin d'être préservés pour les générations futures[31]. Après la guerre le théâtre yiddish tente de se reconstituer. Au Canada, en Argentine, en Australie, en Afrique du Sud, l'immigration d'après guerre permet une certaine vitalité au théâtre yiddish, mais les troupes ne peuvent être permanentes, par manque de public. En Europe, Bruxelles est la seule ville où un théâtre yiddish, mêlant amateurs et professionnels, a pu continuer de jouer avec une certaine périodicité. Aujourd'hui, c'est Israël qui connaît la plus grande activité théâtrale dans le domaine yiddish[31]. [modifier] Le cinéma yiddishLe cinéma yiddish comprend une centaine de films environ, souvent des adaptations de pièces de théâtre ou du folklore juif que ce soit des vaudevilles, opérettes et mélodrames, des pièces du répertoire classique. Ces films marquent la « comédie musicale » américaine. 'oublions pas que le premier film parlant, Le chanteur de jazz, raconte l'histoire d'un chantre de New York qui veut devenir interprète de jazz. Granovski, l'animateur du studio de Moscou, réalise, après son départ d'URSS, Vivre, ou la Chanson (1932), Les Aventures du roi Pausole (1936). L'adaptaptation la plus connue, la seule qui soit vraiment passée dans l'hsitoire du cinéma, Le Dybbouk, réalisée par Michal Waszynski en 1938, qui reste le chef-d'œuvre du cinéma yiddish. le cinéma yiddish dispose dans l'entre-deux-guerres d'un public potentiel de dix millions de spectateurs à travers le monde. Avec le génocide, la production cinématographique yiddish s'arrête (à quelques exceptions près) aussi bien en Europe qu'aux États-Unis. Étant donné le caractère industriel du septième art, le public yiddish est désormais trop restreint pour attirer les investissements[31]. [modifier] Informations diverses[modifier] Autres langues juives
[modifier] Quelques blagues yiddish
[modifier] Voir aussi[modifier] Bibliographie
[modifier] Liens internes
[modifier] Liens externes
[modifier] Notes et références
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