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Roland Barthes
Roland Barthes, né le 12 novembre 1915 à Cherbourg (Manche) et mort le 26 mars 1980 à Paris, est un écrivain et sémiologue français. Il fut l'un des principaux animateurs de l'aventure structuraliste et sémiotique française.
[modifier] BiographieRoland Barthes naĂźt en 1915 Ă Cherbourg. TrĂšs tĂŽt orphelin de pĂšre, il passe son enfance Ă Bayonne, puis Ă Paris, oĂč il Ă©tudie au lycĂ©e Montaigne puis au lycĂ©e Louis-le-Grand. En 1935, il entame des Ă©tudes de lettres classiques Ă la Sorbonne, oĂč il contribue Ă fonder le « Groupe de théùtre antique de la Sorbonne ». RĂ©formĂ©, il Ă©chappe Ă la mobilisation et devient professeur Ă Biarritz. TouchĂ© par la tuberculose, il sĂ©journe longuement en sanatorium, en France et en Suisse. Il y mĂšne une vie intellectuelle riche, fait des rencontres dĂ©terminantes (dont celle de Georges FourniĂ©) et fait des lectures fondamentales (Marx, Michelet, Sartre). Il publie ses premiers textes. En 1947, il publie dans Combat les premiers des textes qui constitueront Le DegrĂ© zĂ©ro de l'Ă©criture. Commence aussi une vie de sĂ©jours professionnels Ă l'Ă©tranger : Bucarest, Alexandrie (oĂč il rencontre Greimas et oĂč il s'initie Ă la linguistique); il sĂ©journera aussi au Maroc plusieurs fois Ă partir de 1963 (il enseigne Ă Rabat en 1969-1970). En 1952, de retour Ă Paris oĂč il travaille au MinistĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, il publie « Le monde oĂč l'on catche » dans la revue Esprit puis poursuivit ses « Petites mythologies du mois » dans Combat et dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ces courts textes le firent connaĂźtre d'un vaste public et seront rĂ©unis en volume en 1957. Mais son premier essai, Le DegrĂ© zĂ©ro de l'Ă©criture, paru en 1953, fut rapidement considĂ©rĂ© comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique emmanente du texte. Ă cette Ă©poque, le théùtre l'intĂ©resse particuliĂšrement. Il participe Ă la crĂ©ation de Communications et collabore Ă Tel Quel. En 1962, il entre avec Michel Foucault et Michel Deguy au premier « Conseil de rĂ©daction » de la revue Critique auprĂšs de Jean Piel qui reprend la direction de la revue aprĂšs la mort de Georges Bataille. Enseignant Ă la VIe section de l'Ăcole pratique des hautes Ă©tudes dĂšs 1962 â ses premiers sĂ©minaires porteront sur le thĂšme « Inventaire des systĂšmes de signification contemporains » et dĂ©boucheront sur ses ĂlĂ©ments de sĂ©miologie (1965) et le SystĂšme de la mode (1967) â Roland Barthes occupa la chaire de sĂ©miologie du CollĂšge de France de 1977 Ă 1980. En 1966, il participe Ă la Querelle de la nouvelle critique en rĂ©pondant Ă Raymond Picard par son livre Critique et vĂ©ritĂ©. Le dĂ©but des annĂ©es 1970 est une pĂ©riode de publication intense, qui le voit s'Ă©loigner du formalisme structuraliste et opter pour une subjectivitĂ© plus assumĂ©e, avec Lâempire des signes (1970), S/Z(1970), Sade, Fourier, Loyola (1971), Nouveaux essais critiques (1972), suivis par son Roland Barthes par Roland Barthes (1975) et ses Fragments dâun discours amoureux (1977). C'est Ă©galement l'Ă©poque de la reconnaissance : Tel Quel (1971) et L'Arc (1973) lui consacrent des numĂ©ros spĂ©ciaux, et une dĂ©cade est organisĂ©e sur son Ćuvre Ă Cerisy-la-Salle (1977). Il incarne William Makepeace Thackeray dans le film d'AndrĂ© TĂ©chinĂ© Les Soeurs BrontĂ« (1979). FauchĂ© par une camionnette (d'une entreprise de blanchissage) alors qu'il se rendait au CollĂšge de France, le 25 fĂ©vrier 1980, Barthes mourut des suites de cet accident le 26 mars suivant Ă l'hĂŽpital de la PitiĂ©-SalpĂȘtriĂšre Ă Paris. Son journal a Ă©tĂ© publiĂ© de maniĂšre posthume. Son homosexualitĂ© y est Ă©voquĂ©e. Roland Barthes est en outre le modĂšle d'un des personnages d'AndrĂ© TĂ©chinĂ©, Romain, interprĂ©tĂ© par Philippe Noiret dans le film J'Embrasse pas (1991). [modifier] Ćuvres[modifier] La « mort de l'auteur »Roland Barthes aimait raconter cette petite blague Ă ses Ă©tudiants : un infirme se plonge dans lâeau de Lourdes pour que sa situation sâamĂ©liore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve. PassĂ© maĂźtre dans les discours aux multiples sens, quâil sâamusera Ă dĂ©mystifier, Barthes accouche en 1968 de cet article bizarre quâest « La mort de lâauteur ». ConjuguĂ© Ă la confĂ©rence de Foucault sous le titre « Quâest-ce quâun auteur ? », lâarticle de Barthes aura lâeffet dâune bombe. JusquâĂ leur parution, bien plus tard et dans des recueils posthumes, ces deux textes furent longtemps trĂšs photocopiĂ©s par les Ă©tudiants et usĂ©s par les enseignants, et devinrent en quelque sorte un credo du post-structuralisme français. Les deux textes gagnĂšrent cette popularitĂ© surtout par leur opposition Ă Lanson et Ă Sainte-Beuve, critiques dominants dans les Ă©tudes littĂ©raires françaises, qui attachent une grande importance Ă la connaissance de lâauteur dans le jugement dâune Ćuvre. Or, pour Barthes, "« lâauteur est mort » : il affirme que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de lâauteur ». En effet, son idĂ©e est que l'auteur doit cĂ©der sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-mĂȘme (on dit volontiers depuis qu'il en possĂšde sa propre lecture (expression que dĂ©noncera d'ailleurs Thierry Maulnier) : l'auteur n'est donc plus le seul garant du sens de son Ćuvre. Autrefois, lorsquâun auteur Ă©tait « consacrĂ© », tous ses Ă©crits devenaient automatiquement Ćuvre, y compris la correspondance, les brouillons, etc. Maintenant que lâauteur est mort, un Ă©crit devient Ćuvre (ou « texte » dans notre cas) si son contenu est conforme Ă lâidĂ©e que lâon se fait de lâauteur. On se rappelle les exĂ©cuteurs testamentaires d'Hugo brĂ»lant un certain nombre de lettres (ou plus exactement leurs brouillons retrouvĂ©s) au motif qu'elles pouvaient ternir l'image du disparu. Si demain on dĂ©couvrait un manuscrit Ă©crit de la main de Roland Barthes (lâhomme) mais ne correspondant pas au style de Barthes (lâĂ©crivain) pourrait-il ĂȘtre dĂ©libĂ©rĂ©ment omis de ses Ćuvres complĂštes (qui pour le coup ne le seraient plus) ? Ce n'est pas impossible. Le nom de lâauteur sert somme toute de dĂ©signateur Ă son travail. Dire avoir « lu tout Roland Barthes » signifie avoir lu ses Ćuvres, non lâhomme. De mĂȘme, dĂ©couvrir que La mort de l'auteur est de la main dâun autre changerait la conception de Barthes-Ă©crivain, mais pas de Barthes-lâhomme. Lâauteur est donc construit Ă partir de ses Ă©crits, et non lâinverse. Lâauteur nâest plus Ă lâorigine du texte ; celui-ci provient du langage lui-mĂȘme. Le « je » qui sâexprime, c'est le langage, pas l'auteur. LâĂ©nonciation est ici une fonction du langage. PensĂ©e cousine de celle de Paul ValĂ©ry dans Tel Quel, lorsque celui-ci y indique :
Est-ce pour se venger d'avoir Ă©tĂ© ainsi devancĂ© que Barthes stigmatisera l'usage de la tautologie (l'Ćuvre est l'Ćuvre) dans un article de ses Mythologies intitulĂ© « Racine est Racine » ?
[modifier] SystĂšme de la modeDans SystĂšme de la mode, comme dans ĂlĂ©ments de sĂ©miologie, Roland Barthes fait beaucoup pour populariser la notion de dĂ©notation (en trahissant passablement cette notion qui avait Ă©tĂ© avancĂ©e par le linguiste danois Louis Hjelmslev), et celle de mĂ©talangage. Soient les notations E = expression, R = relation, C = contenu. On peut avoir :
(E R1 C1) R2 C2 : R1 = dénotation, R2 = connotation Ex : Je porte un jean troué pour signifier (connoter) que je suis un punk. E = jean ; C1 = m'habiller, me protéger du froid, etc. ; C2 = « je suis un punk » ou
E1 R1 (E2 R2 C) : R1 = mĂ©talangage, R2 = langage-objet Ex : « Le mot "chat" » : E1 = « Le mot "chat" » ; E2 = "chat" ; C = boule de poils mouvante. [modifier] Le mytheAu cours des annĂ©es 1950, dans Mythologies (Seuil, 1957), Roland Barthes s'exclamait : « (...) une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la mythologie et de la connaissance. La science va vite et droit en son chemin ; mais les reprĂ©sentations collectives ne suivent pas, elles sont des siĂšcles en arriĂšre, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d'ordre. » (Barthes 1957 : 72-73) Dans ce livre majeur, il dĂ©crit des mythes aussi divers que la CitroĂ«n DS, le catch, le vin et le visage de Greta Garbo. Mais il analyse Ă©galement le phĂ©nomĂšne mĂȘme du mythe. Le mythe pour Barthes est un outil de l'idĂ©ologie, il rĂ©alise les croyances, dont la doxa est le systĂšme, dans le discours : le mythe est un signe. Son signifiĂ© est un idĂ©ologĂšme, son signifiant peut ĂȘtre n'importe quoi : « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermĂ©e, muette, Ă un Ă©tat oral, ouvert Ă l'appropriation de la sociĂ©tĂ©. » (Barthes 1957 : 216) Dans le mythe, Ă©crit Barthes, la chaĂźne sĂ©miologique « signifiant/signifiĂ© = signe » est doublĂ©e. Le mythe se constitue Ă partir d'une chaĂźne prĂ©-existante: le signe de la premiĂšre CHAĂNE devient le signifiant du second. Barthes donne l'exemple d'une phrase figurant comme exemple dans une grammaire : c'est un signe composĂ© de signifiant et signifiĂ©, mais qui devient dans son contexte de grammaire un nouveau signifiant dont le signifiĂ© est « je suis ici comme exemple d'une rĂšgle grammaticale » (Barthes 1957 : 222-223). Nouvel emprunt - toujours non crĂ©ditĂ© - Ă ValĂ©ry, qui avait prĂ©cisĂ© dans ce mĂȘme Tel quel que « Quia nominor leo » signifiait en fait « Je suis une rĂšgle de grammaire ». Mais ne dit-on pas que l'imitation est la forme la plus sincĂšre de flatterie ? Un exemple purement idĂ©ologique dans ce recueil est la photo d'un soldat noir regardant le drapeau national, oĂč le signe dans son ensemble devient le signifiant du mythe de l'adhĂ©sion des populations colonisĂ©es Ă l'Empire français. En derniĂšre analyse, la doxa propagĂ©e par le mythe, pour Barthes, est l'image que la bourgeoisie se fait du monde et qu'elle impose au monde. La stratĂ©gie bourgeoise est de remplir le monde entier de sa culture et de sa morale, en faisant oublier son propre statut de classe historique : « Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique : l'homme qu'elle reprĂ©sente sera universel, Ă©ternel ; (...) Enfin, l'idĂ©e premiĂšre du monde perfectible, mobile, produira l'image renversĂ©e d'une humanitĂ© immuable, dĂ©finie par une identitĂ© infiniment recommencĂ©e. » (Barthes 1957 : 250-251) [modifier] La Chambre claire, Note sur la photographie, Paris, Seuil, 1980La Chambre claire, par opposition Ă la chambre noire oĂč lâon dĂ©veloppe la photo, est un Ă©claircissement, une philosophie, selon Roland Barthes. Celui-ci reste abasourdi par une photo de 1852 reprĂ©sentant le dernier frĂšre de NapolĂ©on. Il se dit alors : « Ces yeux ont vu lâEmpereur ! ». Puis la photographie culturelle lâĂ©loigne peu Ă peu de cet Ă©tonnement. Il veut cependant savoir ce que la photographie est « en soi », si elle dispose dâun « gĂ©nie » propre. En tout cas elle reproduit Ă lâinfini, mĂ©caniquement, ce qui nâa lieu quâune fois. Elle ne peut ĂȘtre transformĂ©e philosophiquement. Percevoir ce quâelle signifie nâest pas impossible si lâon fait appel Ă la rĂ©flexion. Les photos qui intĂ©ressent Roland Barthes sont celles devant lesquelles il Ă©prouve plaisir ou Ă©motion. Il ne tient pas compte des rĂšgles de composition dâun paysage. Devant certaines photos, il se veut sauvage, sans culture. Ă partir des photos quâil aime, il essaie de formuler une philosophie. NâĂ©tant pas photographe, il nâa Ă sa disposition que deux expĂ©riences : celle du sujet regardĂ© et celle du sujet regardant. Ce quâil aime, câest le bruit mĂ©canique du doigt du photographe sur lâappareil et non lâĆil qui le terrifie. Par rapport Ă son personnage, lâimage restituĂ©e est immobile, donc lourde, alors que lui se veut lĂ©ger ; devant lâobjectif, il est Ă la fois :
Câest pour cela quâil a une sensation dâinauthenticitĂ©. Il devient objet. Il prend donc les photos quâil aime pour analyse et dit quâelles lâaniment et quâil les anime. Câest lâattrait qui les fait exister Ă sa vue. Câest leurs sentiments. Il aime les dualitĂ©s, les personnages dissemblables, les scĂšnes hĂ©tĂ©roclites... Il nomme deux Ă©lĂ©ments qui suscitent son admiration de la photo :
Exemple : une famille noire américaine page 75 :
Il sâagit dâune co-prĂ©sence. Sans ces deux Ă©lĂ©ments la photo lui est insignifiante. « Une photo est surprenante lorsque lâon ne sait pas pourquoi elle a Ă©tĂ© prise. Une photo est subversive lorsquâelle est pensive et non effrayante ». La photo le touche sâil lui retire son verbiage ordinaire : technique, rĂ©alitĂ©, reportage, art... JusquâĂ ce stade, Roland Barthes a appris comment marche son dĂ©sir mais nâa pas encore dĂ©couvert la « nature » de la photographie. Elle a aussi un rapport avec la mort : la photo rend immobile tout sujet. Il dĂ©couvre une photo de sa mĂšre (aprĂšs la mort de celle-ci) et se rend compte que lâamour et la mort interviennent dans son choix de photo unique, irremplaçable. Dans la photographie, il y a rĂ©alitĂ© et passĂ©. Il a confondu vĂ©ritĂ© et rĂ©alitĂ©. VoilĂ dĂ©sormais pour Barthes le GĂ©nie de la photographie, ce qui a Ă©tĂ© photographiĂ© « a existĂ© » ! Il nâaime pas la couleur en photographie car il a lâimpression quâelle sâinterpose entre le sujet et lui. Il parle des rayons qui Ă©manent du sujet photographiĂ© comme sâils Ă©taient toujours vivants. La photographie Ă©tonne Roland Barthes comme si elle avait le pouvoir de faire revivre ce qui a Ă©tĂ©. Elle nâinvente pas (comme peut le faire tout autre langage), « elle est lâauthentification mĂȘme » (page 135). « Ce quâon voit sur le papier est aussi sĂ»r que ce quâon touche » (page 136), mais la photographie ne sait dire ce quâelle donne Ă voir (page 156). La photographie est violente (page 143) car elle emplit de force la vue. Elle est pĂ©rissable (comme du papier) : elle naĂźt comme tout organisme vivant Ă mĂȘme les grains dâargent qui germent, sâĂ©panouit puis vieillit. Selon Barthes, lâamateur se tient au plus prĂšs de la photographie. Le noĂšme (objet intentionnel de la pensĂ©e, pour la phĂ©nomĂ©nologie) de la photographie est simple : « ça a Ă©tĂ© » (page 176). La folie naĂźt dans la photographie si lâon entre en extase devant elle. Sage ou folle, ce sont les deux voies que Roland Barthes se donne Ă choisir. [modifier] Sources[modifier] Citations de Paul ValĂ©ry
[modifier] Citation de Roland BarthesMythologies, Seuil, 1970, p. 97
[modifier] DĂ©foulementĂ mesure que le temps passait, certains des lecteurs qui avaient admirĂ© son travail Ă ses dĂ©buts crurent y dĂ©celer une sorte de systĂšme, un peu comme si Barthes avait fini par se mettre Ă faire du Barthes. La rĂ©action des admirateurs fut Ă la mesure de leur dĂ©ception (motivĂ©e ou non) : Le Roland Barthes sans peine (1978), de Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud, qui passait impitoyablement Ă la moulinette tous les tics du maĂźtre (et de quelques-uns de ses Ă©pigones comme HĂ©lĂšne Cixous), fut un succĂšs de librairie. On peut supposer que Barthes lut l'ouvrage avec plaisir : quoi de plus agrĂ©able pour un dĂ©boulonneur de mythes que de se voir dĂ©boulonnĂ© lui-mĂȘme (et donc ainsi reconnu) par ses disciples ? Et de toute façon les Fragments d'un discours amoureux parus peu avant Ă©chappaient largement pour leur part Ă cette critique. [modifier] Ouvrages
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