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Samaritains
Les Samaritains (autoethnonyme : Shamerim, qui signifie les observants ou ceux qui gardent[3] ; en hébreu moderne : Shomronim - שומרונים, c'est-à-dire de Shomron, la Samarie ; ou « Israélites-Samaritains »[4]) sont un peuple peu nombreux apparenté aux Juifs et vivant en Israël et en Cisjordanie. On appelle parfois leur religion le samaritanisme. Les Samaritains offrent le paradoxe d'être à la fois une des plus petites populations du monde, puisqu'ils sont 712 en 2007[1], et une des plus anciennes dotées d'une histoire écrite, puisque leur existence est attestée au Ier millénaire av. J.-C. en Samarie. Ils ont dominé cette région jusqu'au VIe siècle, dans le nord de l'actuel Israël. Leur religion est basée sur le Pentateuque, comme le judaïsme. Cependant, contrairement à celui-ci, ils refusent la centralité religieuse de Jérusalem. Bien qu'ils soient apparus avant le développement du judaïsme rabbinique et que cette différence ne soit donc pas à l'origine de leur divergence, ils n'ont pas de rabbins et n'acceptent pas le Talmud du judaïsme orthodoxe. Les Samaritains refusent également les livres de la Bible hébraïque postérieurs au Pentateuque (Livres des prophètes et livres hagiographes). Ils ne se considèrent pas comme Juifs, mais comme des descendants des anciens Israélites du royaume antique de Samarie. À l'inverse, les Juifs orthodoxes les considèrent comme des descendants de populations étrangères (des colons Assyriens de l'antiquité) ayant adopté une version illégitime de la religion hébraïque, et à ce titre refusent de les considérer comme Juifs, ou même comme des descendants des anciens Israélites. Ils sont reconnus comme Juifs par l'État d'Israël.
Samaritains sur le mont Garizim, en 2006.
[modifier] Origines
Après la mort de Salomon, vers 930 av. J.-C., les 10 tribus du Nord auraient fait sécession, et formé le royaume d'Israël, aussi appelé « royaume de Samarie », du nom de la ville qui devint sa capitale au IXe siècle av. J.-C. Ce royaume est alors devenu le voisin et parfois l'adversaire du royaume du Sud : le royaume de Juda, autour de Jérusalem. [modifier] Les deux royaumes israélites
Frontières estimées des états du levant vers 800 av. J.-C.
Le royaume de Samarie et le royaume de Juda se sont définis de façon ambiguë l'un par rapport à l'autre. Ils faisaient partie d'une même communauté religieuse israélite, mais ils étaient aussi en concurrence territoriale, politique et au final religieuse. On peut lire dans cette concurrence l'origine des Samaritains. Dans un contexte où religion et politique ne sont pas séparées, le contrôle de la religion est un aspect important du contrôle du pouvoir, et des lieux de culte respectifs ont été mis en place par les deux royaumes. Celui de Juda a été installé à Jérusalem, tandis que le royaume de Samarie en installait plusieurs, les deux principaux étant situés « aux extrémités nord et sud du royaume, à Béthel et à Dan[6] ». Dans les premiers siècles, cette diversité des temples n'a cependant pas semblé poser trop de problèmes, et n'a en tout cas pas entraîné de schisme officiel. Il faut rappeler que, jusqu'aux alentours de l'an mille avant Jésus-Christ, il n'y avait pas d'après la Bible de lieux de culte permanents et fixes. Le prophète Samuel est ainsi un prêtre du sanctuaire de Silo. C'était la traduction d'une absence de centralisation historique remontant à l'existence de tribus séparées. Avec la structuration en royaumes, la concurrence a commencé à se faire sentir, et chaque lieu de culte a été progressivement mis en avant par le royaume qui le gérait. La Bible « nous dépeint immanquablement les tribus du Nord […] désespérément enclines au péché[7] ». Les temples de Samarie sont accusés d'avoir été ouverts aux rites païens, et de n'être pas vraiment israélites :
Les livres « historiques » de la Bible concernant les périodes avant la destruction du premier Temple en -586, appelé généralement « histoire deutéronomiste », sont datés du règne de Josias (-639 à -609), après la destruction de Samarie, mais intègrent des sources plus anciennes, pour certaines nordistes (comme les prophètes Amos ou Osée).
Il est impossible de savoir si toutes ces accusations sont fondées, mais elles montrent une forte hostilité envers le royaume et les pratiques religieuses du nord, bien avant l'apparition « officielle » des Samaritains.
Carte de la région après l'expansion assyrienne. La Samarie et Juda font partie de l'empire, Juda avec un statut de vassal et non de simple province.
Le royaume de Samarie a été envahi et détruit par l'Assyrie en 722 avant notre ère, qui en a fait une de ses provinces. Le royaume de Juda accepta par contre la suzeraineté assyrienne, et survécut donc. Juda ne reprit une pleine indépendance que sous le règne de Josias (de -639 à -609)[13], jusqu'à sa destruction par les Babyloniens et à la déportation de sa population en 586-587 avant notre ère. [modifier] L'origine des Samaritains : selon la tradition juive orthodoxeD'après la Bible (Deuxième livre des Rois), qu'on estime rédigée vers le milieu du VIe siècle av. J.-C. (soit au moins 150 ans après les événements[14]), la population du royaume de Samarie aurait été déportée vers d'autres régions de l'Empire assyrien en punition de ses péchés. Elle aurait ensuite mystérieusement disparu. Ce seraient les « dix tribus perdues d'Israël ». La Bible affirme que des populations étrangères auraient été déplacées pour les remplacer sur leur territoire. Ces étrangers auraient créé une religion mélangeant influences israélite et païennes, donnant ainsi naissance aux Samaritains.
On note une contradiction dans le second Livre des rois : les nouveaux habitants de l’ancien royaume de Samarie (devenu province assyrienne) sont décrits comme des étrangers, mais il est aussi indiqué que « l'Éternel avait fait alliance avec eux », comme s'ils étaient les descendants des anciens Israélites. D'un côté ils « craignaient l'Éternel », de l'autre « ils servaient en même temps leurs dieux ». La population maintenant identifiée comme « samaritaine » devient ainsi une population ambiguë, mélange d'étrangers païens et d'influences israélites, globalement rejetée de la communauté. La littérature rabbinique postérieure est également partagée. Le Talmud parle ponctuellement des Samaritains, en des termes divergents, mais qui tranchent parfois avec le rejet total. Le traité 'Houllin accepte la viande des animaux qu'ils ont tués comme casher, si un juif a été témoin de l'abattage[17], et le traité Orlah du Talmud de Jérusalem admet leur pain[18] sous certaines réserves. Dans un autre traité du Talmud de Jérusalem, qui daterait du Ier siècle, leur nourriture est considérée comme légale[19]. Un traité mineur (Massekhet Kouthim) confirme leur acceptation partielle : « quand pourront-ils être reçus dans la communauté juive ? Quand ils auront renoncé à Har Garizim (le mont Garizim) et reconnu Jérusalem et la résurrection des morts »[20]. Le même traité reconnaît que dans la plupart de leurs usages, ils ressemblent à des israélites. [modifier] L'origine des Samaritains : selon la tradition samaritaineD'après leur livre des Chroniques (Sefer ha-Yamim), les Samaritains se considèrent comme les descendants des tribus d'Ephraïm et de Manassé (deux tribus issues de la Tribu de Joseph) vivant dans le royaume de Samarie avant sa destruction en -722. La famille sacerdotale affirme descendre de la tribu de Lévi. La vision les faisant descendre des anciens Israélites du Nord est assez proche de celle de la majorité des historiens. Ils ajoutent que « ce sont les Juifs qui se sont séparés d'eux au moment du transfert de l'Arche au XIe siècle » avant notre ère[21]. Selon la deuxième de leurs sept chroniques, « c'est Elie qui causa le schisme en établissant à Silo un sanctuaire dans le but de remplacer le sanctuaire du mont Garizim[22] ». [modifier] La question du Mont GarizimLa centralité du Mont Garizim n'est pas la seule spécificité des Samaritains. Outre la question de leur origine supposée non israélite par les Juifs, il existe également des différences importantes en matière de textes sacrés, les Samaritains n'acceptant que le Pentateuque. Mais le Mont Garizim comme principal lieu saint, en lieu et place de Jérusalem, est un marqueur fondamental de la différence avec les Juifs. Les Samaritains considèrent que de tout temps, c'est le mont Garizim qui fut désigné par Dieu pour être le centre du culte. Ils citent pour cela les passages du Deutéronome : « Lorsque vous aurez passé le Jourdain, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Joseph et Benjamin, se tiendront sur le mont Garizim, pour bénir le peuple[23] » et plus encore « Et lorsque l’Éternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, tu prononceras la bénédiction sur la montagne de Garizim, et la malédiction sur la montagne d’Ebal[24] ». On trouve d'autres citations, comme dans le livre des Juges[25] ou dans celui de Josué[26]. Certains éléments factuels semblent s'écarter de la vision Samaritaine sur la place prééminente du Mont Garizim dans le culte des anciens Israélites. La construction du temple sur le mont Garizim est en effet en rupture avec la diversité cultuelle ancienne de la Samarie : les lieux de culte de Béthel et de Dan qui dominaient le royaume de Samarie disparaissent. Il est possible qu’il s'agisse d'une influence judéenne, une volonté de répondre à l'exclusion par une autre légitimité. A l'inverse, il est notable que le Mont Garizim soit connu du Pentateuque (les cinq premiers livres), tandis que la centralité de Jérusalem n'apparaît que dans les Livres de Samuel et des Rois, décrivant les règnes de David et Salomon (mais rédigés plusieurs siècles après). Ainsi, si le Mont Garizim apparaît bien comme un ancien lieu sacré Israélite, plus ancien peut-être que Jérusalem (au moins cité avant cette ville dans les sources textuelles), il n'était en tout cas pas, à l'époque de l'ancien royaume de Samarie le centre du culte, ni même le lieu de culte le plus important. [modifier] L'origine des Samaritains : thèses historiennesHistoriens et archéologues ont essayé de mettre les thèses religieuses à l'épreuve de l'analyse critique, en particulier en s'appuyant sur des sources textuelles ou archéologiques externes à la Bible. Ces sources étant parcellaires, il existe cependant toujours des interprétations divergentes entre historiens. [modifier] Les faits
Sargon II et un haut dignitaire. Bas-relief du palais de Dur-Sharrukin
Les archéologues ont exhumé une bonne partie des archives de l'Empire assyrien. Les chroniques assyriennes de Sargon II, le roi qui a vaincu le royaume de Samarie, indiquent :
Certains traducteurs ne sont pas d'accord avec la précision apportée (« ville de Samarie »), considérant que le texte original laisse planer le doute entre la ville et l'État de Samarie.
Teglath-phalasar III, bas-relief provenant de son palais à Nimrud, fin du VIIIe siècle av. J.-C., musée du Louvre
Il y a un point commun avec les Livres des Rois : la déportation des Israélites a bien eu lieu. Mais il y a aussi une différence importante : le nombre des déportés. Pour le Second livre des Rois, c'est toute la population ou presque qui a été déportée. Pour Sargon II, c'est une minorité. Les archéologues estiment en effet la population du royaume de Samarie à 200 000 personnes, d'après les villes et villages retrouvés. Il y avait bien eu une première déportation dix ans plus tôt, quand le roi assyrien Teglath-Phalasar III avait conquis la Galilée. Mais elle aussi a été chiffrée par les textes assyriens. Le total des deux déportations atteint environ 40 000 personnes, soit 20% seulement du total des habitants. Sans doute essentiellement l'élite. Les historiens pensent que certains Israélites du Nord seraient également partis en tant que réfugiés vers le royaume de Juda[28]. L'implantation de colons étrangers est indiqué plusieurs fois dans le reste du texte[29], mais à propos d'autres conquêtes. Cette politique d'implantation était manifestement courante, et a donc peut-être été faite en Samarie, comme l'indique le Livre des rois. On a retrouvé, à Gézér et dans les environs, des textes cunéiformes du VIIe siècle av. J.-C. contenant des noms babyloniens. La déportation de populations allogènes en Samarie (au moins dans certaines zones), affirmée par les Livres des Rois, est donc bien confirmée. L'archéologie indique par contre que ce repeuplement est loin d'être massif. Les poteries, inscriptions, villages, etc. montrent une grande continuité avec la période antérieure[30]. Le Livre de Jérémie rapporte que 150 ans après la chute du royaume du Nord, juste après la chute de Jérusalem en -586, des Israélites du Nord se sont présentés avec des offrandes pour le temple de Jérusalem : « quatre-vingts hommes vinrent de Sichem, de Silo et de Samarie, la barbe rasée, les vêtements déchirés, la peau tailladée d'incisions[31]. Ils apportaient des offrandes de céréales et de l'encens pour les offrir dans le Temple de l'Éternel[32]. » Dernier fait en contradiction avec la Bible : la religion actuelle des Samaritains, strictement basée sur le Pentateuque, ne présente pas de trace de paganisme. Les traités rabbiniques datant du début de l'ère chrétienne et précédemment cités indiquent que ce strict monothéisme est très ancien. Au VIe siècle av. J.-C., le livre de Jérémie, déjà cité, les montrent faisant des offrandes au temple. On manque toutefois de sources autonomes pour parler de la religion des Samaritains aux IVe et Ve siècle av. J.-C. Il est donc possible, mais non prouvé, qu'il y ait eu une période de quelques siècles où la religion samaritaine aurait été un syncrétisme pagano-israélite, conformément à l'accusation des Livres des Rois. La génétique a été sollicitée pour apporter certaines réponses quant à l'origine des Samaritains. L'étude de Shen et al., en 2004[pdf] a ainsi portée sur la comparaison entre les chromosome Y de 12 hommes Samaritains et ceux de 18-20 hommes non Samaritains, répartis entre 6 populations juives (d'origines ashkénaze, marocaine, libyenne, éthiopienne, irakienne et yéménite) et 2 populations non-juives israéliennes (Druzes et Arabes). Les résultats d'analyses précédentes sur des groupes d'africains et d'européens ont été intégrés dans l'analyse statistique. L'ADN mitochondrial (hérité des femmes) a également été comparé. L'étude conclut que des ressemblances significatives existent entre les chromosomes Y (masculin) juifs et samaritains, mais que l'ADN mitochondrial (hérité des femmes) diffère entre les populations juives et samaritaines. « À notre surprise, tous les chromosomes Y [donc hérités des hommes] des Samaritains non-Cohen [n'appartenant pas à la famille sacerdotale] appartiennent au groupe Cohen » (une caractéristique génétique qu'on rencontre majoritairement chez les juifs cohanim, c'est-à-dire supposés descendre d'Aaron. « Les données […] indiquent que les chromosome Y [masculin] samaritains et juifs ont une affinité beaucoup plus grande que ceux des Samaritains et de leurs voisins géographiques de longue date, les Palestiniens ». « Cependant, ce n'est pas le cas pour les haplotypes d'ADN mitochondrial [héritésdes femmes]. […] les distances entre Samaritains, Juifs et Palestiniens pour l'ADN mitochondrial [féminin] sont à peu près identiques. De plus, la basse diversité […] suggère que le flux de gènes maternels dans la communauté samaritaine n'a pas été très élevé » (peu d'entrées de femmes dans la communauté). [modifier] L'interprétation des faitsLa thèse dominante chez les historiens est plutôt que 80% des habitants de l'ancien royaume de Samarie sont restés sur place, et sont devenus les Samaritains (au sens religieux du terme) cités par le Livre des rois[33]. Dans cette optique, les 10 tribus d'Israël mystérieusement disparues ne seraient qu'un mythe inventé pour justifier l'exclusion des Samaritains de la communauté israélite : on ne rompait pas avec d'autres Israélites, on constatait leur disparition mystérieuse et leur remplacement par des étrangers. Les raisons de cette rupture définitive seraient surtout :
L'étude précédemment citée (Shen et al.[pdf]) tente d'apporter un éclairage par la génétique. Ses auteurs penchent finalement en faveur d'une approche mixte entre remplacement et continuité : « nous supposons que [les caractéristiques génétiques samaritaines] présentent un sous-groupe des prêtres juif Cohanim d'origine qui n'est pas parti en exil quand les Assyriens ont conquis le royaume du Nord […], mais qui ont épousé des assyriennes et des femmes exilées réinstallées à partir d'autres terres conquises ». Il faut cependant noter deux points : d'une part « La diversité élevée des haplotypes d'ADN mitochondrial chez les Israéliens suggère que les fondateurs féminins de chaque groupe juif aient été peu nombreux et de différentes ascendances ». La spécificité des marqueurs génétiques féminins samaritains est donc difficile à interpréter à la lumière de la spécificité des marqueurs génétiques féminins de chaque groupe juif. D'autre part, l'apparition des spécificités n'est pas datée. Elle peut remonter avant, pendant ou après la période de la conquête assyrienne, et ne nous renseigne donc pas forcément sur les évènements provoqués par celle-ci. [modifier] Datation de la rupture
Cyrus II le Grand et les Hébreux
En 586 avant notre ère, le royaume de Juda tombe à son tour, et une partie de sa population est déportée à Babylone. Après la libération des exilés par Cyrus II en -537, ceux-ci décident de rebâtir le temple de Jérusalem détruit en -586. Les Samaritains proposent alors leur aide :
L'exil a en effet modifié les identités ethno-religieuses. Comme l'écrit le rabbin Josy Eisenberg « Le VIe siècle av. J.-C. a été décisif dans l'histoire des Juifs. En fait, on peut dire qu'il en constitue le véritable commencement, car il voit s'opérer une mutation fondamentale : la fin du temps des Hébreux et de l'hébraïsme, la naissance du temps des Juifs et du judaïsme[36] ». Pour les anciens exilés de Babylone, la terre sainte est mal connue. Les anciennes définitions sont réinterprétées. La captivité de Babylone a créé les Juifs au sens actuel du terme[37]. Elle crée donc par opposition les Samaritains « modernes », rejetés du corps israélite. D'après la citation du Livre d'Esdras rapporté ci-dessus, la rupture religieuse avec les Samaritains semble donc consommée dès 500 avant notre ère. Mais de nombreuses incertitudes subsistant sur les dates de rédaction des textes, l'évolution de leur contenu et la façon dont ils étaient appliqués en pratique, aucune certitude n'est possible. D'autres sources confirment une rupture définitive vers -330. Ursula Schattner-Rieser indique « aujourd'hui, la majorité des spécialistes en samaritain est d'avis que la “secte” des Samaritains s'est séparée du groupe religieux judéen à l'époque perse, lors du retour de Néhémie en 445 avant J.-C. et que le début de l'histoire des Samaritains proprement dite se situe à la veille de l'époque hellénistique[38] avec la construction d'un temple rival de celui de Jérusalem, sur le mont Garizim[21] », à Sichem, actuelle Naplouse. La question du Temple semble effectivement importante dans la rupture. Tant le royaume de Juda que celui du Nord avaient maintenu des lieux de culte diversifiés. La Bible s'en offusque d'ailleurs, et certains rois du Sud, comme Josias, avaient lutté contre. Après le retour des exilés vers -537, le débat est définitivement réglé : seul le temple de Jérusalem est légitime. Le refus de « Zorobabel, Josué, et les autres chefs des familles d'Israël » de laisser les habitants du Nord se lier au Temple les amènent inévitablement à créer leur propre centre religieux, et à parachever la rupture. Ce temple sera construit un peu avant[21] la conquête d'Alexandre le Grand, ou juste après[39]. Cette rupture n'empêche pas la reprise du Pentateuque, issu de sources diverses, mais compilé dans sa forme définitive dans le Sud, en Judée, vers le VIe siècle av. J.-C. On peut donc la supposer postérieure à cette rédaction, malheureusement mal datée. [modifier] L'origine des Samaritains : conclusions
Maquette du second temple de Jérusalem.
Des divergences religieuses et politiques croissantes ont d'abord éloigné Israélites du Nord et du Sud, comme les accusations bibliques contre les pratiques religieuses du Nord en témoignent. On ne sait pas exactement de quand date la rupture définitive entre Juifs et Samaritains. Au plus tôt, elle se produit vers 520 av. J.-C., lors de la construction du second temple de Jérusalem par certains des anciens exilés juifs à Babylone. Au plus tard, elle est attestée vers 330 av. J.-C.. Quelles que soient les raisons de la rupture entre les communautés, et sa date exacte, les Samaritains et les Judéens (qui donnèrent les Juifs) ne se considèrent plus comme un seul peuple, alors même qu'ils se réclament tous deux de la descendance des Hébreux et qu'ils suivent le Pentateuque. [modifier] Après la séparationLes Samaritains semblent être restés une population assez nombreuse dans le nord de l'actuel territoire israélo-palestinien : au moins quelques centaines de milliers de personnes jusqu'au VIe siècle, certains auteurs[40] allant jusqu'à 1,2 million aux IVe et Ve siècles. Mais ils n'ont jamais plus été un peuple indépendant. Comme les Juifs, ils sont passés sous le contrôle des empires qui ont succédé à l'Empire assyrien, puis sous la souveraineté de la dynastie Séleucide, du royaume juif des hasmonéens, de l'Empire romain, de l'Empire byzantin, de l'Empire omeyyade et de l'Empire ottoman. [modifier] Relation avec le royaume SéleucideLe royaume Séleucide est un royaume de culture hellénistique, dirigé par une dynastie d'origine macédonienne succédant à Alexandre le Grand et régnant sur une partie du Moyen-Orient, plus particulièrement sur la zone Syrie-Palestine. Le royaume a affirmé très fortement sa culture grecque, ce qui n'a longtemps pas posé de problèmes particuliers aux Samaritains et au Juifs vivant en Palestine. La situation change avec Antiochos IV (roi de 175 av. J.-C. à 163 av. J.-C.). Celui-ci lance en effet, d'après les livres des Macchabées, une campagne d'hellénisation forcée des populations de son royaume. Cette campagne implique en particulier le culte obligatoire de Zeus, représenté sur terre par Antiochos IV. On ne connaît pas les effets de cette politique dans les autres régions du royaume, mais la volonté de transformer le Second Temple de Jérusalem en temple de Zeus Olympien en -168 aurait obtenu le soutien de certains juifs : « Beaucoup d'Israélites acquiescèrent volontiers à son culte, sacrifiant aux idoles et profanant le sabbat » (1M1.43), tout en en poussant d'autres, les Macchabées et leurs partisans, à la révolte : « ils rassemblèrent une armée, frappèrent les pécheurs dans leur colère et les impies dans leur fureur » (1M2.44). D'après les livres des Maccabées, des troupes samaritaines se seraient jointes en -166 à l'armée séleucide pour combattre les Judéens lors de la révolte des frères Macchabées : « Apollonius rassembla une troupe importante de Samarie pour faire la guerre à Israël[41] ». En tout hypothèse, ce ralliement religieux éventuel ne semble pas avoir laissée de trace chez les Samaritains après la fin de la domination Séleucide sur la région. Il est donc plausible qu'il ne ce soit agit que d'un ralliement politique sans véritable contenu religieux. Mais cette acceptation, qu'elle est ou non été de pure forme, partielle ou complète, volontaire ou forcée, renforça l'accusation de paganisme déjà portée par le Livre des rois. La réalité des relations entre les Samaritains et les Séleucides reste difficile à déterminer, puisque les seules sources datant de l'époque sont les livres des Maccabées (Flavius Josèphe écrivant bien plus tard). Mais la période reste importante dans l'histoire des relations entre Juifs et Samaritains, en ce qu'elle a réaffirmé dans la littérature juive le fait que les Samaritains n'étaient pas d'ascendance israélite, qu'ils pratiquaient volontiers le paganisme et qu'ils étaient prêt à s'allier aux ennemis des Juifs. [modifier] Relations avec les Juifs dans l'Antiquité
Une inscription antique en hébreu samaritain.
Les relations avec les Juifs sont globalement restées mauvaises pendant toute l'Antiquité. Après le succès de la révolte juive contre les Séleucides, le nouveau royaume juif des hasmonéens, alors dirigé par Jean Hyrcan Ier conquiert Sichem et détruit, vers 108 av. J.-C., le temple samaritain sur le mont Garizim, puis la ville de Samarie. Les Samaritains deviennent des sujets d'un État qui ne les considère pas comme juifs. Flavius Josèphe indique cependant que jusqu'au procurat romain de Coponius (6-8 apr. J.-C.), les Samaritains pouvaient accéder au temple de Jérusalem.
Les provinces du royaume d'Hérode Ier le Grand, sous protectorat romain, vers -25.
Après la conquête par les Romains (protectorat dès 63 avant notre ère), la Samarie eut plusieurs rattachements, fluctuants selon les époques. L'empereur Auguste la rattache au royaume client d'Hérode Ier le Grand en -30. Par la suite, la province de Samarie et les villes de la côte sont rattachées à la province romaine de Syrie (ou de Phénicie, selon les périodes), et donc échappent à un pouvoir juif. L'Empire romain est tolérant avec les religions des peuples conquis, et la situation des Samaritains s'en est donc sans doute trouvée améliorée. Les relations avec les Juifs restent difficiles. Une crise éclate ainsi sous le procurat de Coponius (6-8 apr. J.-C.), lorsque « des Samaritains, entrés en secret à Jérusalem, jetèrent des ossements humains sous les portiques[44]. Dès lors on interdit à tous les Samaritains l'accès du Temple, ce dont on n'avait pas l'habitude auparavant[45] ». Parlant de l'époque de Jésus (dans les années 30 du premier siècle), l'Évangile selon Jean témoigne encore des mauvaises relations entre Samaritains et Juifs : le dialogue entre Jésus et la Samaritaine au Puits de Jacob rappelle que les Juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains (Jean 4, 9). Des Juifs utilisent aussi l'accusation de « Samaritain » contre Jésus : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? » (Jean 8, 48). Jésus est ainsi provocateur lorsqu'il développe, devant des docteurs de la Loi, la parabole du Bon Samaritain, mettant en scène un Samaritain agissant plus moralement qu'un prêtre et qu'un lévite. Peu après la mort du Christ, Josèphe rapporte des affrontements armés directs en Galilée, sous l'empereur Claude : « Entre les Samaritains et les Juifs s'élevèrent aussi des haines pour la raison suivante. Les Galiléens avaient coutume, pour se rendre aux fêtes dans la ville sainte, de traverser le pays de Samarie. Alors, pendant qu'ils étaient en route, des habitants d'un bourg appelé Ginae, situé aux confins du pays de Samarie et de la grande plaine, engagèrent un combat avec eux et en tuèrent beaucoup […]. Les Galiléens décidèrent la masse des Juifs à courir aux armes […]. Ils pillèrent et incendièrent certains bourgs samaritains. Lorsque Cumanus eut connaissance de cet acte, il prit avec lui l'escadron de Sébaste et quatre cohortes de fantassins, fit armer les Samaritains et marcha contre les Juifs ; il les attaqua, en tua un grand nombre […]. Cumanus et les premiers des Samaritains, envoyés à Rome, obtinrent, de l'empereur un jour d'audience pour parler des litiges qui les divisaient […]. Claude […] après avoir ouï les débats, reconnaissant que les Samaritains avaient été les premiers auteurs de ces maux, ordonna d'exécuter ceux d'entre eux qui s'étaient présentés à lui[46] ». [modifier] Relations avec l'Empire romainL'arrivée de l'empire dans la région en -63 avait permis aux Samaritains de se libérer progressivement des Juifs. Mais les relations avec l'empire furent cependant parfois conflictuelles. Pendant le soulèvement juif de 67-73, l'empereur Vespasien craint de voir les Samaritains rallier les Juifs, car « ils semblaient à deux doigts de se révolter […]. Il envoya contre eux Cérialis, légat de la cinquième légion, avec six cents chevaux et trois mille hommes de pied. Le légat […] se borna […] à cerner avec sa troupe toute la base du mont Garizim […]. Or il arriva que les Samaritains manquaient d'eau […]. Cérialis […] gravit alors la montagne et, ayant disposé sa troupe en cercle autour des ennemis, les invita tout d'abord à traiter et à songer à leur salut : il leur promettait la vie sauve s'ils rendaient leurs armes. Comme il ne put les convaincre, il les chargea et les passa tous au fil de l'épée, au nombre de 11 600[47] ». Sous le règne d'Hadrien (de 117 à 138), « Juifs et Samaritains auraient été frappés d'interdiction des sabbats, des fêtes, de la circoncision, ainsi que des bains rituels. Les chroniques samaritaines attribuent à Hadrien la destruction de tous leurs livres sacrés, à l'exception du Pentateuque et de la généalogie des prêtres[21] ». Malgré ces affrontements sporadiques, qui se produisent d'ailleurs régulièrement dans beaucoup de provinces romaines, les Samaritains semblent d'abord avoir bénéficié d'une situation satisfaisante. Ainsi, le temple du mont Garizim détruit par les hasmonéens vers -108 est reconstruit peu après la révolte avortée juive de Bar-Kokheba (132-135)[39]. Mais l'empire devient chrétien au IVe siècle, et la traditionnelle tolérance romaine prend fin. [modifier] Les relations avec l'Empire byzantinL'Empire romain se scinde définitivement en 395 de l'ère chrétienne. Il y a désormais un Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, et un Empire romain d'Orient, qu'on appelle aujourd'hui « Empire byzantin » (du nom de sa capitale, Byzance, devenue par la suite Constantinople puis Istanbul). L'Empire byzantin a tenté de convertir de force les minorités (Chrétiens hétérodoxes ou non-Chrétiens) à sa version du christianisme. Ainsi, l'empereur Zénon (né en 427 - règne de 474 à sa mort en 491) s'en prend aux Juifs et aux Samaritains. Sous son règne, le temple samaritain est une seconde fois détruit (en 484, semble-t-il)[39], et ce de façon définitive. Il ne sera jamais reconstruit. Sous la conduite d'un leader charismatique et messianique, nommé Julianus ben Sabar (ou ben Sahir), les Samaritains se soulèvent en 529. Avec l'aide des Arabes ghassanides (des Chrétiens), l'empereur Justinien écrase la révolte. Des dizaines de milliers de Samaritains sont tués ou vendus comme esclaves. D'autres se convertissent, sans doute pour échapper à la répression. D'une population d'au moins quelques centaines de milliers de personnes, on passe rapidement à une petite population résiduelle. L'Empire byzantin est le principal responsable du passage des Samaritains du statut de population occupant un territoire qui lui est propre au statut de petite minorité sur sa propre terre d'origine. Procope de Césarée rapporte :
Un ultime soulèvement aura lieu une soixantaine d'années plus tard, en 594, sans succès, et à sans doute contribué à achever l'effondrement démographique de la population samaritaine. L'intolérance byzantine, la christianisation puis l'islamisation des populations vivant en Palestine les ont touchés comme elles ont touché les Juifs. Mais, alors que les Juifs ont pu survivre en tant que communauté en diaspora, les Samaritains, restés essentiellement sur le territoire de la Palestine historique, n'ont pu trouver de solutions alternatives. [modifier] Les relations avec les empires musulmansL'arrivée des conquérants musulmans au VIIe siècle, après les massacres byzantins du VIe siècle, a sans doute été vécue comme une libération. Les communautés chrétiennes « hérétiques » (du point de vue byzantin) l'ont en tout cas souvent vécu ainsi : les conquérants étaient sensiblement plus tolérants pour ces groupes religieux, auxquels le statut de dhimmi donnait enfin un statut officiel, ce dont ils ne bénéficiaient même pas sous l'Empire byzantin. Bonnes au départ, les relations entre les Samaritains et les pouvoirs en place n'ont cependant pas toujours été parfaites. Des sources parlent de destructions de lieux de culte juifs et samaritains au IXe siècle. Les Mamelouks auraient détruit des lieux de culte samaritains au XIVe siècle. Les relations avec les Ottomans auraient été assez mauvaises, sauf vers la fin : « Les Samaritains ont décrit la période ottomane comme la plus mauvaise période de leur histoire moderne. Au cours de cette période, beaucoup de familles samaritaines ont changé leur religion ; plusieurs des familles célèbres de Naplouse, comme les familles Shakhsheer, Yaish et Maslamany étaient Samaritaines et sont devenues musulmanes pendant cette période[51] ». En 1596, le grand prêtre Pinhas VII fut obligé de s'exiler à Damas, qui ne comptait plus que cent trente-deux Samaritains[21]. En 1841, des oulémas musulmans de Naplouse lancent l'accusation selon laquelle les Samaritains sont païens. Du point de vue musulman, les païens peuvent être convertis de force. Le grand Rabbin de la Palestine de l'époque émet alors un document attestant qu'ils sont une branche des fils d'Israël, ce qui met fin à la crise[52]. Déjà très affaiblis par les Byzantins, les communautés samaritaines ont donc continué à décroître lentement, sans doute du fait d'un certain nombre de conversions au cours des siècles à la religion musulmane. Ce phénomène de conversion a touché l'ensemble des populations du Moyen-Orient et n'est donc pas spécifique aux Samaritains. On trouve, à Naplouse mais aussi dans le reste de la Cisjordanie, des Musulmans dont les noms de familles sont manifestement d'origine samaritaine. À la fin du XIXe siècle, les Samaritains obtiennent une reconnaissance juridique des autorités ottomanes, et leur communauté est officiellement reconnue comme Millet[52]. Au XIXe siècle, les voyageurs dépeignent la petite population samaritaine comme particulièrement misérable, formée de boutiquiers, de commis et de tailleurs[52]. La Jewish Encyclopedia de 1905 parle de « lutte pour l'existence, qui peut à peine être continuée. »[39] [modifier] Les communautés samaritaines connuesLes Samaritains ont créé, avant ou après la conquête arabe, des communautés hors de l'actuel territoire israélo-palestinien, comme les Juifs, mais beaucoup moins importantes et aujourd'hui disparues, par dissolution dans l'environnement arabo-musulman. Communautés samaritaines attestées à différentes époques :
[modifier] L'époque moderneDans la seconde moitié du XIXe siècle, les Samaritains ne sont plus qu'environ 120, puis 146 en 1917[2]. Leur avenir semble menacé par la consanguinité (il y a un nombre anormalement élevé de handicaps héréditaires au sein de la communauté), la pauvreté et les conversions. Les observateurs de l'époque prédisent souvent leur disparition rapprochée. Après la fondation en 1920 du foyer national juif en Palestine, les relations avec les sionistes sont bonnes. Ces derniers, largement laïcs, ne s'intéressent pas aux disputes religieuses, et reconnaissent sans grande difficulté les Samaritains comme juifs.
Samaritains sur le mont Garizim, vers 1900
Sous l'influence d'Yitzhak Ben-Zvi, futur président d'Israël de 1952 à 1963 et grand ami des Samaritains, une école moderne financée par les Juifs est établie pour les Samaritains sous le mandat britannique, permettant le début d'une « modernisation » culturelle de la communauté, et favorisant son rétablissement économique. Ben-Zvi convainc aussi les Samaritains d'accepter de conclure certains mariages avec des juives (sous réserve que celles-ci deviennent samaritaines). Ces mariages mixtes restent très peu nombreux. Malgré ces bonnes relations, les Samaritains restent réservés face au projet sioniste tout au long du mandat britannique sur la Palestine (1922-1948). Selon les mots d'un grand-prêtre de la fin des années 1930 « Je ne suis pas l'ennemi de ce que les Juifs aient de nouveau leur propre royaume. Je suis fâché qu'ils doivent s'installer sur la terre qui est Israël, qui n'a jamais été à eux ». L'Israël ici cité est l'ancien royaume d'Israël, ou de Samarie, qui couvrait le nord de la Palestine mandataire d'alors, et dont les Samaritains se considèrent comme les descendants. L'attitude officielle fut cependant en général moins hostile, pouvant même aller jusqu'à un « prudent encouragement » |