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Mai 68Mai 68, terme dĂ©signant les Ă©vĂ©nements survenus en France en mai-juin 1968, constitue une pĂ©riode et une cĂ©sure marquantes de l'histoire contemporaine française, caractĂ©risĂ©es par une vaste rĂ©volte spontanĂ©e, de nature Ă la fois culturelle, sociale et politique, dirigĂ©e contre la sociĂ©tĂ© traditionnelle et, plus immĂ©diatement, contre le pouvoir gaulliste en place. La crise rĂ©vĂ©la et accĂ©lĂ©ra les profondes mutations de fond de la sociĂ©tĂ© des Trente Glorieuses. EnclenchĂ©e par une rĂ©volte de la jeunesse Ă©tudiante parisienne, puis gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les catĂ©gories de population Ă travers l'ensemble du territoire, elle reste le plus important mouvement social de l'Histoire de France. Les Ă©vĂ©nements superposĂšrent essentiellement un mouvement Ă©tudiant et un mouvement ouvrier tous deux d'exceptionnelle ampleur. Au-delĂ de revendications matĂ©rielles ou salariales, et de la remise en cause du rĂ©gime gaullien installĂ© depuis 1958, ils virent se dĂ©ployer une contestation multiforme de tous les types d'autoritĂ©. Une partie active du mouvement lycĂ©en et Ă©tudiant revendiqua notamment la « libĂ©ralisation des mĆurs », et au-delĂ , contesta la "vieille UniversitĂ©", la sociĂ©tĂ© de consommation, le capitalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles. Le « Mai français » s'inscrit par ailleurs dans un ensemble d'Ă©vĂ©nements dans les milieux Ă©tudiants et ouvriers d'un grand nombre de pays. Il ne se comprend pas sans ce contexte d'Ă©bullition gĂ©nĂ©rale de part et dâautre du Rideau de fer, notamment en Allemagne, en Italie, aux Ătats-Unis, au Japon, au Mexique et au BrĂ©sil, sans oublier la TchĂ©coslovaquie du printemps de Prague ou la Chine de la RĂ©volution culturelle. En France, ces Ă©vĂ©nements prennent cependant une coloration particuliĂšre car d'importantes manifestations d'Ă©tudiants sont rejointes Ă partir du 13 mai 1968 par la plus importante grĂšve gĂ©nĂ©rale de la VĂšme RĂ©publique, dĂ©passant celle survenue en juin 1936 lors du Front populaire[1]. Elle paralyse complĂštement le pays pendant plusieurs semaines et s'accompagne d'une recherche effrĂ©nĂ©e de prise de parole, d'une frĂ©nĂ©sie de discussions, de dĂ©bats, d'assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales, de rĂ©unions informelles dans la rue, Ă l'intĂ©rieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycĂ©es et des universitĂ©s, des théùtres, des maisons de jeunes ou encore des maisons de la culture. Explosion souvent confuse et complexe, parfois violente, plus souvent encore ludique et festive[2], Mai 68 apparaĂźt comme un moment d'illusion rĂ©volutionnaire lyrique, de foi ardente et utopique en la possibilitĂ© d'une transformation radicale de la vie et du monde. Ce que reflĂ©ta notamment une prolifĂ©ration de graffiti et de slogans imaginatifs : « Sous les pavĂ©s, la plage », « Il est interdit d'interdire », « Jouissez sans entraves », « Cours camarade, le vieux monde est derriĂšre toi », « La vie est ailleurs », etc. Parfois qualifiĂ©e de « rĂ©volution manquĂ©e », et malgrĂ© le large recours Ă la rhĂ©torique et aux symboles des rĂ©volutions françaises prĂ©cĂ©dentes â barricades, drapeaux rouge et noir â, Mai 68 ne vit en rĂ©alitĂ© aucune volontĂ© de conquĂȘte illĂ©gale du pouvoir ni de dĂ©rapage vers la guerre civile. Aucun coup de feu ne fut tirĂ© et quelques morts furent Ă dĂ©plorer, surtout en juin. Les historiens divisent classiquement le dĂ©roulement de Mai 68 en trois phases, une « pĂ©riode Ă©tudiante » (3-13 mai), une « pĂ©riode sociale » (13 - 26 mai) et une « pĂ©riode politique » (27-30 mai). Avant comme aprĂšs le rejet par la base, le 27 mai, des accords de Grenelle nĂ©gociĂ©s par son Premier ministre Georges Pompidou avec les syndicats, Charles de Gaulle apparaĂźt dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements. AprĂšs sa disparition-surprise de 24 heures le 29 mai, il revient de Baden-Baden et reprend l'initiative en dĂ©crĂ©tant le 30 la dissolution de l'AssemblĂ©e nationale. La lassitude et le retournement de l'opinion publique, initialement favorable au mouvement, amĂšnent un raz-de-marĂ©e gaulliste aux Ă©lections anticipĂ©es du 30 juin. Les grĂšves cessent progressivement courant juin, et les hauts-lieux de la contestation, tels que la Sorbonne et l'OdĂ©on Ă Paris, sont Ă©vacuĂ©s par la police. Mai 68 a suscitĂ© dĂšs l'Ă©poque de nombreuses controverses et interprĂ©tations divergentes sur sa nature, sur ses causes comme sur ses hĂ©ritages. Il s'est prolongĂ©, en ouvrant la voie aux nouvelles formes de contestations et de mobilisations des annĂ©es 1970 (autogestion, Ă©cologie politique, mouvements fĂ©ministes, dĂ©centralisation, « retour Ă la terre » et rĂ©veil des cultures provinciales, etc.). Sans dĂ©bouchĂ© politique, l'Ă©vĂ©nement a eu un impact considĂ©rable sur le plan social et surtout culturel, en Ă©tant Ă l'origine de nombreux acquis sociaux et de nombreuses rĂ©formes sociĂ©tales des annĂ©es suivantes.
[modifier] Origines[modifier] Contexte Ă©conomiqueParadoxalement, la crise de Mai 68 survient au terme d'une dĂ©cennie de prospĂ©ritĂ© inĂ©galĂ©e. Au plan Ă©conomique, c'est l'apogĂ©e des « Trente Glorieuses ». La sociĂ©tĂ© de consommation s'est installĂ©e dans les mĆurs, sans que l'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications ni des dĂ©sĂ©quilibres mondiaux qui se dĂ©veloppent. Cependant, depuis quelques mois, voire une annĂ©e, des symptĂŽmes importants d'une dĂ©tĂ©rioration de la situation Ă©conomique française ont fait leur apparition. Le nombre de chĂŽmeurs s'accroĂźt rĂ©guliĂšrement : dĂ©but 1968, ils sont dĂ©jĂ prĂšs de 500 000. Les jeunes se trouvaient les premiers touchĂ©s et en 1967, le gouvernement doit crĂ©er l'ANPE. La grande grĂšve des mineurs de 1963 a signalĂ© le malaise d'un monde de la mine qui vit ses derniĂšres annĂ©es avant le dĂ©but d'une crise fatale. Un nombre important de grĂšves se tiennent aussi entre 1966 et 1967, en rĂ©gion parisienne comme en province. Deux millions de travailleurs sont payĂ©s au SMIC et se sentent exclus de la prospĂ©ritĂ©, dont beaucoup d'OS des usines, de femmes ou de travailleurs immigrĂ©s. Les salaires rĂ©els commencent Ă baisser et les travailleurs s'inquiĂštent pour leurs conditions de travail. Les syndicats s'opposent ainsi aux ordonnances de 1967 sur la SĂ©curitĂ© sociale. Des bidonvilles existent encore, dont le plus cĂ©lĂšbre est celui de Nanterre, directement sous les yeux des Ă©tudiants. MĂȘme les catĂ©gories les plus privilĂ©giĂ©es ne sont pas sans motifs d'inquiĂ©tude : la massification de l'enseignement supĂ©rieur a entraĂźnĂ© sur les campus d'innombrables problĂšmes de locaux, de manque de matĂ©riel, de transports. En 1967-1968, le gouvernement reparle aussi de sĂ©lection, ce qui inquiĂšte les Ă©tudiants. [modifier] Contexte politiqueAu plan politique, le mouvement survient en une pĂ©riode d'usure de la RĂ©publique gaullienne, en place depuis 1958. En 1965, lors de la premiĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle au suffrage universel direct tenue depuis 1848, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle a Ă©tĂ© mis en ballottage par François Mitterrand Ă la surprise gĂ©nĂ©rale. Aux Ă©lections lĂ©gislatives de 1967, sa majoritĂ© Ă l'AssemblĂ©e nationale se rĂ©duit Ă un seul siĂšge. Les centristes tels ValĂ©ry Giscard d'Estaing assortissent de rĂ©serves critiques leur soutien au pouvoir (le « oui, mais » de 1967). Les dĂ©mocrates-chrĂ©tiens tels Jean Lecanuet restent hostiles. La droite extrĂȘme et l'extrĂȘme droite ne pardonnent pas au gĂ©nĂ©ral le procĂšs de Vichy ni l'« abandon » de l'AlgĂ©rie française. Les gaullistes de gauche s'irritent du maintien Ă Matignon de Georges Pompidou, jugĂ© trop conservateur. Quant Ă ce dernier, une sourde rivalitĂ© l'oppose depuis 1965 au gĂ©nĂ©ral de Gaulle, dont il lorgne en silence la succession. Le 13 mai 1968, le slogan « Dix ans, ça suffit ! » traduira dans les dĂ©filĂ©s une certaine lassitude de l'opinion. De Gaulle Ă©tait arrivĂ© au pouvoir en mai 1958 en jouant habilement de circonstances exceptionnelles (en apparaissant comme un recours aprĂšs l'Ă©meute du 13 mai et la prise du pouvoir par l'armĂ©e Ă Alger). De ce fait, aux yeux de ses opposants, la lĂ©gitimitĂ© de son rĂ©gime reste fortement entachĂ©e par les soupçons d'un « coup d'Ătat » originel. En dĂ©pit des succĂšs du pouvoir (fin de la guerre d'AlgĂ©rie et de la dĂ©colonisation, rĂ©sorption de la crise Ă©conomique, monĂ©taire et financiĂšre, croissance soutenue) et de l'acclimatation progressive d'une constitution renforçant le pouvoir exĂ©cutif (rĂ©gime semi-prĂ©sidentiel, renforcĂ© par l'Ă©lection du prĂ©sident de la rĂ©publique au suffrage universel direct et le recours aux rĂ©fĂ©rendums), ses pratiques autoritaires suscitent une critique croissante. Ainsi l'ORTF, dĂ©tentrice du monopole de l'audiovisuel, se fait ouvertement le relais de la propagande officielle. A Paris,le prĂ©fet Maurice Papon, responsable des tueries du 17 octobre 1961 et du mĂ©tro Charonne quelques annĂ©es plus tĂŽt Ă peine, n'a Ă©tĂ© remplacĂ© qu'en 1967 par Maurice Grimaud, lettrĂ© humaniste venu de la gauche mendĂ©siste. D'autre part, Ă 78 ans, la politique extĂ©rieure de prestige de Charles de Gaulle et son nationalisme d'une autre Ă©poque ne rĂ©pondent pas nĂ©cessairement aux attentes plus matĂ©rielles, culturelles et sociales de la majoritĂ© des Français. En avril 1968, un cĂ©lĂšbre Ă©ditorial de Pierre Viansson-PontĂ© dans Le Monde constate que « la France s'ennuie », reprenant le constat prophĂ©tique de Lamartine sous le gouvernement Guizot quelques annĂ©es avant la rĂ©volution de 1848. Le Parti communiste français, de loin la premiĂšre force de gauche, peine Ă se dĂ©staliniser et a de fait cessĂ© depuis longtemps de poursuivre des objectifs rĂ©volutionnaires. Les bureaucraties sclĂ©rosĂ©es d'URSS et d'Europe de l'Est rĂ©pugnent les jeunes militants d'extrĂȘme gauche, dont le modĂšle se situe dĂ©sormais plutĂŽt du cĂŽtĂ© de Cuba ou de la Chine populaire. Beaucoup critiquent aussi le PCF â parfois appelĂ© P « C » F â pour son peu d'empressement Ă critiquer la dĂ©rive de l'URSS entre les mains des rĂ©visionistes liquidateurs du socialisme. ParallĂšlement, les gauches non-communistes ne parviennent pas Ă sortir de leurs divisions et de leurs discrĂ©dits. Aussi un espace est-il ouvert pour que des groupes « gauchistes » se multiplient, en marge des grandes organisations officielles (trotskistes, prochinois, etc.). La politisation et l'agitation sont entretenues dans la jeunesse par exemple par les comitĂ©s ViĂȘtnam, formĂ©s majoritairement de lycĂ©ens et Ă©tudiants, qui dĂ©noncent « l'impĂ©rialisme amĂ©ricain » visible par la guerre du ViĂȘt Nam. La guerre froide fait aussi naĂźtre des idĂ©es antinuclĂ©aires. [modifier] Origines culturellesMai 68 ne se comprend que dans un monde en rapide mutation. L'accĂ©lĂ©ration de l'exode rural et de l'urbanisation, l'augmentation considĂ©rable du niveau de vie, la massification de l'Ă©ducation nationale et de l'UniversitĂ©, l'avĂšnement de la culture des loisirs, du spectacle et des mass mĂ©dia, reprĂ©sentent des changements accĂ©lĂ©rĂ©s et sans prĂ©cĂ©dents en moins d'une gĂ©nĂ©ration. Les annĂ©es 1960 sont aussi celles de l'affirmation de la jeunesse en tant que catĂ©gorie socio-culturelle et politique Ă part entiĂšre. En particulier, la jeunesse a maintenant sa propre culture, avec une presse qui lui est destinĂ©e, des Ă©missions de radio trĂšs suivies (Salut les copains !) ou ses chanteurs attitrĂ©s (les Beatles, les Rolling Stones, Johnny Halliday, etc.). Elle a aussi ses propres malaises et ses propres revendications (notamment en matiĂšre de libertĂ© sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent Ă comprendre. Au plan religieux, la France, encore trĂšs catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II, qui a profondĂ©ment rĂ©novĂ© mais aussi Ă©branlĂ© le catholicisme traditionnel, et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France reprĂ©sentant Ă l'Ă©poque une part non nĂ©gligeable des jeunes chrĂ©tiens, ont modifiĂ© les rapports hiĂ©rarchiques dans leurs structures, remettant en cause Ă partir de 1964, un modĂšle de type militaire et introduisant la collĂ©gialitĂ© des dĂ©cisions au sein des Ă©quipes. La Jeunesse Ă©tudiante chrĂ©tienne en Ă©bullition doit ĂȘtre reprise en main par la hiĂ©rarchie dĂšs 1964. Le mouvement des prĂȘtres-ouvriers, dont la condamnation est levĂ©e en 1965, reprend son essor. Beaucoup de chrĂ©tiens se prĂ©occupent de rĂ©nover les relations des fidĂšles aux autoritĂ©s religieuses, de revisiter les pratiques et les dogmes, voire de rĂ©concilier foi et rĂ©volution. Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est rĂ©pandue pendant les annĂ©es 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au dĂ©bat. Mais les clivages sociaux sont encore extrĂȘmement rigides. 92 % des Ă©tudiants viennent encore de la bourgeoisie. Le paternalisme autoritaire est omniprĂ©sent. On commence Ă ouvrir des lycĂ©es « mixtes[3] », mais beaucoup d'Ă©tablissements scolaires sont encore rĂ©servĂ©s aux garçons ou aux filles seulement. Les filles ne sont pas autorisĂ©es Ă porter le pantalon. Il est impossible de fumer dans un Ă©tablissement ou, dans les universitĂ©s, d'accĂ©der pour les hommes aux internats de filles. La France a autorisĂ© l'usage de la pilule contraceptive dĂšs 1967, mais elle est encore peu rĂ©pandue. L'Ă©ducation n'a pas encore connu de rĂ©formes structurelles et le dĂ©calage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dĂ©passĂ©s. Au plan philosophique, plusieurs auteurs ont eu une influence importante au moins sur une partie du mouvement, pendant et aprĂšs : le freudo-marxiste Wilhelm Reich, dont le manifeste, La rĂ©volution sexuelle, est paru en 1936 ; le livre d'Herbert Marcuse L'Homme unidimensionnel, sous-titrĂ© Essai sur l'idĂ©ologie de la sociĂ©tĂ© industrielle avancĂ©e, paru en France en 1964 puis rééditĂ© en 1968 ; le TraitĂ© de savoir vivre Ă l'usage des jeunes gĂ©nĂ©rations de Raoul Vaneigem, paru en 1967 ; La SociĂ©tĂ© du spectacle de Guy Debord, paru en 1967 ; et, plus tard, L'Anti-Ćdipe de Gilles Deleuze et FĂ©lix Guattari, publiĂ© en 1972. D'autres penseurs comme Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron critiquent la « reproduction sociale » qui permet aux Ă©lites de conserver leur domination de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Ă l'Ăcole normale supĂ©rieure de la rue d'Ulm, le philosophe communiste Louis Althusser a formĂ© une gĂ©nĂ©ration de penseurs marxistes-lĂ©ninistes français, qui forment l'embryon des premiĂšres organisations maoĂŻstes. Cependant, peu des penseurs Ă©minents de l'Ă©poque prendront part en personne au mouvement, dont l'explosion les surprendra autant que tout le monde. En gĂ©nĂ©ral, ils seront initialement perplexes, rĂ©servĂ©s voire hostiles. Une partie de la jeunesse radicalisĂ©e regarde avec fascination vers les mouvements rĂ©volutionnaires du Tiers-Monde : Che Guevara, Fidel Castro, Ho Chi Minh servent de modĂšle, tandis que l'irruption sur la scĂšne chinoise des jeunes gardes rouges donnent l'illusion que la jeunesse en tant que telle peut avoir un pouvoir politique dans la sociĂ©tĂ© et remettre en cause l'autoritĂ© des adultes et des pouvoirs. On suit aussi attentivement les luttes menĂ©es aux Etats-Unis par le mouvement d'Ă©mancipation des Noirs, ou encore par les sit-in et les diverses recherches du mouvement hippie et Ă©tudiant (Berkeley). En avril 1968, des incidents retentissants opposent Ă©tudiants du Mouvement des Ă©tudiants allemands socialistes (Sozialistischer Deutscher Studentenbund) et autoritĂ©s ouest-allemandes. Le caractĂšre international de ces mouvements permet de replacer les Ă©vĂ©nements français au sein d'une dynamique mondiale. [modifier] Origines immĂ©diatesLe mouvement du 22-Mars, prenant le relais de la contestation menĂ©e par de petits groupes tels les anarchistes et les Les enragĂ©s de RenĂ© Riesel, se fait connaĂźtre ce jour-lĂ en occupant un Ă©tage de la tour administrative de lafacultĂ© de Nanterre. Sa principale revendication est la protestation contre des arrestations opĂ©rĂ©es quelques jours plus tĂŽt lors des manifestations contre la guerre du ViĂȘt Nam. Le mouvement est porteur d'un idĂ©al politique trĂšs libĂ©ral au sens des libertĂ©s individuelles et trĂšs critique vis Ă vis de la sociĂ©tĂ© de consommation, de l'autoritarisme, de l'impĂ©rialisme. Le mouvement joue aussi de thĂšmes touchant Ă la vie de tous les jours, comme par exemple le droit d'accĂšs pour les garçons aux rĂ©sidences universitaires des filles. Il n'y a pas eu Ă proprement parler de « figures de proue » du mouvement qui est demeurĂ© « multiforme » et sans organisation centralisĂ©e. Certains sont cependant devenus, a posteriori, des emblĂšmes du mouvement mĂȘme si leurs discours, singuliers, ne sauraient rĂ©sumer la diversitĂ© d'opinions qui existaient au sein des masses et si, pour certains, ce discours postĂ©rieur a parfois consistĂ© Ă réécrire les Ă©vĂ©nements. Parmi eux, Serge July, Daniel Cohn-Bendit mais Ă©galement les « nouveaux philosophes » comme par exemple Bernard-Henri LĂ©vy. L'Ă©crivain Robert Merle, prix Goncourt 1949 et professeur d'anglais Ă la facultĂ© de Nanterre, a consacrĂ© un roman entier Ă la journĂ©e du 22 mars et celles qui l'ont prĂ©cĂ©dĂ©e. On y retrouve beaucoup de leaders de l'Ă©poque, ainsi qu'une bonne analyse des causes et rĂȘves du mouvement[4]. Cet ouvrage, sur les Ă©vĂ©nements, est bien complĂ©tĂ© par celui de Kristin Ross sur les discours qui ont Ă©tĂ© tenus sur Mai 68, de 1968 Ă nos jours[5]. Les causes de ce mouvement sont diverses. Les analyses historiques tournent Ă la fois autour de l'idĂ©e qu'une grande rigiditĂ© cloisonnait les relations humaines et les mĆurs et de la constatation d'un dĂ©but de dĂ©gradation des conditions matĂ©rielles aprĂšs la pĂ©riode de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. Ă l'Ă©poque, de nombreux bidonvilles jouxtent la capitale notamment celui de Nanterre. Les Ă©tudiants qui se rendaient dans la facultĂ© fraĂźchement construite dĂ©couvrirent ce milieu, la pauvretĂ©, la condition ouvriĂšre. Le mĂ©contentement naissant dans le milieu Ă©tudiant sera relayĂ© par celui qui se profilait depuis plusieurs annĂ©es dans le secteur ouvrier. [modifier] RĂ©sumĂ© gĂ©nĂ©ral des Ă©vĂ©nements[modifier] Forces en prĂ©senceL'Ă©clatement spontanĂ© de la crise prit complĂštement au dĂ©pourvu le pouvoir, ainsi que pratiquement toutes les organisations, partis et syndicats organisĂ©s. Le camp du pouvoir ne fut pas plus uni que celui de la contestation. Le Parti communiste français et son relais syndical, la CGT, refusĂšrent dans un premier temps de joindre leur cause Ă celle des Ă©tudiants vus comme « bourgeois » et a fortiori de leurs dirigeants d'inspiration libertaire (tels Daniel Cohn-Bendit) ou issus des divers groupuscules « gauchistes ». Ceux-ci Ă©taient souvent eux-mĂȘmes divisĂ©s (« marxistes-lĂ©ninistes » prochinois, trotskystes, etc.) et incertains quant Ă l'attitude Ă avoir face au mouvement. Au sommet de l'Ătat, la crise aggrava les divergences entre le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, peu comprĂ©hensif envers ce qu'il qualifie le 19 de « chienlit », et partisan d'une rĂ©pression immĂ©diate, et son Premier ministre, Georges Pompidou, qui prĂ©fĂ©ra jouer la carte de la modĂ©ration et de la comprĂ©hension pour mieux laisser le mouvement s'essouffler de lui-mĂȘme. Les forces centristes et les gauches (Pierre MendĂšs France, François Mitterrand) tentĂšrent difficilement de canaliser vers la construction d'une alternative politique au rĂ©gime gaullien un mouvement largement indiffĂ©rent Ă la question de la prise du pouvoir. [modifier] DĂ©roulement d'ensemble
Numéro 1 de l'Enragé, dessin de Siné
Le 3 mai, la cour de la Sorbonne est occupĂ©e par 400 manifestants qui tiennent meeting sans heurt particulier. Devant le risque d'une attaque des Ă©tudiants d'extrĂȘme droite (Occident, d'inspiration fasciste et violent, annonce une marche sur l'Ă©tablissement dans le but avouĂ© d'une confrontation brutale), elle est Ă©vacuĂ©e par une intervention policiĂšre musclĂ©e : plusieurs centaines d'Ă©tudiants sont arrĂȘtĂ©s, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant du principal syndicat Ă©tudiant. Cette intervention des forces de l'ordre Ă la Sorbonne, sans prĂ©avis ni nĂ©gociations, est trĂšs mal vĂ©cue par les Ă©tudiants, qui se pensaient protĂ©gĂ©s par le statut universitaire. Les Ă©tudiants rĂ©agissent aussitĂŽt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavĂ©s, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite Ă l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent Ă fleurir les slogans libertaires. Le prĂ©sident du SNE-Sup (syndicat des enseignants du supĂ©rieur), Alain Geismar, dĂ©cide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et de certaines organisations d'extrĂȘme gauche (maoĂŻstes, AJS) sont d'abord pris de court : pour eux, la rĂ©volution est censĂ©e venir des ouvriers, et non des Ă©tudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22-Mars leur paraissent « puĂ©riles » et « petit-bourgeoises » et surtout « gauchistes ». AprĂšs un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers Ă cette « rĂ©volte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'Ă©poque, Georges SĂ©guy, s'en expliquera plus tard devant les mĂ©dias : « Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion Ă ce mouvement lancĂ© Ă grand renfort de publicitĂ© qui, Ă nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entraĂźner la classe ouvriĂšre dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des Ă©tudiants ». Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche dĂ©passe leurs responsables. Dans la nuit du 10 au 11 mai, les Ă©tudiants occupant le Quartier latin dressent plusieurs dizaines de barricades qui sont finalement prises d'assaut dans la nuit par les CRS. On relĂšve des centaines de blessĂ©s. Face Ă la rĂ©pression policiĂšre, la population a tendance depuis les premiers jours Ă prendre majoritairement fait et cause pour les Ă©tudiants. A l'aube, syndicats et partis appellent Ă une dĂ©monstration de solidaritĂ© pour le surlendemain. Le 13 mai une immense manifestation traverse Paris. Le syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La prĂ©fecture de police n'en concĂšde mĂȘme pas deux cent mille. Le chef de l'Ătat, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie du 14 au 19 mai, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention Ă ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper : on dira de lui plus tard que « rares sont les hommes politiques, tel M. Pompidou, pour encaisser Ă ce point pendant les insultes ». Celui-ci a interrompu le 12 un autre voyage officiel en Afghanistan pour faire face Ă la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et cĂšde mais en rĂ©alitĂ© ce mouvement est tactique : il espĂšre que les excĂšs des Ă©tudiants dĂ©considĂ©reront leur mouvement au regard de l'opinion (lettre citĂ©e par Raymond Aron dans ses MĂ©moires, p.667). Sceptique face Ă cette ligne de modĂ©ration tactique, de Gaulle reste pour l'heure Ă l'Ă©cart, en se rĂ©servant la possibilitĂ© d'intervenir si besoin. Sans mot d'ordre aucun, et Ă la surprise des responsables de chaque camp, la grĂšve gĂ©nĂ©rale symbolique prĂ©vue pour le 13 mai ne s'arrĂȘte pas Ă ce jour-lĂ . Le mouvement ne fait au contraire que s'Ă©tendre rapidement dans le courant du mois : c'est la premiĂšre grĂšve gĂ©nĂ©rale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la premiĂšre fois qu'une grĂšve gĂ©nĂ©rale paralyse un pays parvenu au stade de la sociĂ©tĂ© de consommation. Des grĂšves et occupations d'usine spontanĂ©es se multiplient donc jusqu'Ă mi-mai. La premiĂšre a lieu Ă l'usine Sud-Aviation Bouguenais (Nantes) le 14 mai avec 2682 salariĂ©s. Le 22 mai, 10 millions de salariĂ©s ne travaillent pas (en grĂšve ou empĂȘchĂ©s de travailler). Les revendications sont Ă la fois traditionnelles (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail) et nouvelles. Il s'agit en effet de revendications qualitatives (pour plus d'autonomie, responsabilitĂ© du salariĂ©, forme de cogestion des entreprises...). Dans tout le pays, les portes s'ouvrent Ă n'importe quel citoyen, la parole se libĂšre et devient pour quelques semaines la raison d'ĂȘtre des Français. EnthousiasmĂ© ou catastrophĂ©, dubitatif ou mĂ©ditatif, chacun selon sa sensibilitĂ© participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et Ă travers les gĂ©nĂ©rations. L'un des symboles de ces lieux de dĂ©bats est le théùtre de l'OdĂ©on Ă Paris oĂč l'on peut entendre s'affronter, dans des dĂ©bats pris trĂšs au sĂ©rieux jour et nuit, quelques syndicalistes dĂ©lĂ©guĂ©s de chez Renault, des mĂ©nagĂšres du quartier, des Ă©tudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine venus en touristes, un autre groupe de lycĂ©ens d'une banlieue ouvriĂšre, autres touristes, tel ou tel artiste cĂ©lĂšbre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastrophĂ©s, pendant que dans les coulisses du théùtre, quelques Ă©chevelĂ©s de la libĂ©ration sexuelle se livrent Ă des Ă©bats spontanĂ©s et sans intimitĂ©. Ă tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu Ă la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une « motion » en « assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale » qui se perd dans un flot de tracts et achĂšve parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut paraĂźtre, suivant le destin d'une bouteille Ă la mer lancĂ©e Ă Maubeuge et ouverte dans l'Ăle de la CitĂ©. On dĂ©couvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du dĂ©putĂ© ValĂ©ry Giscard d'Estaing allant seul Ă l'aube Ă la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine. Les accords de Grenelle nĂ©gociĂ©s entre Georges Pompidou et les syndicats laissent croire un moment Ă une sortie de crise en Ă©change d'une fournĂ©e d'acquis sociaux sans prĂ©cĂ©dent depuis la LibĂ©ration voire depuis les accords Matignon du 7 juin 1936 : droit syndical dans l'entreprise, augmentation du Smic de 30 %, paiement des jours de grĂšve Ă 50 %, etc. Cependant, la base boude les accords et aucune reprise du travail en se manifeste. La crise devient politique. Alors que le gĂ©nĂ©ral de Gaulle apparaĂźt flottant et dĂ©passĂ© (son intervention tĂ©lĂ©visĂ©e du 24 mai, proposant un rĂ©fĂ©rendum, est tombĂ©e Ă plat de son propre aveu, et n'a suscitĂ© qu'une nouvelle nuit de barricades parisiennes, plus violente que la prĂ©cĂ©dente), une alternative semble s'esquisser non sans mal Ă gauche. Certains comme François Mitterrand parlent d'un gouvernement provisoire qui serait dirigĂ© par Pierre MendĂšs France. C'est aussi vers ce dernier que se tournent beaucoup de regards, jusque de la part des centristes et de certains hommes de droite, et c'est en lui aussi que mettent leurs espoirs les organisateurs du meeting du stade CharlĂ©ty (CFDT, UNEF et animateurs de Mai), rĂ©unis le 27 mai au soir. Quant au PCF, dubitatif mais menacĂ© d'ĂȘtre dĂ©bordĂ©, il fait dĂ©filer ses troupes en bon ordre le 29 pour exiger un « gouvernement populaire » aux contours imprĂ©cis mais dont il serait une partie prenante essentielle. C'est ce 29 mai qu'au plus fort de la contestation et du dĂ©sarroi, de Gaulle disparaĂźt pendant plusieurs heures, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale. Cela plonge Pompidou et la majoritĂ© dans une certaine angoisse. Sans prĂ©venir personne, de Gaulle va consulter son ancien compagnon de lutte le gĂ©nĂ©ral Massu en Allemagne, au lieu de se rendre comme annoncĂ© Ă sa rĂ©sidence secondaire de Colombey. Veut-il s'assurer symboliquement du soutien de l'armĂ©e, dont nul ne souhaite en rĂ©alitĂ© l'intervention ? Veut-il dĂ©concerter l'adversaire et jouer sur la peur du vide, alors que l'opinion commence Ă se retourner devant l'absence de perspective du mouvement ? EpuisĂ© et dĂ©concertĂ©, a-t-il eu un authentique moment de passage Ă vide voire la tentation de se retirer ? Il semble que toutes ces raisons se soient conjuguĂ©es. Revenu Ă Paris le lendemain midi 30 mai, de Gaulle accepte la proposition de Georges Pompidou de dissoudre l'AssemblĂ©e nationale pour organiser de nouvelles Ă©lections lĂ©gislatives[6]. Le Premier ministre estime avec justesse que le mouvement Ă©tudiant, poursuivant la grĂšve en dĂ©pit de l'accession Ă ses revendications, s'est rendu impopulaire. L'aprĂšs-midi, tandis qu'une marche de soutien au gouvernement, menĂ©e par AndrĂ© Malraux et Michel DebrĂ©, rĂ©unit sur les Champs-ĂlysĂ©es trois cent mille manifestants selon la prĂ©fecture de police et un million selon les gaullistes, de Gaulle annonce la dissolution par la radio dans un discours bref qui change brusquement la donne (voir Charles de Gaulle pour quelques extraits). La situation se renverse peu Ă peu. AprĂšs plusieurs Ă©pisodes violents dĂ©but juin â violents affrontements Ă Renault-Flins les 7 et 10 et Ă Peugeot-MontbĂ©liard-Sochaux le 11 â, les grĂšves cessent progressivement. Une troisiĂšme « nuit des barricades » au Quartier latin les 11 et 12 juin n'est plus que le fait d'irrĂ©ductibles. Le 12 juin, plusieurs organisations « gauchistes » sont dissoutes. L'OdĂ©on et la Sorbonne sont Ă©vacuĂ©s sans difficultĂ© par la police quelques jours plus tard. De nombreux journalistes grĂ©vistes sont licenciĂ©s Ă l'ORTF, tandis que la rĂ©pression s'abat sur certains leaders du mouvement, tels Daniel Cohn-Bendit, interdit durablement de sĂ©jour. Les Ă©lections des 23 et 30 juin s'achĂšvent sur un raz-de-marĂ©e Ă©lectoral pour les gaullistes, dont le groupe emporte la majoritĂ© absolue Ă l'AssemblĂ©e, situation sans prĂ©cĂ©dent. Mais ces jours ont aussi portĂ© en germe un net refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le gĂ©nĂ©ral de Gaulle : aussitĂŽt les Ă©lections remportĂ©es, ce dernier le remplace par Maurice Couve de Murville Ă la tĂȘte du gouvernement. NĂ©anmoins, les Français ont appris Ă apprĂ©cier en ces jours-lĂ le vrai vainqueur de la crise : de Gaulle n'est plus irremplaçable et, aprĂšs l'Ă©chec du rĂ©fĂ©rendum du 28 avril 1969, suivi de sa dĂ©mission immĂ©diate, c'est sans surprise que Georges Pompidou accĂ©dera Ă l'ĂlysĂ©e. L'Ă©chec politique du mouvement n'empĂȘche pas un certain succĂšs social et culturel : jamais ratifiĂ©s, les accords de Grenelle sont tacitement appliquĂ©s. L'UniversitĂ© napolĂ©onienne est dĂ©mantelĂ©e fin 1968 par la loi Edgar Faure, la dĂ©centralisation relancĂ©e. Si la tentative du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969-1974) de satisfaire certaines aspirations de Mai 68 se heurtent au plus grand conservatisme de Pompidou, d'autres satisfactions seront apportĂ©es par le prĂ©sident ValĂ©ry Giscard d'Estaing en 1974 (dĂ©pĂ©nalisation de l'IVG, fin de la censure, majoritĂ© civile Ă 18 ans, etc.) ou encore par la gauche au pouvoir aprĂšs 1981 (libĂ©ralisation de l'audiovisuel, loi Defferre sur la dĂ©centralisation, etc.) [modifier] Chronologie des Ă©vĂ©nements
[modifier] 1er mai
Chapelle de la Sorbonne
[modifier] 2 mai
[modifier] 3 mai
[modifier] 4 mai
[modifier] 6 mai
[modifier] 9 mai
[modifier] 10 mai
[modifier] 11 mai
[modifier] 13 mai
[modifier] 14 mai
[modifier] 15 mai
[modifier] 16 mai
[modifier] 17 mai
[modifier] 18 mai
[modifier] 21 mai
[modifier] 22 mai
[modifier] 24 mai
[modifier] 25 mai
[modifier] 26 mai
[modifier] 27 mai
[modifier] 28 mai
[modifier] 29 mai
[modifier] 30 mai
[modifier] ConsĂ©quences de Mai 68[modifier] Au plan politique[modifier] Les accords de GrenelleUne augmentation de 35 % du SMIC Ă 600 F par mois et de 10 % des salaires, la crĂ©ation de la section syndicale dâentreprise, actĂ©e dans la loi du 27 dĂ©cembre 1968 et une quatriĂšme semaine de congĂ©s payĂ©s, sont entre autre conclues lors des accords de Grenelle, suite Ă des nĂ©gociations menĂ©es en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au dĂ©but du mois de juin. La police et la gendarmerie Ă©vacuent au fur et Ă mesure les diffĂ©rents lieux occupĂ©s. Les Ă©vĂ©nements ont causĂ© la mort directe de cinq personnes : le commissaire de police RenĂ© Lacroix, Ă©crasĂ© par un camion Ă Lyon, le grĂ©viste de 24 ans Pierre Beylot, ouvrier Ă l'usine Peugeot de Sochaux-MontbĂ©liard (Doubs), tuĂ© de deux balles, un autre grĂ©viste de la mĂȘme usine, Henri Blanchet, 49 ans, qui est dĂ©sĂ©quilibrĂ© par une grenade offensive, tombe dâun parapet et meurt le crĂąne fracturĂ©, ou encore le lycĂ©en Gilles Tautin (17 ans), noyĂ© dans la Seine aprĂšs la poursuite par des CRS aux abords de l'usine de Flins (Yvelines) ainsi que Philippe MathĂ©rion, 26 ans, dont on retrouve le corps au petit matin sur la barricade de la rue des Ăcoles. [modifier] Dissolution de l'AssemblĂ©e nationale le 30 mai 1968Les Ă©lections lĂ©gislatives de juin 1968 voient la trĂšs large victoire des gaullistes, regroupĂ©s dans le parti renommĂ© pour l'occasion Union pour la dĂ©fense de la RĂ©publique. On s'est beaucoup interrogĂ© sur ce retournement de la peur, tant les mĂ©dias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement Ă©tudiant. Au fond personne Ă gauche n'avait donnĂ© l'impression de maĂźtriser ce qui se passait et la solution paraissait ĂȘtre provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilitĂ© institutionnelle. [modifier] RĂ©fĂ©rendum sur la rĂ©gionalisation et le rĂŽle du SĂ©nat du 27 avril 1969 et dĂ©part du gĂ©nĂ©ral de GaulleLe gĂ©nĂ©ral de Gaulle avait souhaitĂ© un rĂ©fĂ©rendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidĂ© et obtenu la dissolution de l'AssemblĂ©e nationale. De Gaulle ne renonce pas Ă son projet de rĂ©fĂ©rendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de dĂ©mocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de dĂ©centraliser certains lieux de dĂ©cision et de refonder le SĂ©nat en changeant profondĂ©ment ses critĂšres de recrutement. C'est l'objet de ce rĂ©fĂ©rendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français rĂ©pondent « non ». Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffr |