|
Boîte à outilsAutres langues
|
TaciteTacite (en latin Publius Cornelius Tacitus) est un historien et un philosophe romain né en 55 et mort vers 120 ap. J.-C.
[modifier] BiographieOn connaît très peu de choses sur la vie de Tacite. L'historien romain est né vraisemblablement entre 54 et 56 en Gaule narbonnaise (à Vaison-la-Romaine ?), sous Néron, et probablement issu d'une famille de l'ordre équestre de la Gaule transalpine, classe sociale dynamique et prospère qui servait de soutien à l'Empire depuis le déclin des familles patriciennes romaines Fort de son éducation sévère et disciplinée, il fréquente le grammaticus, le rhetor et devient même, sans doute, l'élève de Quintilien. Ses études brillantes lui ouvrent les portes du forum et c'est ainsi que commence, vers 75, sa carrière d'avocat : il fréquente alors les avocats gaulois de Rome. En 77, il épouse la fille du consul Julius Agricola. C'est pour lui le début d'une grande carrière politique de haut fonctionnaire. Vespasien lui accorde le laticlave, le tribunat militaire et Tacite devient membre des Viginti Sex Viri, « Le Conseil des 26 ». En 81, sous Titus, il devient questeur, puis, en 84, sous Domitien, préteur puis tribun de la plèbe. En 87, il est membre du Quindecimuir Sacris Fatiundis, « Le Collège des 15 ». Sa fonction politique se double alors d'une carrière sacerdotale. De 89 à 93, il devient légat de province en Gaule belgique. En 93, il retourne à Rome et, pour ne pas attirer sur lui l'attention de l'empereur Domitien (81-96), toujours prêt à exiler ou à faire assassiner les personnages illustres de l'Empire, Tacite reste à l'écart du pouvoir. Il n'accepte le consulat qu'en 97, devenant consul suffect, sous l'empereur Nerva. La même année, il fut chargé de l’oraison funèbre du consul Verginius Rufus. En 98, lorsque Trajan accède au pouvoir, Tacite devient l'un des familiers de l'empereur et se retire de la politique sous Trajan pour se consacrer à l'histoire et son écriture. En 100, il se fait l’avocat de la province d’Asie contre l’ancien gouverneur Marius Priscus ; Pline le Jeune a souligné l’éloquence et la dignité de ce plaidoyer. De 112 à 113, il est gouverneur de la province d’Asie et accède, par là même, à la plus haute fonction politique. On ne sait rien sur le reste de sa vie. Il serait mort dans les années 120. [modifier] Œuvre
[modifier] La Vie d’Agricola (De uita Iulii Agricolae)Cette biographie parait en 98, cinq ans après la mort de Agricola, le beau-père de Tacite. Cette œuvre a deux motivations :
En écrivant La Vie d'Agricola, Tacite veut rendre hommage à un homme qu'il a aimé et estimé. Il loue en lui un bon serviteur de l'Empire, qu'il a contribué à étendre, en achevant la conquête de la Bretagne (Britannia, la Grande-Bretagne actuelle) et en la pacifiant. Ainsi l’œuvre se présente à la fois comme un éloge funèbre et un essai historique sur la Bretagne, sur ses habitants et sa conquête. C’est aussi un manifeste contre la tyrannie de Domitien, assassiné en 96. Ce qui est frappant dans cette œuvre, c'est l’approche originale que Tacite fait du phénomène de la conquête impérialiste. Il s’intéresse en géographe et en ethnologue - comme dans la Germanie - à ces Barbares attaqués par l’expansion romaine, en tenant compte du point de vue des conquis et pas seulement de celui des conquérants. Quelles raisons auraient-ils d’accepter passivement la servitude ? La conquête assure la force et la gloire du peuple romain, mais peut-elle prétendre assurer le bonheur des vaincus ? Tacite fait preuve de beaucoup de lucidité en soulignant qu’Agricola pratique une politique d’assimilation culturelle. En voici la composition :
[modifier] La Germanie (De situ ac populis Germaniae)En 98 paraît également La Germanie (ou Sur l’origine et le pays des Germains), petit ouvrage d’actualité - Trajan fortifiait la frontière du Rhin -, mais dont le caractère est plus nettement historique et ethnographique. C’est une description des différentes tribus vivant au nord du Rhin et du Danube. Tacite s’inspira nettement d’auteurs antérieurs comme Tite-Live ou Pline l’Ancien. L’amour de la liberté des Germains, leur vigueur, leur bravoure sont opposées à la corruption sévissant à Rome. Il nous reste 46 chapitres dont la répartition est très nette :
On peut retenir deux leçons :
[modifier] Le Dialogue des orateurs (Dialogus de oratoribus)On a hésité quelquefois à attribuer Le Dialogue des orateurs à Tacite, mais tous les manuscrits le mettent sous son nom. L’ouvrage fut sans doute composé en 80 ou 81, au moment où Tacite était encore entièrement tourné vers l’éloquence et publié vraisemblablement en 107. Tacite adresse le Dialogue à Justus Fabius, qui lui a demandé les causes du déclin de l’éloquence. Il rapporte, à la manière cicéronienne, un entretien auquel il assista en 75 entre le poète Maternus et les orateurs Marcus Aper, Julius Secundus (ses deux maîtres) et Vipstanus Messala. Le Dialogue ne répond pas immédiatement à la question posée. Dans une première partie, Aper et Maternus discutent avec la chaleur des mérites respectifs de l’éloquence et de la poésie. Dans une seconde partie, en recherchant si l’éloquence est en décadence, les interlocuteurs opposent les modernes aux anciens. On en arrive enfin aux causes du déclin de l’éloquence : relâchement moral dans l’éducation, médiocrité de l’enseignement des rhéteurs, perte de la liberté politique et nouvelles conditions sociales. [modifier] Les Histoires (Historiae)Les Histoires, publiées en 106, décrivent l'Empire romain du 1er janvier 69 à l'année 96, c’est-à -dire de l'avènement de Galba à la mort de Domitien. L'ensemble devait couvrir 12 livres, mais on n'en a conservé que 5 : l'intégralité des 4 premiers livres et les 23 premiers chapitres du livre V. Le contenu de l'œuvre originelle couvre les règnes suivants : Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien. L'œuvre qui nous est parvenue s'achève au règne de Titus : - Livre I : Galba et Othon ou le triomphe d'Othon
- Livre II : Othon et Vitellius, ou le triomphe de Vitellius
- Livre III : Vitellius et Vespasien, ou le triomphe de Vespasien
- Livre IV : Julius Civilis
- Livre V : Titus devant Jérusalem
Tacite avait une vision pessimiste de l’histoire et tenait des propos déconcertants. La première page des Histoires est édifiante : « J’aborde l’histoire d’une époque riche de malheurs, défigurée par les combats, déchirée par les séditions, cruelle dans la paix même : quatre princes massacrés par le fer, trois guerres civiles, plus encore de guerres étrangères, et la plupart du temps, les unes et les autres à la fois… » Suit une revue d’échecs et de drames : « Cependant, ce siècle ne fut pas stérile en vertus au point de ne produire aussi de bons exemples […] : des mères accompagnant leurs fils dans la fuite, des épouses suivant leur mari dans l’exil, […] la loyauté des esclaves même face aux tortures, […] des trépas d’hommes illustres dignes des morts des anciens. » Et c’est par une formule sans appel que Tacite tire la leçon de ces temps abominables : « Les dieux, indifférents à notre sauvegarde, n’ont souci que de notre châtiment. » [modifier] Les Annales (Ab excessu diui Augusti)Écrite entre 115 et 117, cette œuvre constitue, sans doute, la grande œuvre historique de Tacite. Le titre apocryphe qu'a retenu la tradition (Les Annales) est issu d'une interprétation abusive du passage IV, 32. On ne sait si l'auteur acheva son œuvre avant de mourir. Celle-ci devait comporter 18 livres dont le contenu s'étend du début du règne de Tibère (14 ap. J.-C.) à la fin du règne de Néron (68 ap. J.-C.). Nous avons conservé les livres I à IV, le début du livre V, une partie du livre VI ainsi que tout ce qui est compris entre la deuxième moitié du livre IX et la première moitié du livre XIV. Nous avons donc perdu la fin du règne de Tibère, tout Caligula, le début du règne de Claude et les deux dernières années du règne de Néron. Tacite puisa ses sources dans les ouvrages d’autres historiens, dans les registres publics et parfois dans sa propre expérience. À la fois historien et moraliste, Tacite y dépeint avec pessimisme, comme pour les Histoires, dans un style d'une saisissante concision, les mentalités et les mœurs des hommes de son temps. [modifier] L’historien[modifier] Sa démarcheSa valeur d’historien est très contestée : Tacite n’aurait pas été objectif dans ce qu’il écrivait et on conteste la rigueur de son information. On le considère trop passionné. Il savait cependant nuancer son portrait laudatif par l’appréciation des erreurs de ses héros (sa haine pour Tibère et Agrippine ne l’empêche pas de leur donner une dimension exceptionnelle dans son œuvre). [modifier] Sa penséeTacite est non seulement un artiste, mais également un penseur dont la pensée n’est pas simple… Interpréter ses textes n’est pas facile. De plus, il laisse dans son œuvre certaines zones d’ombre, qui rendent difficile l’interprétation de sa pensée, et qui lui permettent de ne pas s’asservir à des thèses trop tranchées. Etait-il un ami ou un ennemi de l’empire ? Il était certainement un ami de l’empire, et sans aucun doute un ami de Rome. Il servait les empereurs, ce qui ne l’empêchait pas de les critiquer. Son but premier n’était en fait pas de servir les empereurs, mais Rome. Il aurait été très proche d’Hadrien et de Trajan. Comme le dit A. Michel[1], « Tacite se présente un peu comme l'Alceste de l'Histoire : parce qu'il ne veut flatter personne, il dit du mal de tous ; cependant, l'on éprouve toujours un peu de gêne à se rendre semblable à Philinte et à lui donner tort. » Tacite accorde dans son œuvre une grande place à la philosophie, qu’il connaît sans doute grâce aux maîtres grecs qui se trouvaient à Rome à son époque. Il est le seul à parler des stoïciens dans son œuvre. Enfin, tout en écrivant, il n’a jamais cessé de penser à son temps. Les grands thèmes de l'œuvre de Tacite sont la glorification des grands administrateurs, la défense libérale de la domination romaine, la critique de la tyrannie, et l’éloge de la sagesse philosophique tempéré par la confiance à l’égard du fanatisme et du dogmatisme. [modifier] L’écrivainTacite, que Racine, dans la préface de Britannicus, a surnommé le « plus grand peintre de l’Antiquité », est à la fois homme de culture et homme d’ordre. Il a été formé par Marcus Aper et Julius Secundus qu’il met en scène dans le Dialogue des Orateurs. C’est en écoutant ses maîtres, comme lui Gaulois d’origine, que Tacite a nourri son talent. Comme son ami Pline, il fut un orateur brillant et renommé qui admire Cicéron, mais ne l’imite pas. Il recherche non l’abondance mais la force expressive, ce que Pline appelle la semnotès, mot grec signifiant sérieux. Il était apprécié pour son style vif et concis. [modifier] Bibliographie[modifier] Éditions de textes
[modifier] Biographies
[modifier] Ouvrages critiques
[modifier] Notes
[modifier] Voir aussi[modifier] Liens internes
[modifier] Liens externes
|