The Who

Pour l'article sur le World Health Organisation (WHO), voir l'article Organisation mondiale de la santé.
The Who
Représentation du groupe en 1966.
De gauche à droite : Roger Daltrey, Pete Townshend, John Entwistle et Keith Moon.

Pays d’origine Angleterre Angleterre
Genre(s) Hard rock
Opéra rock
Rock
Protopunk
Rhythm & Blues
Années actives 19641983
1985
19881989
1996–présent
Label(s) Decca
MCA
Warner Bros. Records
Polydor
Universal Republic
Site internet www.thewho.com

Membres Pete Townshend
Roger Daltrey
Anciens membres John Entwistle (décédé)
Keith Moon (décédé)
Entourage Kit Lambert
Peter Meaden
Chris Stamp
Bill Curbishley
Shel Talmy

The Who (en français, littéralement, « les Qui ») est un groupe de rock britannique créé en 1964. Considéré comme l'un des symboles des années 1960, les Who ont eu une influence majeure sur la musique rock dans son ensemble. On leur doit notamment les chansons Behind Blue Eyes, My Generation et Won't Get Fooled Again, ainsi que les albums Tommy, Live at Leeds, Who's Next.

Pratiquant au départ un rock'n'roll explosif, que l'on désigne sous le terme de Maximum R'n'B, et qui annonçait le mouvement punk, le groupe est le pionnier de nombreux autres styles, dont une musique rock davantage réfléchie et influencée par l'art en général, tels que les opéras rock.

Dans les années 2000, le groupe est toujours actif.

Sommaire

[modifier] Personnel

Icône de détail Pour plus de détails, voir l'article : Membres de The Who.

[modifier] Membres officiels

Note : pour plus d’informations sur la biographie des membres du groupe, leur collaboration à d’autres projets et leur production solo, se référer aux articles détaillés les concernant.

Il n'y a eu dans l'histoire du groupe que 4 membres officiels :

[modifier] Membres additionnels

Les autres musiciens ayant participé au groupe, en studio ou sur scène :

[modifier] Histoire du groupe

[modifier] 1961-1965 : les origines

Un des logos du groupe.
Un des logos du groupe.

La préhistoire des Who commence en 1961, lorsque Pete Townshend entre à l'école d'art d'Ealing, où il crée avec son ami John Entwistle un groupe de jazz dixieland, The Confederates. Pete y tient le banjo, dont il joue, en plus de la guitare, depuis l'âge de 12 ans, tandis que John, plus éduqué musicalement, joue du cor français. Ils jouent par la suite tous deux dans The Aristocrats et The Scorpions. Impressionné par la maîtrise instrumentale de John Entwistle, le petit, musclé et impulsif Roger Daltrey, étudiant et ouvrier métallurgiste à ses heures, l'invite à quitter The Scorpions pour rejoindre son groupe de skiffle, The Detours, dont il est le guitariste solo. Townshend, poussé par son ami Entwistle, rejoint lui aussi le groupe peu après en tant que guitariste.

Les futurs Who se consacrent au Rhythm & Blues, et sont rejoints en 1964 par le batteur Keith Moon, âgé de 17 ans. Pete Townshend a raconté la façon dont Keith Moon a rejoint les Who :

« Il est venu à un de nos concerts, et a dit : "Je peux jouer mieux que votre batteur !" Il s'installa alors derrière la batterie et la détruisit presque complètement. Nous nous sommes dit immédiatement : "C'est l'homme qu'il nous faut !"[1]. »

La formation historique est au complet, et le groupe rebaptisé The Who, dans un souci, dit-on, de trouver un nom plus court[2]. Il change encore brièvement de nom, fin 1964, pour The High Numbers sous l'influence de leur manager Peter Meaden. Meaden est ensuite promptement viré, et le groupe recouvre le nom de The Who et engage deux nouveaux managers, Kit Lambert et Chris Stamp.

À cette époque, les Who sont associés au mouvement Mods, alors qu'ils n'en ont même jamais vraiment fait partie. Vêtus de manière sophistiquée comme les mods, ils pratiquent une musique qui fait le lien entre la musique noire, très prisée de ces derniers, et le rock and roll de leurs ennemis les rockers. Townshend raconte que de la fenêtre d'un hôtel, il a vu un groupe de Mods coincer deux rockers et leur jeter des bouteilles : « Je me suis senti soudain une sorte de pouvoir. Je me suis dit : "Ce sont ces gens-là qui viennent écouter notre musique ?" ».

[modifier] 1966-1968 : groupe à singles

Représentation du groupe en 1966 (d'après une photographie présente dans la pochette de l'album A Quick One)
Représentation du groupe en 1966 (d'après une photographie présente dans la pochette de l'album A Quick One)

Pete Townshend s'installe rapidement comme le personnage central du groupe : ses talents de compositeur et de parolier assurent au groupe ses grands succès, et cela tout au long de sa carrière. La plume de Townshend est pourtant très introspective : la voix de Roger Daltrey permet de diffuser ses propres sentiments et angoisses. Seul John Entwistle pouvait rivaliser en terme d'écriture avec le guitariste. Adepte du cynisme et de l'humour noir, le bassiste écrit et compose une vingtaine de morceaux pour le groupe.

C'est en 1965 que les Who décrochent leur premier hit avec I Can't Explain, une chanson à propos de la difficulté de communiquer de Townshend. Le guitariste a écrit cette chanson, dans un style proche des compositions qu'enregistrent les Kinks, dans l'espoir de convaincre leur producteur, Shel Talmy. Le titre plaît à Talmy qui les fait signer avec sa maison de production. Sorti en janvier 1965, le disque ne marche pas jusqu'à ce que le groupe fasse une apparition dans le show télévisé Ready Steady Go!, une émission qui aida à lancer le groupe. D'ailleurs, le groupe lui rendit hommage à travers le titre de leur EP Ready Steady Who! en 1966[3]. Après ce premier succès, les Who sortent rapidement Anyway, Anyhow, Anywhere, morceau plus pop qui sera le seul jamais composé en commun par Townshend et Daltrey.

La même année sort, produit par Shel Talmy, My Generation, premier album du groupe qui contient de nombreux singles, tels le morceau éponyme où Townshend clame, par la voix de Daltrey, qu'il espère « mourir avant d'être vieux » (« I hope I die before I get old »)[4]. Certains y voient l'origine du mouvement punk. Mais les paroles ne sont pas le seul intérêt du morceau : le guitariste y fait également l'une des premières utilisations enregistrées du feedback et un duo avec Entwistle qui contient des lignes de basse d'une virtuosité jamais entendue à l'époque, avec notamment des solos de basse.

En 1966 sort le single Substitute, qui sera censuré à la radio à cause de lignes comme « I look all #000000 but my dad was #FFFFFF » (« Je parais tout blanc mais mon père était noir »)[5].

Malgré le succès des productions de Shel Talmy (I Can't Explain, Anyway, Anyhow, Anywhere et My Generation), les managers du groupe, Kit Lambert et Chris Stamp, jugent le contrat liant les Who à Talmy trop peu avantageux. Ils s'en délient et signent donc chez Reaction, du groupe Polydor. Après un procès engagé et gagné par Talmy, le groupe lui verse des royalties jusqu'à la sortie de Tommy en 1969[6].

Mais Townshend veut aller plus loin : à l'image des Beatles, il veut expérimenter davantage dans sa musique et réaliser de véritables albums, cohérents et ambitieux. En 1966, le groupe sort l'album A Quick One, dont la chanson éponyme, qui comporte plusieurs parties distinctes, a été considérée depuis, à la lumière des travaux suivants du groupe, comme un « mini-opéra rock ».

En 1967 sort le single I Can See for Miles, 45 tours le plus vendu de leur histoire. Il est introduit dans le troisième album des Who, The Who Sell Out (« Les Who se vendent »), concept-album qui se présente sous la forme d'une émission de radio, avec jingles et publicités parodiques composées et interprétées par le groupe.

En 1968, ils participent au Rock and Roll Circus avec les Rolling Stones, John Lennon, Eric Clapton et plusieurs autres. Ils y jouent A Quick One While He's Away. La même année sort le très populaire Magic Bus, un single écrit deux ans plus tôt.

[modifier] 1969-1973 : art rock

À la fin des années 1960, la popularité du groupe grandit ; les plateaux de télévision et les concerts se multiplient.

En septembre 1968, Pete Townshend donne une interview au magasine Rolling Stone[7], annonçant son intention de sortir un véritable opéra rock. Il tient parole l'année suivante avec Tommy, qui, s'il n'est pas le premier — cet honneur revient aux Pretty Things avec S.F. Sorrow —, reste l'opéra rock le plus célèbre à ce jour. Métaphore des difficultés de l'enfance de Townshend, Tommy raconte l'histoire d'un jeune enfant sourd, muet et aveugle à cause d'un secret qu'il ne doit avouer à personne : le meurtre de son père biologique (revenu de guerre après des années) par son son beau-père[8]. À sa sortie en mai 1969, Tommy est reçu avec enthousiasme par les fans mais avec plus de scepticisme par les non-initiés. Néanmoins, grâce à ses hits comme Pinball Wizard ou Amazing Journey, l'album-concept élargit son public. En avril 1970, les Who présentent Tommy dans sa totalité sur scène au New York Metropolitan Opera House. La version théâtrale de l'oeuvre, lancée par Lou Reizner, est jouée en décembre 1971 au Rainbow Theatre de Londres. Une version légèrement différente de ces concerts enregistrée avec la participation de Ringo Starr, Peter Sellers et l'orchestre symphonique de Londres, sortit d'ailleurs sur Ode Records en 1972[9]. Au final, Tommy propulse le groupe au rang de superstars dans le monde entier, encourageant Townshend à se lancer dans un projet plus ambitieux encore. C'est dans cette perspective que Pete Townshend écrit et compose la chanson Pure and Easy, ce qui devait être le « pivot central » d'un projet très prometteur sur lequel les Who s'attellent : le projet Lifehouse, un concept assez obscur d'« album-concert-show radiophonique » basé sur une collaboration active entre les Who et leur public. L'histoire est située dans un avenir où seul le rock peut sauver le monde. Mais le concept est trop ambitieux et échoue à mi-chemin. Les Who ont néanmoins enregistré suffisamment de morceaux pour sortir un album, Who's Next, qui est encore un énorme succès. Fondé en grande partie sur l'utilisation de la dernière invention en date en matière d'instruments de musique, le synthétiseur, Who's Next est le premier album rock à contenir des pistes électroniques préprogrammées qui, contre toute attente, s'intègrent parfaitement bien à la musique des Who. On y retrouve les très populaires Baba O'Riley, Behind Blue Eyes et Won't Get Fooled Again. Cet album surpasse Tommy en succès et, de l'avis de la critique, en richesse et inventivité[10].

Avec l'album suivant, Quadrophenia, en 1973, les Who reviennent avec succès à l'opéra rock. Ce disque raconte les tribulations d'un jeune Mod, Jimmy, souffrant d'un quadruplement de personnalité (une « quadrophénie », même si le terme est inexact, on devrait plutôt dire « tétraphénie »). Chacune de ses personnalités correspond à un membre du groupe et à un thème musical. L'histoire de Jimmy s'inscrit dans un fond de tensions entre Mods et Rockers, dans l'Angleterre du début des années 1960. L'album, si son succès commercial est inférieur à celui de Tommy, est pourtant plus riche musicalement, avec des claviers et des guitares qui s'interpénètrent parfaitement.

La même année, des mésententes sérieuses entre Pete Townshend, Kit Lambert et Chris Stamp entraînent le remplacement des deux managers par leur assistant, Bill Curbishley.

[modifier] 1974-1982 : l'errance

Après Odds and Sods, une compilation de faces B sortie en 1974, les Who enregistrent en 1975 un nouvel album, The Who By Numbers. Sans le moindre synthétiseur, ce disque est considéré comme le plus « sombre » et le plus personnel de Pete Townshend. Selon les mots d'un journaliste, Townshend, alors en pleine dépression, malmené par sa consommation de drogues et d'alcool, livre avec ce disque une véritable « lettre de suicide »[11]. Peu apprécié de la critique, il se classe tout de même 7e dans les meilleures ventes d'albums en Angleterre[12].

Le cinéaste anglais Ken Russell réalisa en 1975 le film Tommy, basé sur les chansons de l'album éponyme et constituant une mise en scène de l'opéra-rock imaginé par les Who.

Malgré l'échec de The Who By Numbers, les Who rejoignent le studio en 1978 pour enregistrer Who Are You, album plutôt expérimental comprenant autant de claviers que de guitares. Ce disque est pourtant une exploration sonore qui revient à un son plus gai et montre un regain d'intérêt du groupe pour la musique. Mais les Who sont coupés net dans leur élan par la mort subite de Keith Moon, le 7 septembre 1978, d'une surdose du médicament qu'il prenait pour traiter son alcoolisme galopant.

La seule actualité des Who les années suivantes est cinématographique : en 1979 sort un documentaire sur eux, The Kids Are Alright, dont l'excellente bande sonore est plus tard disponible sur disque, et ils produisent la même année une version filmée de Quadrophenia, dans laquelle figure notamment le chanteur Sting.

En 1981 sort Face Dances, suivi l'année suivante par It's Hard. Ces deux albums au son très pop sont bien accueillis par la presse, mais moins par le public qui les boude. Townshend se sent de plus en plus mal à l'aise au sein du groupe, prend de plus en plus de drogues et finit par craquer et dissoudre les Who en 1982, interrompant une séance d'enregistrement pour expliquer aux autres musiciens qu'il « ne peut plus écrire pour les Who ».

[modifier] 1983-2007 : le retour

Pete Townshend et Roger Daltrey à Leeds en 2006
Pete Townshend et Roger Daltrey à Leeds en 2006

Pendant près de vingt-cinq ans, les Who ne sortiront aucun album studio. Chacun se consacre d'abord à sa carrière solo, dont celle de Pete Townshend se révèle la plus ambitieuse (jusqu'à Psychoderelict (énième concept-album) en 1993). Le leader guitariste sera ainsi le seul à reprendre sur scène avec le groupe quelques titres issus de ses propres disques.

Daltrey et Townshend en concert en 2005
Daltrey et Townshend en concert en 2005

Après la mort de John Entwistle en 2002, suite à une surdose de cocaïne, un nouvel album studio est enfin enregistré en 2006. Baptisé Endless Wire et proposant notamment un mini-opéra de onze minutes, il est salué par une large critique[13]. Bien que plus introspectif et apaisé que leurs œuvres passées, ce disque très attendu motive avant même sa sortie une gigantesque tournée saluée comme le retour au son des années Who's Next.

L'actualité du groupe est également cinématographique. Roger Daltrey développe actuellement un long métrage (prévu pour 2009) qui devrait relater la vie de Keith Moon, intitulé See Me Feel Me: Keith Moon Naked For Your Pleasure[14]. Mike Myers est pressenti dans le rôle du batteur, et Nicolas Cage, fan de longue date, ou Tim Roth pourraient bien incarner Pete Townshend.

[modifier] Empreinte idéologique

Meher Baba, par Lyn Ott
Meher Baba, par Lyn Ott

Pete Townshend était d'un naturel timide et colérique. Il fut le porte-parole de la jeunesse révoltée du milieu des années 1960. Keith Moon a déclaré :

« Être en colère dans le monde des adultes n'est pas donné à tout le monde. Pas à moi, ni à John [Entwistle]. Seulement à moitié pour Roger [Daltrey] mais entièrement pour Pete [Townshend][15]. »

Le gurû de Townshend, Meher Baba, se fait de plus en plus influent sur lui à partir de Tommy, à qui il est dédié. Townshend est alors en quête de spiritualité. Il n'est d'ailleurs pas rare, à cette époque, de retrouver Pete Townshend dans des émissions religieuses à la télévision[16]. En 1970, dans le magasine Rolling Stone, il écrit même un article sur son mentor, In Love With Meher Baba[17].

Meher Baba est, avec Inayat Khan, un musicien soufiste, une des sources d'inspiration du projet Lifehouse[18].

[modifier] En concert

[modifier] Caractéristiques

Pete Townshend, en 1976, utilisant la technique dite de windmill
Pete Townshend, en 1976, utilisant la technique dite de windmill

Dans le DVD de The Who - Who's Next[19], Roger Daltrey explique que sur scène était né un concours entre les musiciens : gagnerait celui qui se ferait le plus remarquer, d'où leur énergie et leur jeu de scène exceptionnel.

Daltrey, à la voix puissante, était souvent vêtu lors des concerts (surtout vers 1970) d'une veste à franges ouverte laissant apparaître son torse musclé. Son jeu consistait à lancer son microphone en l'air et à le faire tournoyer pour le rattraper au dernier moment.

Pete Townshend, pourtant très timide hors de la scène, rentre dans ses concerts dans ce qu'il décrit lui-même comme un état second[20], bondissant avec sa guitare à travers le plateau, fracassant sa guitare au sol[7] et sur les amplis à la fin des concerts et n'hésitant pas à agresser à coups d'instrument tout imprudent qui tenterait d'interrompre le spectacle. Townshend se fait donc connaître pour son style scénique excentrique, introduisant souvent dans les morceaux joués des solos assourdissants, balançant sa guitare dans la foule et faisant de grands moulinets de son bras droit (technique dite du « windmill », le « moulin à vent »). On ne sait pas vraiment qui a inventé cette technique de jeu des accords. En 1963, alors que The Detours font la première partie des Rolling Stones, Pete dit avoir alors vu Keith Richards balancer son bras au-dessus de la guitare . S'en inspirant, il développe et adopte le « windmill »[21]. Le jeu de Pete Townshend n'est pas réellement d'une haute technicité notamment dans les solos où il reste en dessous de certains guitaristes de l'époque comme Jimi Hendrix ou Jimmy Page, par contre son utilisation très personnelle du jeu en power chords qu'il alterne souvent à un jeu en arpège en fait un guitariste très intéressant au point de vu rythmique, faisant preuve d'une énergie et d'une puissance peu commune.

Il plaisait à Pete Townshend de jouer à un volume très élevé : en 1976, un concert au Charlton Athletic Football Ground fut homologué par le livre Guinness des records comme le plus « fort » concert de tous les temps (126 décibels, soit 6 décibels de plus que le seuil de tolérance de l'oreille humaine et autant de bruit qu'un avion au décollage à 300 mètres). Le groupe conserva ce titre pendant près de 10 ans[22].

Le jeu du batteur Keith Moon était également peu conventionnel. En tapant violemment sur ses fûts, en multipliant les breaks, ses batteries survivaient rarement à un concert, et devaient souvent être arrimées au sol pour ne pas se déplacer sous ses coups. Sur la plupart des morceaux des Who de la grande époque, Keith Moon semble faire un solo constant. Pour une émission de télévision, il installa dans sa batterie des explosifs qu'il fit exploser à la fin de My Generation, ce qui, selon la légende, laissa à son partenaire Pete Townshend un trouble auditif permanent (voir l'anecdote). Son attitude sur scène lui valut le surnom de Moon the Loon (traduction approximative : Moon le fou).

Pour rivaliser avec ses amis en contrastant avec leur comportement sur scène, John Entwistle avait développé un jeu de doigts très rapide (on le surnommait à ce titre Thunderfingers) et restait immobile et impassible sur la scène. John Entwistle ne se contentait pas de doubler à l'octave le jeu du guitariste mais sa ligne de basse totalement libre pouvait s'apparenter au jeu d'un deuxième guitariste tant il jouait solo.

Il est le contre-point parfait de Pete Townshend, jouant même en lead quand le guitariste est en accords. John Entwistle a à son époque énormément fait évoluer le rôle du bassiste dans un groupe de rock. Il est aujourd'hui l'influence de beaucoup de bassistes rock et est considéré comme le plus grand bassiste de tous les temps. Il a par ailleurs été élu « bassiste du millénaire »[23].

[modifier] Évolution

[modifier] Formation et premières scènes

Chacun des membres du groupe a eu un ou plusieurs groupes avant de jouer au sein des Who. Pete Townshend et John Entwistle ont d’abord joué dans The Confederates, dans The Aristocrats et The Scorpions. Roger Daltrey, quant à lui, était le guitariste de The Detours.

The Who prend sa forme définitive en 1964, avec Roger Daltrey au chant, Pete Townshend à la guitare, John Entwistle à la basse et Keith Moon à la batterie. Le groupe, très orienté Rhythm and Blues, impressionne déjà sur scène par une très bonne maîtrise technique. Le style très personnel qu’avait Keith Moon de battre et les moulinets de bras de Pete Townshend contribuent au succès des premiers concerts.

Dès les débuts du groupe, les concerts revêtent une importance essentielle pour le groupe : les Who jouent de manière très énergique, à un volume sonore jamais vu à l'époque, et Pete Townshend détruit systématiquement sa guitare et une partie du matériel à la fin de la dernière chanson (ce qui n'est pas sans entraîner quelques problèmes d'argent). Townshend racontera par la suite que cette propension à détruire ses guitares, fut à l'origine accidentelle. Lors d'un concert du groupe, à leurs débuts dans un salle au plafond particulièrement bas, Pete Townshend à force de gesticuler, heurte le plafond et casse le manche de sa guitare. Ne sachant plus quoi faire et énervé, il brise ce qui lui reste de la guitare. Il est stupéfait de constater qu'au lieu de se moquer de sa mésaventure et de le huer, le public l'applaudit et en redemande. Chris Stamp et Kit Lambert, voyant l'effet du public, vont le pousser dès lors à rééditer un maximum de fois la performance sur scène.

Cette énergie les fera rapidement connaître en tant que groupe de scène dans une Angleterre dont les groupes de rock sont encore assez propres sur eux, au moins en apparence.

[modifier] L’apogée

À la fin des années 1960, les Who livrent des prestations littéralement explosives. Les destructions d'instruments sur scènes se font très fréquentes, et Townshend s'amuse à martyriser ses guitares et les oreilles des spectateurs, notamment en jouant sur le larsen. Leur passage au Festival international de musique pop de Monterey en juin 1967, dans lequel s'est également produit Jimi Hendrix, marque les esprits (voir l’anecdote à ce sujet). On retiendra notamment une très bonne interprétation de My Generation.

L’album Tommy, grand succès de 1969[12], est par la suite souvent joué sur scène dans sa quasi-intégralité, notamment au festival de Woodstock (où Townshend agressa à coups de guitare Abbie Hoffman, activiste politique qui tentait d'interrompre la performance pour prononcer un discours[24]). Leur performance, diffusée dans Woodstock, 3 Days of Peace & Music, finit de les propulser au rang de superstars aux États-Unis.

Les Who participent en 1969 et en 1970 au Festival de l'île de Wight, devant un parterre estimé à 600 000 personnes.

Après cette tournée mondiale de promotion de l’album Tommy[25], les Who rentrent en Angleterre à la fin de l’année 1969, avec le désir de commercialiser un des lives filmés de la tournée. La très grande quantité des enregistrements et donc les heures d’écoutes qui s’annoncent rebutent le groupe. Ils décident donc de brûler les enregistrements (pour éviter les bootlegs) et programment deux concerts en 1970 : l’un à l’université de Leeds le 14 février et l’autre le jour suivant à Hull (Yorkshire de l'Est), dans le but de les publier. Des problèmes techniques avec la guitare basse évincent le concert de Hull. Le live à l’Université de Leeds (Live at Leeds) paru la même année est souvent considéré comme le meilleur album live de tous les temps[26]. Le groupe y interprète des singles, des reprises, des morceaux tirés des albums et la quasi-totalité de Tommy.

[modifier] La fin des années 1970

La seconde tournée de promotion de Quadrophenia est loin de se passer aussi bien : en 1974, le groupe ne parvient pas à jouer par-dessus les bandes d'effets sonores et de sons électroniques enregistrés, qui se désynchronisent en permanence. Seule la ville de Paris entendra l'intégralité du show conçu par Pete Townshend. Furieux, ce dernier détruit tout le matériel de la tournée au cours d'un concert, et revient à un spectacle plus simple avec les extraits les moins compliqués de l'album. Une anecdote est restée célèbre : le soir d'un concert de la tournée Quadrophenia, au Cow Palace de San Francisco, le 20 novembre 1973, un fan qui parlait avec Keith Moon lui propose « une nouvelle drogue » géniale quand on en prend un demi-cachet avec un verre de cognac, ce à quoi Keith Moon répondit « Attends, tu sais qui je suis ? Je suis Keith Moon ! Je prends pas un demi-cachet, j'en prends un entier, moi ! », puis s'exécuta. Le concert a été filmé. On peut voir Keith Moon s'écrouler sur sa caisse claire en plein milieu d'un morceau : K.O. La « nouvelle drogue » était en fait un somnifère pour chevaux : Keith Moon, hors d'état de jouer, fut remplacé par un spectateur de la foule. Le batteur mit deux jours à s'en remettre, durant lesquels, transporté en chaise roulante et incapable de parler, il dut subir les sarcasmes de Pete Townshend[27].

Le groupe s'éloigne un peu des scènes, préférant travailler sur la version cinéma de Tommy.

Brisé par la mort de Keith Moon en 1978, le groupe décide malgré tout de continuer et embarque le batteur Kenney Jones pour une tournée mondiale qui vise à prouver que les Who sont toujours vivants. Mais le sort s'acharne sur eux : le 3 décembre 1979, à Cincinnati (Ohio), une bousculade juste avant un de leurs concerts fait onze morts parmi les spectateurs[28]. Le groupe est horrifié : Daltrey s'effondre en larmes dans les coulisses. Rien ne sera plus comme avant pour le groupe. 1982 marque la suspension du groupe, sur l’initiative de Pete Townshend. Suit une triomphale tournée d'adieu[29] qui bat des records d'audience, mais le cœur n'y est plus depuis longtemps.

[modifier] Retour sur les routes

Les Who se reforment tout de même à de nombreuses reprises, notamment pour le Live Aid de 1985. En 1989, le vingtième anniversaire de l'opéra-rock Tommy motive une tournée évènement aux États-Unis avec Simon Phillips derrière la batterie[30].

Pete Townshend sur scène lors du Live 8 de 2005
Pete Townshend sur scène lors du Live 8 de 2005

Six ans plus tard, c'est la réédition de Quadrophenia qui les voit tourner en Amérique et en Europe avec de nombreux invités ; Zak Starkey (fils de Ringo Starr et filleul/élève de Keith Moon) s'installant désormais derrière la batterie. Plusieurs tournées visitent encore les pays anglophones (les Who seront d'ailleurs « victimes » en 1999 d'une célèbre escroquerie liée à Internet, la société Pixelon.com prétendant retransmettre sur les écrans du monde entier l'un de leurs concerts à Las Vegas[31]).

Quelques excellents lives émergent aussi de leurs archives — dont le légendaire Live at the Isle of Wight Festival 1970, du festival du même nom. Le 27 juin 2002, à la veille d'une nouvelle tournée, John Entwistle est trouvé mort dans une chambre d'hôtel de Las Vegas, victime d'une crise cardiaque. Il aurait apparemment décidé de fêter le retour de son groupe en prenant de la cocaïne, ce que n'a pas supporté son cœur déjà usé par des années d'excès. Malgré la mort d'Entwistle, les Who reprennent la route en 2002[32] et confirment leur forme retrouvée, Roger Daltrey assumant une voix plus « rocailleuse » mais toujours puissante. Si Pete Townshend a un peu perdu de ses acrobaties scéniques, il compense en ponctuant son jeu de solos improvisés plus longs et compliqués que dans le passé. Pino Palladino remplace John Entwistle dans la quasi-totalité des concerts. Le groupe est convié, le 2 juillet 2005, au Live 8 de Londres : il y joue Who Are You et Won't Get Fooled Again, avec à la batterie Steve White (batteur pour Paul et frère d'Alan White, ex-membre d'Oasis) et Damon Minchella à la basse (Pino Palladino étant en Amérique du Sud en tant que bassiste de Jeff Beck).

En novembre 2006, le groupe propose à Zak Starkey de devenir membre à part entière du groupe[33], mais celui-ci décline l'invitation[34].

Le groupe continue à donner des tournées internationales (notamment en Amérique du Nord) depuis sa dernière reformation en 2002. Un concert à Bercy (Paris) a lieu le 6 juin 2007. Sylvain Siclier, dans son compte-rendu du concert paru dans le journal Le Monde, écrit :

« Il n'y a pas si longtemps, le groupe était qualifié de "dinosaure du rock". À Bercy, il avait fière allure.[35] »

[modifier] Anecdotes

  • Outre le fait de détruire leurs instruments sur scène, les Who ont lancé la mode du saccage de chambres d'hôtels. Ces actes leur ont valu d'être interdits d'hôtels Holiday Inn[36],[21].
  • Le soir de leur passage au Monterey Pop Festival en 1967, pour savoir qui des Who ou du Jimi Hendrix Experience passerait avant l'autre, il fallut tirer à pile ou face, et les Who gagnèrent. Hendrix, rageur, jeta un regard noir à Townshend et dit « Je vais devoir faire mal ! » (« pull out all the stops ») [37]. Les deux prestations, ce soir-là, furent mémorables.
  • Keith Moon était particulièrement enthousiaste à propos du chant. À la fin de la chanson Happy Jack, l'on peut entendre distinctement Pete Townshend crier : "I saw ya !" ("Je t'ai vu !") à Keith Moon. Ce dernier, à qui le producteur Kit Lambert avait interdit de rester dans le studio lors de l'enregistrement, faisait là une brève incursion[38].

[modifier] Discographie et chansons

Icône de détail Article détaillé : Discographie des Who.
Icône de détail Article détaillé : Liste des chansons des Who.
Année Album studio Charts
France Canada Suisse Royaume-Uni États-Unis
1965 My Generation 70 - - 5 -
1966 A Quick One 50 - - 4 51
1967 The Who Sell Out 3 - - 13 48
1969 Tommy 2 - - 2 4
1971 Who's Next 2 5 - 1 4
1973 Quadrophenia - - - 2 2
1975 The Who By Numbers 3 - - 7 8
1978 Who Are You 7 - - 6 2
1981 Face Dances 12 - - 2 4
1982 It's Hard - - - 1 8
2006 Endless Wire 62 10 51 9 7

[modifier] Positions des singles dans les charts

Année Chanson Position Album studio
Charts Francais
(FR)
Charts Canadiens
(CA)
Charts Suisse
(CH)
Billboard Hot 100
(É.-U.)
Mainstream Rock Tracks Chart[39]
(É.-U.)
UK Singles Chart[12]
(Royaume-Uni)
1965 I Can't Explain 13 - - 97 - 8 Aucun
1965 Anyway, Anyhow, Anywhere 32 - - - - 10 Aucun
1965 My Generation 12 3 - 74 - 2 My Generation
1966 Substitute 22 97 - - - 5 Aucun
1966 A Legal Matter - - - - - 32 My Generation
1966 The Kids Are Alright - - - - - 41 My Generation
1966 I'm a Boy 12 - - - - 2 Aucun
1966 Happy Jack 20 - - 24 (en 1967) - 3 Aucun
1967 Pictures of Lily 24 - - 51 - 4 Aucun
1967 I Can See for Miles 63 - - 9 - 10 The Who Sell Out
1968 Call Me Lightning - - - 40 - - Aucun
1968 Dogs 79 - - - - 25 Aucun
1968 Magic Bus - - - 25 - 26 Aucun
1969 Pinball Wizard 89 6 - 19 - 4 Tommy
1969 I'm Free 71 - - 37 - - Tommy
1970 The Seeker 45 - - 44 - 19 Aucun
1970 Summertime Blues 67 - - 27 - 38 Live at Leeds
1970 See Me, Feel Me - - - 12 - - Tommy
1971 Won't Get Fooled Again - 13 - 15 - 9 Who's Next
1971 Let's See Action 17 - - - - 16 Aucun
1971 Behind Blue Eyes - 72 - 34 - - Who's Next
1972 Join Together 49 - 9 17 - 9 Aucun
1973 The Relay 29 - - 39 - 21 Aucun
1973 5:15 74 - - - - 20 Quadrophenia
1973 Love, Reign o'er Me - - - 76 - - Quadrophenia
1974 The Real Me - - - 92 - - Quadrophenia
1975 Squeeze Box 68 - - 16 - 10 The Who By Numbers
1978 Who Are You - - - 14 - 18 Who Are You
1979 Long Live Rock 47 - - 54 - 48 The Kids Are Alright
1979 5:15 - - - 45 - - Quadrophenia (Bande Originale)
1981 You Better You Bet 55 - - 18 1 9 Face Dances
1981 Daily Records - - - - 36 - Face Dances
1981 Another Tricky Day - - - - 6 - Face Dances
1981 Don't Let Go the Coat - - - 84 - 47 Face Dances
1981 Did You Steal My Money? - - - - 38 - Face Dances
1981 How Can You Do It Alone? - - - - 50 - Face Dances
1981 You - - - - 51 - Face Dances
1982 Athena - - - 28 3 40 It's Hard
1982 Eminence Front - - - 68 - - It's Hard
1982 Cry If You Want - - - - 34 - It's Hard
1982 Dangerous - - - - 38 - It's Hard
1982 It's Hard - - - - 39 - It's Hard
2006 It's Not Enough - - - - 37 - Endless Wire


[modifier] L’héritage musical

[modifier] Influence

The Who furent l'un des groupes de rock les plus populaires et les plus influents de leur époque. Emblématique de la démarche des musiciens britanniques des années 1960, le groupe illustre comment, en s'inspirant du rock and roll, du blues et du rhythm and blues américains, ils ont progressivement créé un nouveau genre musical qui leur est propre, et dont l'influence s'est étendue au monde entier. Bien qu'aujourd'hui le nom des Who soit moins familier pour le grand public que celui des Beatles ou des Rolling Stones, ils ont laissé une empreinte indélébile et de nombreuses chansons sont encore souvent reprises.

Le style musical des Who, empruntant à la fois au rhythm and blues et rock 'n' roll pur et dur, est précurseur, voire même pionnier, du hard rock, à l'instar de groupes comme Led Zeppelin (les deux groupes s'entendaient très bien et il est très facile d'établir un parallélisme entre leurs histoires), Deep Purple, AC/DC (cf. la plupart des autres groupes fondés au début des années 1970).

Surnommés "The Godfathers of Punk"[40] (les Parrains du Punk), dans de nombreuses biographies[41] comme dans le film de Spike Lee Summer of Sam, le groupe est connu pour être une des sources du mouvement punk, notamment pour son agressivité sur scène, son arrogance et sa violence. Après un premier album très énervé pour l'époque, les Who ont signé plusieurs opéras rock, qui deviendront à la fin des années 1970 le symbole de ce que ces mêmes punks voudront détruire.

Le groupe sera ensuite l'un des précurseurs de l'usage du synthétiseur dans le rock, en enregistrant, avec Who Are You et Who's Next, deux albums basés en grande partie sur cet instrument. Cette volonté permanente de faire progresser leur musique, aussi bien dans l'esprit que dans la technique — on peut par exemple mentionner Doctor, Doctor ou une version single de Mary-Anne with the Shaky Hand qui est chantée dans un vibrato, ou même l'utilisation répétée du Cor d'harmonie par John Entwistle — explique pour beaucoup l'influence que les Who continuent d'avoir de nos jours sur l'ensemble de la scène rock.

The Who faisaient par ailleurs partie des groupes les plus spectaculaires de leur temps sur scène, et ont contribué à redéfinir le principe du concert de rock. Cette débauche d'énergie et de puissance sonore — les Who ont longtemps été le groupe le plus bruyant du monde, toutes catégories confondues — contraste avec les thèmes profonds abordés par le groupe.

Cette volonté de mettre l'expérimentation, aussi bien sonore que littéraire, à la portée du plus grand nombre, mais sans pour autant faire de concession, est sans doute l'un des points qui réunissent quelques-uns des plus grands artistes rock de cette époque, tels que les Beatles ou Bob Dylan. Une volonté qui a permis au rock and roll de cette époque de devenir le mouvement musical le plus influent du XXe siècle, aussi bien sur le plan artistique que social ou politique.

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