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Commerce triangulaireChronologie de l'esclavage Traite des noirs Formes et variantes Servage Autres Le Commerce triangulaire, aussi appelé Traite atlantique ou Traite occidentale, désigne les échanges entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques, mis en place pour assurer la distribution d'esclaves noirs aux colonies du Nouveau Monde(continent américain), pour approvisionner l'Europe en produits de ces colonies et pour fournir à l'Afrique des produits européens et américains. L'expression commerce triangulaire ne doit pas se réduire uniquement à un passage en trois temps sur trois continents : navires occidentaux se rendant sur les côtes africaines pour échanger des esclaves contre des marchandises ; puis transfert des esclaves en Amérique et échange contre une lettre de change, du sucre, du café, du cacao, de l'indigo et du tabac ; enfin acheminement des produits américains vers les ports européens. En réalité, le déroulement du commerce triangulaire était beaucoup plus vaste et il existait plusieurs routes : "l'Europe s'activait, en amont de la traite, afin de réunir les capitaux, les marchandises, les hommes et les navires nécessaires, ainsi que de trouver des alibis pour justifier ce trafic ; tandis qu'en aval, elle s'occupait de la transformation des denrées coloniales. Les flèches sur la carte représentant le "commerce triangulaire" conduisent également à ne considérer l'Afrique et l'Amérique qu'au travers d'escales, plus ou moins secondaires dans l'organisation et la logique du trafic. On mésestime ainsi lourdement l'importance du continent noir, où les captifs, qui n'apparaissaient pas par enchantement sur les sites de la traite, étaient "produits", transportés, parqués et estimés par des négriers noirs. De leur côté, les Amériques ne constituaient pas seulement des lieux par lesquels transitaient les captifs, puisque c'est la logique du système esclavagiste qui entraînait la traite. Et l'on sait aujourd'hui que Rio de Janeiro, et non Liverpool, fut le premier port négrier de la planète. Outre les traites orientales et internes à l'Afrique, on oublie enfin les trafics océaniques ne s'inscrivant nullement dans un triangle. Celui reliant le Brésil à l'Afrique, et notamment à l'Angola, fut essentiel car il fit transiter la plus grande partie des captifs de la traite atlantique. Celui mettant en contact l'Afrique orientale et les Mascareignes ne fut pas négligeable, de même que celui reliant l'Afrique aux Caraïbes"[1].
[modifier] Déroulement[modifier] La préparation d'une expédition négrière française au XVIIIe siècle
L'armement négrier était en France une activité très concentrée : Robert Stein a recensé 500 familles qui avaient armé, à Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre et Saint-Malo, 2800 navires pour l'Afrique. Parmi elles, 11 familles (soit 2 %) avaient armé 453 navires (soit 16 %).
Entrave d'esclave sur un navire. Musée de la Marine, Paris.
Les armateurs négriers ne se livraient pas uniquement à la traite. En France, ils avaient d'autres activités, moins spéculatives, comme l'assurance, la droiture vers les îles ou la pêche à la morue. Ils occupaient souvent une place très importante dans les sociétés portuaires et ils étaient très influents. Entre 1815 et 1830, presque tous les maires de Nantes avaient été des négriers.
La mise-hors nécessaire à l'armement d'un négrier typique du XVIIIe siècle exigeait une somme importante : quelque 250 000 livres en France, la valeur d'un hôtel particulier dans une rue élégante de Paris, comme la rue Saint-Honoré [4]. Elle était trois fois supérieure à celle d'un bâtiment de même tonnage filant en droiture vers les îles. Pour financer leur expédition, les armateurs partageaient les risques financiers. Ils faisaient appel à un certain nombre de personnes pour prendre des parts dans l'entreprise. Appelés actionnaires ou associés, ces derniers pouvaient être très nombreux. En France, les armateurs trouvaient souvent les capitaux auprès de leurs amis, de leur connaissances et de leurs parents[5]. Le choix du navire dépendait de la stratégie de l'armateur. Si celui-ci optait pour un voyage rapide alors le voilier devait être fin et rapide. S'il voulait se montrer économe, un navire en fin de carrière pouvait convenir. Le tonnage moyen du négrier était souvent supérieur à celui des navires destinés à la droiture vers les îles. Le navire négrier devait également répondre à des impératifs :
Entre 1749 et 1754, le tonnage moyen des négriers nantais (187 observations) était compris entre 140 et 200 tonneaux. Les marchandises transportées devaient être suffisamment nombreuses et diversifiées. Les navires européens emportaient dans leur cale des textiles bruts, des textiles finis, des armes blanches, des armes à feu, des vins et spiritueux, des matières premières brutes, des produits semi-finis ou finis, des articles de fantaisie et parure, du consommable volatile, des instruments monétaires, des articles de cadeaux et de paiement des coutumes. La cargaison d'un négrier en partance pour les côtes d'Afrique représentait 60 à 70 % du montant de la mise-hors nécessaire à l'armement du navire. En effet, de nombreux produits de traite étaient relativement chers. C'étaient le cas des "indiennes", des textiles qui représentaient entre 60 et 80 % de la valeur de la cargaison. La composition standard de l'assortiment, décrite ci-dessus, s'est construite petit à petit. Elle n'est devenue effective qu'à partir du dernier tiers du XVIIe siècle, soit plus d'un siècle après le début de la traite. Auparavant, les négriers européens avaient proposé différents produits. Mais s'ils ne satisfaisaient pas la demande, ces derniers étaient retirés des négociations. Ce fut le cas, par exemple, de la nourriture, des animaux et des agrumes, présents dans les premières cargaisons portugaises.
Le nombre d'hommes d'équipage sur un navire négrier était deux fois plus important que celui des autres navires marchands de même tonnage. En France, on comptait 20 à 25 hommes par 100 tonneaux, ou encore un marin pour 10 captifs. L'équipage était composé de jeunes, de novices, parfois de fils d'armateur, de déracinés et d'aventuriers en tout genre. Pour la réussite d'une expédition négrière, quatre hommes étaient particulièrement importants :
Afin de mener à bien une expédition négrière, l'armateur nommait un capitaine. Il n'hésitait pas à intéresser le capitaine dans les profits de l'expédition en plus des primes. Celui-ci devait réunir plusieurs compétences :
[modifier] La production d'esclavesLa production de captifs était une affaire quasi exclusive des Africains. Daniel Pratt Mannix estime que seuls 2 % des captifs de la traite atlantique furent kidnappés par des négriers blancs [17]. Dès 1448, Henri le Navigateur avait donné l'ordre de privilégier l'établissement de relations commerciales avec les Africains[18]. Les lançados, métis de Portugais, jouèrent les intermédiaires entre les négriers occidentaux et les négriers africains à partir du dernier tiers du XVIe siècle en Gambie et au Libéria. D'autres lançados s'étaient établis dans le royaume du Dahomey. Au XIXe siècle, leur rôle en tant qu'intermédiaires et producteurs d'esclaves y était très important, surtout lorsque Francisco Felix da Souza obtint du roi Ghézo, en 1818, la charge de Chacha (responsable du commerce pour le royaume du Dahomey)[19]. Au Congo, à partir du XVIIe siècle, des caravanes de pombeiros (marchands indigènes accultérés et commandités par les Portugais) s'enfonçaient à l'intérieur du continent pour aller produire ou acheter des esclaves[20]. Ailleurs, la production de captifs était affaire purement africaine[21]. [modifier] Les modalités de réduction en esclavageSelon Orlando Patterson, les principales modalités de réduction en esclavage étaient la capture à la guerre, le kidnapping, les règlements de tributs et d'impôts, les dettes, la punition pour crimes, l'abandon et la vente d'enfants, l'asservissement volontaire et la naissance[22]. La confrontation de plusieurs sources montrent qu'il pouvait y avoir, selon les régions, un ou plusieurs modes de réduction en servitude prédominants :
[modifier] Mortalité des captifs sur le sol africainOn dispose de peu d'éléments sur le nombre de captifs décédés sur le sol africain. Cependant, pour l'Angola, il existe de telles informations : selon Miller, les pertes y auraient été de 10 % lors des opérations de capture, de 25 % au cours du transport vers la côte, de 10 à 15 % lorsque les captifs étaient parqués dans les barracons sur la côte. Au total, les pertes se situeraient entre 45 et 50 %[25]. Il est impossible d'extrapoler ces données pour tirer des conclusions sur l'ensemble de l'Afrique. On suppose que les pertes étaient liées à la distance parcourue et à la durée nécessaire pour atteindre les sites de traite côtiers. Ainsi les pertes pouvaient être très différentes selon les régions.
[modifier] L'échange[modifier] Les modalités de l'échangeLes échanges se faisaient soit à terre, soit sur le bateau. Dans les deux cas, les modalités de l'échange entre négriers africains et négriers européens avaient peu varié au cours des siècles[29]. La marchandise européenne était étalée aux regards des courtiers et des intermédiaires africains. Ensuite les négriers européens payaient les coutumes, c'est-à -dire des taxes d'ancrage et de commerce. Puis les deux parties se mettaient d'accord sur la valeur de base d'un captif. Ce marchandage était âprement discuté. [modifier] Des unités de compte déconnectéesCe n'est qu'à partir du XIXe siècle que des monnaies fiducières occidentales ont été introduites en Afrique sub-saharienne. Il s'agissait notamment du dollar américain, de la piastre et du Thaler de Marie-Thérèse. Avant les courtiers africains utilisaient leur propre unité de compte comme la barre en Sénégambie ou l'once à Ouidah. En ce qui concerne les marchandises européennes, ils ne tenaient pas compte des prix occidentaux. Dans certaines régions, c'est le choix dans l'assortiment qui déterminait la valeur d'un lot d'esclaves. En 1724, dans la région du fleuve Sénégal, 50 captifs avaient été traités[30] pour :
C'est ce que valaient les 50 captifs pour les négriers africains. Par contre, le négrier français convertissait le tout en monnaie fiducière française et ces 50 captifs lui coûtaient 2 259 livres tournois. Ainsi chaque captif coûtait en moyenne 45 livres. Dans d'autres régions, le prix d'un esclave était fixé en unité de compte locale. Mais pour les négriers occidentaux, le coût d'un esclave pouvait facilement varier. En 1773, à Ouidah, le prix d'un captif homme était fixé à 11 onces. A cette valeur, les marchandises échangées étaient différentes suivants les courtiers[31] :
[modifier] Les prix des esclaves entre 1440 et 1870Les prix avaient évolué au cours des quatre siècles de la traite négrière occidentale. Hugh Thomas[32] présente la liste ci-dessous : Années 1440 : en Sénégambie, un cheval valait de 25 à 30 esclaves. 1500 : un esclave valait 12 à 15 manilles sur la côte de Guinée. 1500-1510 : en Sénégambie, un cheval valait de 6 à 8 esclaves ; au Bénin, un esclave valait 20 à 25 manilles. 1698 : en Guinée, les prix avaient augmenté de 3 à 4 livres serling. 1701 : à Calabar, un homme valait 12 barres et une femme valait 9 barres. années 1750 : de 12 à 16 livres à l'embouchure de la Gambie. 1753 : un esclave de la côte de l'Or valait 16 livres ; de la côte du vent, de 12 à 14. 1801-1810 : prix moyen d'un esclave de Sénégambie, 29 livres 5 shillings, 2 pence et demi. 1850 : A Saint Louis du Sénégal, le prix moyen était de 28 livres sterling. 1851 : le prix des esclaves au Mozambique était d'environ 3 à 5 dollars ; à Pongas, environ 12 ; à Luanda, environ 14 à 16. Serge daget[33] nous en donne également une autre : Au milieu du XVII, à Ouidah, le coût du captif moyen équivalait à 72 livres tournois. En 1670, à Ouidah, le coût du captif moyen montait à 192 livres. En 1712, sur la côte de l'Or, un captif coûtait 384 à 410 livres tournois. A la fin du XVIII, à Ouidah, il pouvait atteindre 480 livres. Entre 1830 et 1840, à Ouidah et à Lagos, un captif valait 360 à 480 F En 1847, à Ouidah, il coûtait 1 680 à 1 920 F. En 1847, à Lagos, le coût d'un captif était de 480 F. [modifier] Les modalités d'embarquementSi le bateau appartenait à une compagnie, il se rendait aux comptoirs appartenant à leur nation. Là , des captifs étaient entreposés en vue de leur déportation. Avec le commerce libre, l'armateur fixait les lieux de cabotage du navire : dans le meilleur des cas, le navire cabotait dans une zone prédéfinie ; dans le pire des cas, le navire procédait à un lent cabotage entre chaque foyer négrier (appelé également la traite volante, de la Sénégambie jusqu'au Gabon et plus loin encore[34]. La durée du cabotage dépassait très fréquemment les trois mois[35]. L'embarquement des captifs se faisait par petits groupes de quatre à six personnes. Certains préféraient sauter et se noyer plutôt que de subir le sort qu'ils s'imaginaient : ils croyaient que les Blancs allaient les manger. Dès qu'ils étaient à bord, les hommes étaient séparés des femmes et des enfants. Ils étaient enchaînés deux à deux par les chevilles et ceux qui résistaient étaient entravés aux poignets. [modifier] La traversée de l'Atlantique[36][modifier] Noir passageHubert Deschamps qualifiait la traversée de l'Atlantique de "noir passage". Le terme Passage du milieu désigne la même chose mais se réfère à la partie centrale, transatlantique, du Commerce triangulaire. La traversée durait généralement entre un et trois mois. La durée moyenne d'une traversée était de 66,4 jours. Mais selon les points de départ et d'arrivée, la durée pouvait être très différente. Ainsi les Hollandais mettaient 71 à 81 jours pour rejoindre les Antilles alors que les Brésiliens effectuaient Luanda-Brésil en 35 jours[37]. Avant d'entamer la traversée, il arrivait souvent que le négrier mouille aux îles de Principe et São Tomé. En effet, les captifs étaient épuisés par un long séjour, soit dans les baracons, soit dans le cas d'une traite itinérante sous voile[38]. Les femmes et les enfants étaient parquées sur le gaillard d'arrière tandis que les hommes étaient sur le gaillard d'avant. La superficie du gaillard d'avant était supérieure à celle du gaillard d'arrière. Ils étaient séparées par la rambarde. Les captifs étaient enferrés deux par deux. Ils couchaient nus sur les planches. Pour gagner en surface, le charpentier construisait un échafaud, un faux pont, sur les côtés. Le taux d'entassement était relativement important. Dans un volume représentant 1,44 m³ (soit un "tonneau d'encombrement", 170×160×53), les Portugais plaçaient jusqu'à cinq adultes, les Britanniques et les Français, de deux à trois. Pour les négriers nantais, entre 1707 et 1793, le rapport général entre tonnage et nombre de Noirs peut être ramené à une moyenne de 1,41.
Si le temps le permettait, les déportés passaient la journée sur le pont. Toujours enchaînés, les hommes restaient séparés des femmes et des enfants. Ils montaient par groupes sur le pont supérieur vers huit heures du matin. Les fers étaient vérifiés et ils étaient lavés à l'eau de mer. Deux fois par semaine, ils étaient enduits d'huile de palme. Tous les quinze jours, les ongles étaient coupés et la tête rasée. Tous les jours, les bailles à déjection étaient vidés, l'entrepont était gratté et nettoyé au vinaigre. Vers neuf heures, le repas était servi : fèves, haricots, riz, maïs, igname, banane et manioc. l'après-midi les esclaves étaient incités à s'occuper (organisation de danses). Vers cinq heures les déportés retournaient dans l'entrepont. Par contre, en cas de mauvais temps et de tempête, les déportés restaient confinés dans l'entrepont. Il n'y avait pas de vidange, ni de lavement des corps, ni de nettoyage des sols. Le contenu des bailles coulait sur les planches de l'entrepont, se mêlait aux choses pourries, aux émanations de ceux victimes du mal de mer, aux vomissures, au « flux de ventre, blanc ou rouge ». Toutes les écoutilles pouvaient être closes. L'obscurité, l'air rendu irrespirable par le renversement des bailles à déjection, le roulis qui faisait frotter les corps nus sur les planches, la croyance d'un cannibalisme des négriers blancs terrorisaient et affaiblissaient les captifs[39]. [modifier] Les révoltes à bordLa plupart des révoltes se réalisait le long des côtes africaines. Elles pouvaient également avoir lieu en haute mer mais c'était beaucoup plus rare. Selon Hugh Thomas[40], il y avait au moins une insurrection tous les huit voyages. Quelques unes réussirent :
Mais la plupart du temps, les révoltes étaient matés et les meneurs servaient d'exemple : ils étaient publiquement battus et pendus, voire pire. Certains pouvaient être victimes d'actes de barbarie :
[modifier] La mortalité des déportés durant la traverséeDifférents facteurs de mortalité ont été recensés : la durée du voyage, l'état sanitaire des esclaves au moment de l'embarquement, la région d'origine des captifs, les révoltes, les naufrages, l'insuffisance d'eau et de nourriture en cas de prolongement de la traversée, le manque d'hygiène, les épidémies (dysenterie, variole, rougeole,...), la promiscuité. Les enfants de moins de 15 ans étaient plus fragiles que les hommes. Les femmes étaient plus résistantes que les hommes. La mortalité des déportés lors de la traversée serait comprise entre 11,9 % et 13,25 %. Il arrivait que certaines atteignent 40 %, voire 100 %[44]. Dans le cas des expéditions négrières nantaises, le taux de mortalité des déportés avoisinait 13,6 %[45]. Evolution de la mortalité moyenne des déportés[46]
[modifier] Aux Amériques[modifier] La venteLes esclaves devaient être systématiquement soumis à une quarantaine avant d'être débarqués. Mais les arrangements avec les autorités étaient fréquents. Le chirurgien veillait à redonner une apparence convenable : les lésions cutanées et les blessures étaient dissimulées, les cheveux étaient coupés et le corps était enduit d'huile de palme. Ils étaient alors prêts pour être vendus sur les marchés aux esclaves. Dans la majorité des colonies, les esclaves étaient vendus par lots. Une annonce était transmise aux planteurs locaux. La vente pouvait avoir lieu sur le navire ou à terre. Il existait plusieurs techniques de vente comme les enchères ou le scramble. Les colonies qui importèrent le plus d'esclaves furent le Brésil suivi des Antilles. [modifier] Emploi des esclaves aux Amériques
[modifier] La plantation de canne à sucreC'est avec la révolution sucrière en Amérique que la traite connu une telle ampleur. Selon Robert William Fogel, "entre 60 et 70 % de tous les Africains qui survécurent à la traversée de l'Atlantique finirent dans l'une ou l'autre des [...] colonies sucrières"[48]. La révolution sucrière commença au Brésil dans les années 1600, puis elle se propagea dans les Caraïbes à partir du milieu du XVIIe siècle. Il s'agissait de grandes plantations qui cultivaient uniquement la canne à sucre pour l'exporter. Les esclaves coupaient la canne à la machette avant de la transporter en chars à boeufs vers les moulins[49]. La plantation typique, d'une surface de 375 hectares, comprenait 120 esclaves, 40 boeufs, une grande maison, des communs et des cases pour les esclaves[50]. A la fin du XVIIIe siècle, la culture de café se développait. [modifier] Les esclaves dans les plantations du XVIIIe siècleAu XVIIIe siècle, dans les plantations sucrières françaises, on a souvent tendance à croire que la plupart des esclaves était uniformément soumis à un traitement d'une cruauté gratuite qui dépasserait l'entendement. Or cela irait contre les intérêts du maître. Celui-ci gardait un oeil sur l'état de santé des esclaves[51]. Les bossales, ou nouveaux arrivés, n'étaient pas tout de suite mis au travail. Pendant au plus six mois, ils étaient mis à l'écart pour s'acclimater. [modifier] La mortalité des esclaves sur les plantations du XVIIIe siècleA la fin du XVIIIe siècle, en Guadeloupe, le taux de mortalité des esclaves oscillait entre 30 et 50 pour 1000. En métropole, le taux de mortalité était compris entre 30 et 38 pour mille. Trois facteurs expliquaient ces écarts entre la métropole et les Antilles françaises[52] : Durant la période d'acclimatation, leur mortalité restait très élevée. Les causes étaient multiples. Elles s'agrégeaient et elles se renforçaient (état de santé très fragile suite au voyage ; scorbut ; difficulté d'adaptation aux vivres du pays ; langueur).
Frédéric Régent estime le taux de mortalité infantile à 431/1000 en Guadeloupe. Le taux de mortalité infantile se fixait à 233 pour 1000 en métropole. Mais dans les couches populaires les plus défavorisées, il doublait. Pour Jean-Pierre Bardet, le taux de mortalité infantile des enfants d'ouvriers élevés en nourrice était de 444 pour mille à Rouen. Par ailleurs, cette forte mortalité dans les colonies touchait autant les Blancs, les libres et les esclaves[54].
[modifier] Proportion des Noirs et des Blancs dans les Antilles françaises
[modifier] Le retour en Europe[modifier] La mortalité des marinsPour les négriers nantais, la mortalité moyenne était de 17,8 %. Il ne s'agit que d'une moyenne. Certaines traversées pouvaient se faire sans aucun décès tandis que d'autres pouvaient enregistrés une mortalité de 80 % voire davantage[56] . [modifier] Histoire du commerce triangulaireOn considère généralement que le début de la traite occidentale date de 1441, quand des navigateurs portugais enlevèrent des Africains pour en faire des esclaves dans leur pays. [modifier] Première étape, du XVe siècle au milieu du XVIIe siècle[modifier] Les royaumes européens et les premières expéditions négrièresCe sont les Portugais qui se distinguèrent. Ils déportèrent près de 757 000 esclaves, soit trois quarts des déportés sur cette période. Trois déportés sur quatre étaient embarqués à partir de l'Afrique centrale et ils étaient destinés au Brésil (34 %) et à l'Amérique espagnole continentale (43 %). Les premières années Au XVe siècle, avec le commerce transsaharien, de nombreux produits africains, comme l'or, les esclaves ou le poivre de malaguette (appelé également la graine du paradis), étaient présents sur quelques marchés européens[57]. Avec la prise de Ceuta en 1415, les Portugais s'informèrent sur le commerce transsaharien. Ils en connaissaient de nombreux détails. Leur objectif était d'atteindre les mines d'or africaines. Pour y parvenir, ils ne tentèrent pas de prendre le contrôle des routes transsahariennes. Ils privilégièrent une nouvelle route, la voie maritime[58]. Les Portugais furent les premiers Européens à se risquer sur les côtes atlantiques de l'Afrique. Plusieurs facteurs y contribuèrent[59] : - ces mers étaient les leurs ; - c'était de bons marins qui utilisaient les cartes et la boussole ; - ils avaient de bons navires ; - le commerce était très dynamique. L'Europe du Nord venait dans les ports portugais s'approvisionner en produits méditerranéens ; - les autres royaumes européens étaient plus occupés à se faire la guerre. En 1441, Antao Gonçalves captura des Africains noirs, des Azenègues, qui furent offerts en trophée au prince Henri[60]. Cet événement est considéré comme le début de la traite atlantique. Mais à l'époque, cet épisode fut anodin. En effet, depuis plusieurs décennies, la traite transsaharienne fournissait des esclaves noirs au Portugal. Les Portugais continuèrent les razzias. Celles-ci procuraient un profit immédiat et elles rentabilisaient les expéditions[61]. Un nouveau procédé d'obtention de captifs prit forme très tôt, le commerce. Dès 1446, Antao Gonçalves acheta des esclaves[62]. En 1448, 1 000 captifs furent déportés au Portugal et sur les îles portugaises (les Açores et Madère)[63]. Dans les années 1450, le Vénitien Ca'da Mosto reçut 10 à 15 esclaves en "Guinée" en échange d'un cheval. Il essaya d'entrer en contact avec Sonni Ali Ber, l'empereur des Songhaïs. Ces efforts restèrent vains[64]. Supposant des succès portugais, les Castillannais et les Gênois lancèrent leurs propres expéditions. Ils furent contrés par la diplomatie portugaise qui reçut l'approbation de trois papes successifs. Les bulles pontificales L'omniprésence des Portugais le long des côtes africaines de l'Atlantique durant cette période s'explique aussi par la politique des papes à l'égard de l'Afrique :
Les Portugais obtinrent également du pape qu'il déclare que le Portugal avait conquis l'Afrique jusqu'à la Guinée. Fort de ces bulles, les Portugais n'hésitèrent pas à arraisonner tout bateau qui se trouvait sur les côtes africaines et à pendre l'équipage (surtout des Espagnols)[68]. Toutes ces fameuses bulles approuvant les expéditions portugaises avaient été promulguées parce que la papauté estimait nécessaire d'agir avec vigueur contre l'Islam qui semblait menacer, après la chute de Constantinople, l'Italie elle-même, autant que l'Europe centrale. Calixte III déploya maints efforts pour mettre sur pieds une ultime croisade. Les projets du prince Henri s'inscrivaient dans ce plan d'ensemble [68] En 1494, par le traité de Tordesillas, les zones d'influence de l'Espagne et du Portugal étaient délimitées[69]. Une présence portugaise qui s'affirma Les Portugais avaient plusieurs objectifs.
Ainsi, dans la seconde moitié du XVe siècle, les portugais s'enhardirent. La Couronne portugaise entreprit d'établir des relations commerciales stables avec l'Afrique sub-saharienne. En 1458, le prince Henri le navigateur souhaita que ses hommes achetassent les esclaves plutôt que de les razzier. Cette mission fut confiée à Diogo Gomez (il revint avec 650 esclaves razziés)[70]. La Couronne portugaise décida de laisser la gestion des nouvelles expéditions à des hommes d'affaires et des marchands portugais. Le premier d'entre eux fut Fernando Po en 1460. En contrepartie, il s'engagea à verser chaque année 200 000 reis et à explorer 100 lieues de côtes inconnues[71]. Le droit de transporter des esclaves fut ensuite confié à une succession de marchands privilégiés, obligés de verser un impôt annuel fixé par la couronne. Le règlement vis-à -vis des expéditions évolua : tout esclave importé devait être débarqué à Lisbonne (1473) et tout bateau en partance pour l'Afrique devait s'enregistrer à Lisbonne (1481)[72]. Les Portugais commencèrent à s'implanter sur plusieurs points du littoral africain. En 1461, le premier comptoir et le premier fort étaient achevés à Arguin[73]. En 1462, ils s'installèrent dans les îles du cap Vert[74]. En 1481, le construction de la forterresse d'El Mina commençait. Le prince local, Ansa de Casamance, voyait d'un mauvais oeil cette nouvelle batisse[75]. En 1486, ils étaient sur l'île de Sao Tome[76]. Ces expéditions étaient souvent de brillantes réussites commerciales[77]. Les Portugais étaient de très bons intermédiaires et, grâce à leur caravelle, ils pouvaient convoyer toute sorte de biens le long du littoral africain[78]. Ils s'intéressaient surtout à l'or, à l'ivoire et à la graine de Guinée[79]. Mais les esclaves prenaient une place de plus en plus importante. En effet, à partir de 1475, les Portugais fournirent des esclaves aux Akans à Elmina[80] et la réussite des implantations de la canne à sucre à Madère (1452)[81], aux îles Canaries (1484)[82], puis à Sao Tome (1486)[83] exigea un nombre croissant d'esclaves. Les marchandises échangées avec les chefs africains affluaient de toute l'Europe et de la Méditerranée (tissus de Flandre et de France, du blé d'Europe du Nord, des bracelets de Bavière, des perles en verre, du vin, des armes blanches, des barres de fer[84]. Les Portugais connurent également de grands succès politiques. En Afrique, ils établirent des relations commerciales avec deux royaumes africains. En 1485, Cao s'entretint avec Nzinga, le roi du Kongo. Il revint au Portugal avec des esclaves et un émissaire[85]. En 1486, Joao Afonso Aveiro entra dans le royaume du Bénin. Il crû qu'il était proche de l'Ethiopie, le royaume du prêtre Jean[86]. En Europe, en 1474, le prince réclama et obtint la propriété de l'Afrique[87]. En 1479, les Espagnols cessèrent leurs expéditions vers l'Afrique. Ils reconnaissaient le monopole portugais[88]. Cependant, il y eut un échec politique. En 1486, les Portugais aidèrent le roi Bemoin au Sénégal. Mais il fut déchu et exécuté[89]. L'Oba du Benin finit par interdire l'exportation de captifs. Pour le cuivre, les Portugais se fournissaient au Congo [90]. L'asiento Incapable de fournir suffisamment d'esclaves à ses colonies, l'Espagne mit en place l'asiento. Il s'agissait d'un privilège par lequel le bénéficiaire s'engageait à fournir un certain nombre d'esclaves aux colonies espagnoles. En retour, il se trouvait en situation de monopole : l'Espagne s'engageait à ce que l'empire achetasse des captifs uniquement aux détenteurs de l'asiento. L'asiento fut ainsi octroyé tour à tour aux Portugais, puis aux Génois (et à leur Compagnie des Grilles), aux Hollandais, à la Compagnie française de Guinée, ou encore aux Anglais. Vinrent ensuite les Hollandais, les Anglais et les Français. Ils traitaient notamment avec les Africains de la gomme, de l'or, du poivre de malaguette, de l'ivoire... et des esclaves. Cependant, malgré les bulles pontificales, des Français et des Anglais firent quelques expéditions sur les côtes de l'Afrique, au grand désespoir des Portugais. [modifier] Une lente structuration de l'offre sur les côtes africainesLa traite sur les côtes africaines s'est très lentement structurée. Vers 1475, les Portugais achetaient des esclaves dans le golfe du Bénin. Les Ijos et les Itsekiris se livraient alors à cette traite. Les esclaves qu'ils traitaient, étaient soit achetés à l'intérieur des terres, soit des criminels condamnés[91]. Une partie des esclaves était acheminée à Elmina. Ils étaient vendus à d'autres Africains contre de l'or[92]. A partir de 1486, les Portugais commencèrent à traiter avec le royaume du Bénin[93]. En 1530, le royaume du Benin émis des réserves sur la traite des esclaves et, vers 1550, l'Oba du Benin interdit la traite. En 1485, les Portugais achètèrent les premiers esclaves au Congo[94]. Vers 1550, le Congo devint la principale zone de traite. Mais la demande portugaise en captifs était si élevée que le monarque fut vite dépassé. D'autres peuples s'entendirent pour satisfaire cette demande (les Pangu à Lungu, le peuple Tio). De 1000 esclaves déportés en 1500, il y en avait entre 4000 et 5000 qui étaient déportés annuellement du Congo à partir de 1530[95]. L'Angola (ou Ndongo) fournissait également des esclaves aux Portugais. Dès 1550, les rois du Congo et de l'Angola se contestaient la suprématie dans la fourniture de captifs aux Portugais[96]. Vers 1553, un nouvel Etat africain livre des esclaves. Il s'agit de la monarchie d'Ode Itsekiri sur le Forcados (près du royaume du Bénin)[97]. Au début du XVIIe siècle, de nombreux villages de pêcheurs sur l'estuaire du Niger devinrent des villes autonomes avec d'importants marchés aux esclaves. Certaines de ces villes finirent par devenir de puissantes monarchies : Bonny, New Calabar, Warri, Bell Town et Akwa Town au Cameroun ; et il y avait de puissantes républiques commerçantes, comme Old Calabar et Brass[98]. [modifier] Une lente structuration de la demande aux AmériquesTrès lentement, les esclaves noirs commencèrent à peupler les nouvelles possessions impériales espagnoles. Le phénomène fut graduel, discret, riche en faux départs. Ainsi un décret de 1501 interdisait les déportations aux Indes d'esclaves nés en Espagne, ainsi que des Juifs, de Maures et de "nouveaux chrétiens", c'est-à -dire des Juifs convertis. Cependant, certains marchands et capitaines obtinrent l'autorisation privée d'emmener aux Indes quelques esclaves noirs[99]. Le début de la Traite d'esclaves vers les Amériques ne commença que le 22 janvier 1510, quand le roi Ferdinand donna la permission d'envoyer cinquante esclaves sur Hispaniola pour l'exploitation des mines. Ces esclaves devaient être « les esclaves les meilleurs et les plus forts qui se puissent trouver ». Il est certain qu'il songeait alors aux Noirs. Quant aux Indiens, ils ne résistaient pas aux mauvais traitements dans les champs et les mines. En 1510, il n'en restait plus que 25 000 sur Hispaniola[100]. Jusqu'en 1550, la plupart des captifs africains étaient destinés à la péninsule ibérique, à Madère, à Sao Tome et à Principe. À partir de 1550, la demande espagnole pour l'Amérique décolla[101]. Les esclaves étaient alors pêcheurs de perle à la Nouvelle-Grenade, débardeurs à Veracruz, dans les mines d'argent de Zacatecas, dans les mines d'or du Honduras, du Vénézuela et du Pérou, vachers dans la région de la Plata. D'autres étaient forgerons, tailleurs, charpentiers et domestiques. Les esclaves femmes servaient de femme de chambre, de maîtresse, de nourrices ou de prostituées. On prenait l'habitude de leur confier les tâches les plus ingrates[102]. Au Nord-Est du Brésil, dans les capitaineries de Pernambouc et de Bahia, les premières plantations sucrières virent le jour sur le sol américain [103]. La demande en travail servile explosa. Les Portugais avaient alors à leur disposition les Indiens. Mais la persévérance de Bartolomé de Las Casas et d'autres dominicains finirent par rendre l'asservissement des Indiens illicite[104]. De plus, l'épidémie de dysenterie associée à la grippe avaient décimé la population indienne au Brésil dans les années 1560[105]. Enfin les planteurs n'étaient pas satisfaits du travail des Indiens. Ceux-ci ne résistaient pas aux mauvais traitements qui leur étaient infligés. Pour toutes ces raisons, la demande d'esclaves noirs en provenance du Congo et de l'Angola se raffermit. De 2 000 à 3 000, en 1570, la population noire du Brésil s'élevait à 15 000 en 1600. Le quotidien de ces esclaves était très dur. Leur espérance de vie était d'environ dix ans. Il fallait donc sans cesse de nouveaux arrivages d'Angola et du Congo. Le Brésil devenait le principal fournisseur en sucre de l'Europe[106]. Dans le premier quart du XVIIe siècle, le nombre total d'esclaves déportés d'Afrique devait approcher les 200 000, dont 100 000 allèrent au Brésil, plus de 75 000 en Amérique espagnole, 12 500 à São Tomé et quelques centaines en Europe[107]. Le nombre d'esclaves africains travaillant alors dans les colonies antillaises était alors relativement faible. À la Guadeloupe, en 1671, 47 % des maîtres n'avaient qu'un seul esclave. Dans les premiers temps, dans les treize colonies anglaises, serviteurs, blancs et noirs, travaillaient côte à côte, dans le cadre de petites exploitations. Inversement dans les îles françaises, les engagés blancs étaient alors durement traités[108]. [modifier] Deuxième étape, du milieu du XVIIe siècle au début du XIXe siècleLa traite atlantique ne prit véritablement son essor qu'à partir du dernier tiers du XVIIe siècle[109]. [modifier] L'accroissement de l'activité négrière européenneTrois phénomènes concurrèrent à accélérer la demande des négriers européens : des produits se firent plus rares (l'or et l'ivoire) ou étaient concurrencés (le poivre de malaguette par les épices des Indes) ; la canne à sucre était mise en production au Brésil et dans les Antilles ; le choix d'esclaves africains s'imposa[110] .
Au milieu du XVIIe siècle, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (ou W.I.C.) était toute puissante. Les Hollandais s'étaient implantés au Brésil et ils avaient enlevé Elmina. Leur position sur la traite fut renforcée par différents accords : l'asiento en 1662, puis l'accord entre l'Espagne et la firme Coijmans d'Amsterdam en 1685 et celui signé avec les assientis de la compagnie portugaise de Cacheu en 1699. Mais cette toute puissance ne dura pas. Ils furent supplantés par les Anglais et les Français. Le monopole de la W.I.C. pour le commerce avec l'Afrique dura jusqu'en 1730, et celui pour la traite jusqu'en 1738. Avec l'ouverture au commerce libre, le nombre de captifs déportés par les Hollandais augmenta. Entre 1751 et 1775, le nombre de déportés s'élèva à 148 000.
Londres, Bristol et Liverpool furent les principaux ports négriers britanniques. Il y eut aussi Whitehaven, Glasgow, Dublin, Plymouth. Le monopole du commerce avec l'Afrique |