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Baroque
LâAdoration, de Pierre Paul Rubens : une structure dynamique de formes qui sâenroulent en spirale autour dâun espace vide : dâĂ©clatantes draperies, un souffle de mouvements Ă©clairĂ©s par une flĂšche de lumiĂšre, peints avec une brillante maĂźtrise Ă©mancipĂ©e.
Le baroque est un style qui naĂźt en Italie Ă Rome, Mantoue, Venise et Florence Ă la charniĂšre des XVIe et XVIIe siĂšcles et se rĂ©pand rapidement dans la plupart des pays dâEurope. Il touche tous les domaines artistiques, sculpture, peinture, littĂ©rature, architecture et musique et se caractĂ©rise par lâexagĂ©ration du mouvement, la surcharge dĂ©corative, les effets dramatiques, la tension, lâexubĂ©rance et de la grandeur parfois pompeuse. Il poursuit le mouvement artistique de la Renaissance artistique, le nĂ©oclassicisme lui succĂšde Ă partir de la deuxiĂšme moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle.
[modifier] Naissance du concept de baroqueLe terme « baroque », comme la plupart des pĂ©riodes ou dĂ©signations stylistiques, est inventĂ© postĂ©rieurement par la critique d'art et non par les praticiens des XVIIe et XVIIIe siĂšcles. Ceux-ci ne se pensaient pas baroques mais classiques. Ils utilisent les formes du Moyen Ăge, les ordres classiques, les frontons, toute une modĂ©nature classique issue des modĂšles grĂ©co-romains. Le mot est issu du portugais barroco. Contrairement Ă ce que la vulgate, toujours reprise en ce domaine, tente de faire croire, le terme ne dĂ©signe pas d'abord la fameuse perle irrĂ©guliĂšre mais une rĂ©alitĂ© gĂ©ologique. En effet, un barroco en portugais dĂ©signe un gros rocher de granit Ă la rondeur irrĂ©guliĂšre, le mot est dans ce cas utilisĂ© comme substantif. Ce n'est qu'ensuite qu'il dĂ©signe la perle irrĂ©guliĂšre, mais alors il est utilisĂ© comme adjectif. Dans les deux cas, nous avons affaire Ă une rĂ©alitĂ© irrĂ©guliĂšre, d'ordre minĂ©ral, dans le gigantisme d'une part, et d'autre part dans la prĂ©ciositĂ©[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Il pourrait Ă©galement provenir d'une appellation latine d'un syllogisme : baroco, syllogisme qui est en fait un erronĂ©. En 1694 (en pleine pĂ©riode baroque donc), le mot, pour lâAcadĂ©mie française « se dit seulement des perles qui sont dâune rondeur fort imparfaite. Un collier de perles baroques »[1]. PrĂšs dâun siĂšcle plus tard, en 1762, alors que le baroque sâachĂšve, outre sa premiĂšre signification, et toujours selon la mĂȘme AcadĂ©mie, « il se dit aussi au figurĂ©, pour irrĂ©gulier, bizarre, inĂ©gal. »[2]. Au XIXe siĂšcle, pour la sixiĂšme Ă©dition de son dictionnaire, lâAcadĂ©mie inverse lâordre des dĂ©finitions : les perles passent au second rang et le sens figurĂ© au premier. Câest en 1855 que, pour la premiĂšre fois, le mot est utilisĂ© pour dĂ©crire la pĂ©riode et lâart succĂ©dant Ă la Renaissance sous la plume de lâhistorien dâart suisse Jacob Burckhardt dans Le Cicerone[3]. Ăa nâest pas un hasard si câest dans le monde allemand que naĂźt cette acception du mot, les Français et les Anglais disposent de leurs rois pour dĂ©crire lâĂ©volution des styles (voir style Louis XIV, etc.) alors quâĂ lâĂ©poque lâAllemagne est divisĂ©e en une myriade de micro-Ătats, le Kleinstaaterei. Il faut attendre une gĂ©nĂ©ration et 1878 pour que le « style baroque » fasse son entrĂ©e dans le Dictionnaire de LâAcadĂ©mie française et que la dĂ©finition perde un peu de son caractĂšre dĂ©prĂ©ciatif[4]. Il est vrai que lâimpĂ©ratrice EugĂ©nie a remis au goĂ»t du jour les mignardises et le style Louis XV et quâest nĂ©, ce que nous appelons le nĂ©obaroque[5] : la rĂ©habilitation peut commencer et Wölfflin Ă©crire son Ćuvre pour nous Ă©clairer sur ce quâest ce baroque si complexe, tourmentĂ©, irrĂ©gulier et, au fond, plus fascinant que bizarre⊠Lâhistorien dâart dâorigine suisse Heinrich Wölfflin (1864â1945) dans son livre Renaissance et Baroque [6] dĂ©finit le baroque comme un « mouvement importĂ© en masse », un art antithĂšse de lâart de la Renaissance. Il ne fait pas de distinctions entre le maniĂ©risme et le baroque, ce que font les auteurs modernes, et il ignore sa phase plus rĂ©cente, le rococo qui sâĂ©panouit dans la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIe siĂšcle. En France et en Angleterre, son Ă©tude nâest prise au sĂ©rieux quâĂ partir de lâinfluence prĂ©dominante que Wölfflin acquiert au sein de lâĂ©cole germanique. [modifier] PrĂ©micesLes idĂ©es germinales du Baroque se retrouvent dans le travail de Michel-Ange. Le style baroque dĂ©bute aux alentours de 1580. Les historiens de lâart, souvent protestants, ont traditionnellement accentuĂ© le fait que le style baroque Ă©voluait Ă une Ă©poque oĂč lâĂglise catholique rĂ©agissait face Ă plusieurs mouvements culturels produisant une nouvelle science et de nouvelles formes de religions â la RĂ©forme. On a dit que le baroque monumental Ă©tait un style que la PapautĂ© pouvait instrumentaliser, comme le firent les monarchies absolues, en imposant une voie dâexpression Ă mĂȘme de restaurer son prestige, au point de commencement combien symbolique de la RĂ©forme catholique. Que ce fut ou non le cas, son dĂ©veloppement eut du succĂšs Ă Rome oĂč lâarchitecture baroque renouvela largement le centre-ville ; peut-ĂȘtre la plus importante rĂ©novation urbanistique. [modifier] DiffusionLa popularitĂ© et le succĂšs du baroque sont encouragĂ©s par lâĂglise catholique quand elle dĂ©cida que le cĂŽtĂ© dramatique du style des artistes du baroque pouvait promouvoir des thĂšmes religieux avec une implication directe et Ă©motionnelle. Câest un art du catholicisme tel qui fut dĂ©fini entre 1545-1563 par le Concile de Trente dont le dĂ©cret le plus significatif est le « DĂ©cret sur lâinnovation et les reliques des saints, et sur les images saintes ». Câest donc un art de la Contre-RĂ©forme. Cependant il connaĂźtra de fortes rĂ©sistances dans les pays acquis Ă la RĂ©forme, oĂč se dĂ©veloppera un art Protestant. LâAngleterre restera en outre un important centre de refus, la France Ă©galement. Lâaristocratie laĂŻque considĂ©rait Ă©galement lâeffet dramatique des arts et de lâarchitecture baroque comme une façon dâimpressionner leurs visiteurs et leurs Ă©ventuels rivaux. Les palais baroques sont constituĂ©s dâune succession de cours Ă lâentrĂ©e, dâantichambres, de grands escaliers et de salles de rĂ©ception, dans un ordre de splendeur croissante. De nombreuses formes dâart - musique, architecture et littĂ©rature - sâinspirent les unes des autres au sein de ce mouvement culturel. Le charme du style baroque se transforme consciemment, passant de la finesse, des qualitĂ©s intellectuelles de lâart maniĂ©riste du XVIe siĂšcle au charme viscĂ©ral visant les sens. Il emploie une iconographie directe, simple, Ă©vidente et dramatique. Lâart baroque sâinspire dans une certaine mesure des tendances hĂ©roĂŻques dâAnnibale Carracci et de son cercle, et trouve lâinspiration Ă travers dâautres artistes comme Le CorrĂšge et Le Caravage et Federico Barocci, qualifiĂ©s parfois de nos jours de « proto-baroques ». On oppose souvent lâart des Carraches (les frĂšres et cousin) Ă lâart du Caravage par les termes de classique et baroque, ce sont deux influences opposĂ©es au niveau plastique ( ce qui fut dĂ©finit par Wölfflin) qui vont avoir beaucoup dâinfluences sur leurs successeurs.
PromĂ©thĂ©e, de Nicolas-SĂ©bastien Adam, 1737 (MusĂ©e du Louvre): un fiĂ©vreux tour de force rempli de tensions contrastĂ©es, de multiples angles et points de vue, et dâintense Ă©motion.
[modifier] Baroque tardifCertains considĂšrent que le baroque initial est supplantĂ© par le style rococo, dĂ©butant en France Ă la fin des annĂ©es 1720, en particulier dans les intĂ©rieurs oĂč peintures et arts dĂ©coratifs, et remplacĂ© par le nĂ©oclassicisme Ă la fin du XVIIIe siĂšcle[7]. Pour dâautres, plus sĂšche et tempĂ©rĂ©e, moins dramatique et coloriste, la derniĂšre Ă©tape du baroque est souvent vue comme une manifestation distincte appelĂ©e baroque tardif. (Cf. Claude Perrault). Les caractĂ©ristiques acadĂ©miques dans le style architectural nĂ©o-palladien, incarnĂ© par William Kent, sont un dĂ©veloppement parallĂšle en Grande Bretagne et dans les colonies britanniques : derriĂšre les portes, le dessin des meubles de Kent est vivement influencĂ© par celui des meubles baroques de Rome et de GĂȘnes, Ă©lĂ©ments sculptĂ©s, tectoniques et hiĂ©ratiques, qui nâĂ©taient pas sensĂ©s ĂȘtre dĂ©placĂ©s de leur installation complĂ©tant lâĂ©dification dâun mur. Le baroque est un style dâunitĂ© imposĂ© par lâutilisation de dĂ©tails riches et massifs. [modifier] CaractĂ©ristiquesLe baroque a Ă©tĂ© dĂ©fini par Heinrich Wölfflin comme lâĂ©poque oĂč lâovale remplace le cercle au centre de la composition, Ă©quilibre substituĂ© de la centralisation, effets de couleur et de peinture commencĂšrent Ă devenir de plus en plus proĂ©minents. Quelques gĂ©nĂ©rales analogies en musique rendent utile lâexpression « musique baroque ». Des phrases aux longueurs contrastĂ©es, lâharmonie et le contrepoint dĂ©logent la polyphonie, et les couleurs orchestrales apparaissent plus souvent. (Cf musique baroque). Une fascination semblable avec une expression simple, forte, dramatique, oĂč les rythmes clairs, amples, syncopĂ©s remplacent les comparaisons mĂ©taphysiques, sophistiquĂ©es et entrelacĂ©es de ManiĂ©ristes comme John Donne. On ressent lâimagination fortement influencĂ©e par les dĂ©veloppements visuels de la peinture dans le Paradis Perdu de John Milton, une Ă©popĂ©e baroque. En peinture, lâexpression Baroque est plus ample que lâexpression ManiĂ©riste : moins ambiguĂ«, moins obscure et mystĂ©rieuse, plutĂŽt comme lâexpression de lâopĂ©ra, une forme dâart baroque majeur. La pose baroque sâappuie sur le Contrapposto (« dĂ©hanchement »), une tension dans la forme qui dĂ©place les plans des Ă©paules et des hanches dans deux directions opposĂ©es. (XVIĂ©mĂ© et XVIIĂ©me siĂšcle). [modifier] Peinture
EnĂ©e fuyant Troie Federico Barocci, 1598 : une scĂšne dâinspiration classique, figĂ©e en pleine action dramatique, oĂč le plan de lâimage Ă©clate dans un balayage de perspectives diagonales.
Une dĂ©finition de la signification de baroque en peinture est fournie par les sĂ©ries de tableaux exĂ©cutĂ©s par Pierre Paul Rubens pour Marie de MĂ©dicis au Palais du Luxembourg Ă Paris (Ă prĂ©sent au Louvre)[8], dans lesquels un peintre catholique satisfait aux exigences dâun mĂ©cĂšne catholique : les conceptions de la monarchie Ă lâĂšre baroque, lâiconographie, la maĂźtrise de la peinture et les compositions tout comme la description de lâespace et du mouvement. De Caravaggio Ă Cortona, il y avait diffĂ©rentes ramifications dans lâĂ©cole italienne baroque, tous deux approchant la dynamique Ă©motionnelle dans des styles diffĂ©rents. Une autre Ćuvre frĂ©quemment citĂ©e, Sainte ThĂ©rĂšse en extase de Bernini, pour la chapelle Cornaro de Sainte Marie de la Victoire, rassemble architecture, sculpture et théùtre dans une grandiose vanitĂ©. Le style baroque tardif fait progressivement place Ă une dĂ©coration rococo, laquelle, cependant, contraste avec ce que lâon appela plus tard le baroque. Et en opposition au baroque on trouve lâart classique souvent directement assimilĂ© Ă la France comme un art au service de la Monarchie. [modifier] SculptureEn sculpture baroque, les ensembles de figures prirent une importance nouvelle, il y eut un mouvement dynamique et une Ă©nergie portĂ©e par les formes humaines â elles sâenroulent en volutes autour dâun tourbillon central, ou atteignent vers lâextĂ©rieur les espaces alentours. Pour la premiĂšre fois, la sculpture baroque eut plusieurs angles de vue idĂ©aux. Une caractĂ©ristique de la sculpture baroque fut dâajouter des Ă©lĂ©ments sculptĂ©s supplĂ©mentaires, par exemple, des Ă©clairages dissimulĂ©s ou des fontaines. Lâarchitecture, les sculptures et les fontaines de Bernini(1598â1680) donnĂšrent les caractĂ©ristiques hautement chargĂ©es du style baroque. Bernini Ă©tait sans aucun doute le plus important sculpteur de la pĂ©riode baroque. Il sâapprocha de Michel-Ange, du point de vue de ses compĂ©tences multiples : Bernini sculptait, travaillait comme architecte, peignait, Ă©crivait des piĂšces et mettait en scĂšne des spectacles. Ă la fin du XXe siĂšcle, Bernini Ă©tait trĂšs reconnu pour sa sculpture, Ă la fois pour sa virtuositĂ© Ă tailler le marbre et sa capacitĂ© Ă crĂ©er des formes alliant physique et esprit. CâĂ©tait aussi un bon sculpteur de bustes trĂšs demandĂ© des puissants. [modifier] La chapelle Cornaro : le chef dâĆuvre dâart totalLa TransverbĂ©ration de sainte ThĂ©rĂšse (1645â52), créée pour la chapelle Cornaro de lâĂ©glise Sainte-Marie-de-la-Victoire Ă Rome, nous aide Ă comprendre le baroque. La chapelle conçue pour la famille Cornaro comme un espace auxiliaire sur un cĂŽtĂ© de lâĂ©glise est un chef dâĆuvre dâart total. Bernini a façonnĂ© une boĂźte en brique formant une scĂšne sur laquelle se pĂąme une sainte ThĂ©rĂšse de marbre blanc entourĂ©e dâun encadrement architectural de marbre polychrome rĂ©vĂ©lant une fenĂȘtre pour Ă©clairer la statue par le haut. En lĂ©ger relief, les groupes de visages sculptĂ©s de la famille Cornaro occupent des loges, le long de deux murs latĂ©raux de la chapelle. Lâobservateur est placĂ©, comme un spectateur-tĂ©moin de lâextase mystique de la sainte. ThĂ©rĂšse d'Avila est fortement idĂ©alisĂ©e dans un dĂ©cor imaginaire. La statue relate son expĂ©rience mystique contĂ©e aux nonnes de lâordre des carmĂ©lites. Elle y dĂ©crit lâamour de Dieu comme une flĂšche brĂ»lante perçant son cĆur. Bernini concrĂ©tise littĂ©ralement cette image en reprĂ©sentant un ange, une flĂšche dâor Ă la main, tel un Cupidon, dans une posture dâinclination au dessus dâelle et lui souriant. La figure angĂ©lique plonge la flĂšche dans sons cĆur ou la lui retire. Le visage de la sainte reflĂšte lâanticipation de lâextase ou son Ă©panouissement. Le mĂ©lange de religion et dâĂ©rotisme, lâun des aspects du gĂ©nie baroque, a longtemps choquĂ©, soit la retenue nĂ©oclassique, soit la pudeur victorienne. Bernini, un dĂ©vot catholique, nâest pas tentĂ© de faire la satire dâune religieuse mais dâincarner dans le marbre une vĂ©ritĂ© complexe tirĂ©e de lâexpĂ©rience religieuse. ThĂ©rĂšse dĂ©crit sa rĂ©action physique Ă lâillumination spirituelle dans un langage dâextase utilisĂ© par de nombreux mystiques et la reprĂ©sentation de Bernini est sincĂšre. La famille Cornaro se promeut discrĂštement dans cette chapelle, elle est reprĂ©sentĂ©e latĂ©ralement, elle assiste Ă lâĂ©vĂšnement depuis les balcons. Comme Ă lâopĂ©ra, les Cornaro ont une position privilĂ©giĂ©e par rapport au spectateur, dans leur loge privĂ©e, au plus prĂšs de la sainte ; le spectateur nĂ©anmoins a une meilleure vue. Câest une chapelle privĂ©e, dans le sens oĂč personne ne pouvait dire de messe Ă lâautel sous la statue (au XVIIe siĂšcle et probablement jusquâau XIXe) sans la permission de la famille ; mais la seule chose qui sĂ©pare lâobservateur de lâimage est la barriĂšre de lâautel. Les fonctions de spectacle dĂ©montrent Ă la fois le mysticisme et la fiertĂ© de la famille. [modifier] ArchitectureDans lâarchitecture baroque, lâaccent est mis Ă la fois sur lâaspect massif et chargĂ©, colonnades, dĂŽmes, clair-obscur, effets colorĂ©s de peinture, et le jeu chargĂ© des volumes opposĂ©s au vide. Dans les intĂ©rieurs, le mouvement baroque se manifeste autour et Ă travers un savant escalier monumental sans prĂ©cĂ©dent en architecture. Lâautre invention du baroque que lâon retrouve dans les intĂ©rieurs du monde entier est lâappartement public, une succession processionnelle dâintĂ©rieurs de richesse croissante culminant avec lâemplacement de la chambre Ă coucher, de la salle du trĂŽne, ou dâune chambre publique. LâenchaĂźnement de lâescalier monumental suivi de lâappartement public fut copiĂ© Ă moindre Ă©chelle partout dans les rĂ©sidences aristocratiques de toutes prĂ©tentions. Lâarchitecture baroque fut reprise avec enthousiasme dans la partie centrale de lâAllemagne (cf par exemple le Palais de Ludwigsburg et le Palais Zwinger Ă Dresde), en Autriche et en Pologne (cf par exemple Wilanow et le palais de Bialystok). En Angleterre, le point culminant de lâarchitecture baroque fut incarnĂ©e par lâĆuvre de Sir Christopher Wren, Sir John Vanbrugh et Nicholas Hawksmoor, de ~1660 vers ~1725. On retrouve de nombreux exemples dâarchitecture baroque et de plan de ville dans les autres villes dâEurope, ainsi quâen AmĂ©rique hispanique. Les plans de ville de cette Ă©poque comprennent de rayonnantes avenues, avec des squares Ă leurs intersections, sâinspirant des plans des jardins baroques. [modifier] DanseLa danse baroque Ă©tait populaire Ă lâĂ©poque baroque. [modifier] LittĂ©rature et philosophieEn fait, le baroque exalte de nouvelles valeurs que lâon rĂ©sume souvent Ă lâutilisation de mĂ©taphores et dâallĂ©gories, que lâon retrouve largement en littĂ©rature baroque, et en recherche de « maraviglia » (merveilleux, Ă©tonnement â comme dans le ManiĂ©risme), et lâutilisation dâartifices. Si le maniĂ©risme ouvrit une premiĂšre brĂšche Ă la Renaissance, le baroque en fut la rĂ©ponse opposĂ©e. On retrouva lâaffliction psychologique de lâHomme â un thĂšme abandonnĂ© aprĂšs les rĂ©volutions de Copernic et de Luther dans la recherche dâun soutien solide, une preuve de lâultime puissance humaine â Ă la fois dans lâart et lâarchitecture de la pĂ©riode baroque. Une part rĂ©vĂ©latrice des Ćuvres fut rĂ©alisĂ©e sur des thĂšmes religieux, depuis que lâĂglise Catholique Romaine Ă©tait le principal « client ». Les artistes recherchaient la virtuositĂ© (et le virtuoso devint une forme commune dâart) avec le rĂ©alisme, soucieux du dĂ©tail (certains parlent dâune « complexitĂ© » typique). Le privilĂšge donnĂ© aux formes extĂ©rieures devait composer et Ă©quilibrer le manque de contenu observĂ© dans de nombreuses Ćuvres baroques : Maraviglia de Marino, par exemple, fut pratiquement rĂ©alisĂ© Ă partir dâune forme primitive. Elles devaient susciter au spectateur, au lecteur, Ă lâauditeur, fantaisie et imagination. Toutes Ă©taient focalisĂ©es sur lâhomme en tant quâindividu, comme une relation directe avec lâartiste, ou directement entre lâart et ses utilisateurs, ses clients. Lâart est alors moins distant de son utilisateur, sâapproche de lui de maniĂšre plus directe, rĂ©solvant le fossĂ© culturel qui tenait Ă lâĂ©cart lâart et lâusager lâun de lâautre, par Maraviglia. Mais lâattention croissante de lâindividu, crĂ©a Ă©galement avec ces principes quelques genres importants comme le Romanzo (roman) et met de cĂŽtĂ© dâautres formes populaires ou locales, en particulier la littĂ©rature dialectale, ce quâil faut souligner. En Italie ce mouvement face au simple individu (que certains dĂ©signent comme un « descendant culturel », tandis que dâautres lâindiquent comme une cause possible de lâopposition classique au baroque) fut la cause du remplacement irrĂ©mĂ©diable du latin par lâitalien. Dans la littĂ©rature anglaise, les poĂštes mĂ©taphysiques reprĂ©sentent un mouvement trĂšs apparentĂ© ; leur poĂ©sie employait de la mĂȘme façon dâinhabituelles mĂ©taphores, quâils examinaient souvent avec prĂ©cision. Leurs vers manifestent un goĂ»t pour le paradoxe, et pour dâinhabituelles et dĂ©libĂ©rĂ©ment inventives tournures de phrase. [modifier] ThéùtreDans le domaine du théùtre, lâĂ©laboration de vanitĂ©s, de multiples changements dâintrigue, et une variĂ©tĂ© de circonstances caractĂ©ristiques du ManiĂ©risme (les tragĂ©dies de Shakespeare par exemple) sont supplantĂ©s par lâopĂ©ra qui regroupe tous les arts en un tout unifiĂ©. Plusieurs auteurs Ă©crivent des piĂšces de théùtre durant la pĂ©riode baroque tels que Corneille (ComĂ©dies, L'Illusion comique) et MoliĂšre (Dom Juan ou le Festin de pierre) en France ; Shakespeare (RomĂ©o et Juliette) en Angleterre ; Tirso de Molina (Marthe la dĂ©vote, comĂ©die ; le Trompeur de SĂ©ville, drame historique) et Lope de Vega(lâEtoile de SĂ©ville, Aimer sans savoir qui, comĂ©dies) ou Calderon (La Vie est un songe) en Espagne. Le théùtre baroque peut se dĂ©finir, dans un premier temps, comme le nĂ©gatif du théùtre classique. Ă lâanalyse intellectuelle, le baroque prĂ©fĂšre lâĂ©motion, la perception, Ă la recherche de la vraisemblance, le baroque promeut lâillusion, Ă lâunitĂ© de ton, le baroque privilĂ©gie lâinconstance et le paradoxe, Ă la simplicitĂ©, le baroque oppose la complexitĂ©. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, la littĂ©rature baroque est marquĂ©e par une forte implication de la mort et du jeu de lâillusion. Comme dans les vanitĂ©s en peinture, la mort est utilisĂ©e comme mĂ©taphore du temps qui passe, de lâirrĂ©mĂ©diable, et de lâĂ©phĂ©mĂšre. Contrairement au romantisme, la mort ne reprĂ©sente pas une souffrance morale, mais plutĂŽt une Ă©vidence mĂ©taphysique. Lâillusion est aussi caractĂ©ristique du baroque qui se prĂ©sente, Ă©tymologiquement, comme une pierre prĂ©cieuse Ă multiples facettes. Ainsi, nombreuses Ćuvres sont porteuses de diverses mises en abyme (peut aussi s'Ă©crire "abĂźme") : dans lâIllusion Comique de Corneille, le public assiste au spectacle dâun pĂšre qui regarde son fils Ă©voluer dans un milieu qui sâavĂšre ĂȘtre de la comĂ©die. De ce fait, lâauteur donne plus de force Ă son plaidoyer en faveur du théùtre et entraĂźne malgrĂ© lui le public Ă adhĂ©rer Ă son point de vue. Les personnages, tout comme le spectateur, sont, Ă un moment ou Ă un autre, victimes de lâillusion. Pridamant croit son fils mort au vers 977, Matamore croit en ses propres mensonges. LâIllusion Comique ne fait pas que parler du théùtre : par ses personnages, cette piĂšce convoque aussi dâautres genres littĂ©raires rĂ©pandus au XVIIe siĂšcle. Clindor est un hĂ©ros picaresque, câest-Ă -dire audacieux et opportuniste, vagabond et aventurier, tandis quâAlcandre semble ĂȘtre un avatar des mages prĂ©sent dans les pastorales. De mĂȘme, le personnage de Matamore correspond au type du soldat fanfaron prĂ©sent dans les comĂ©dies latines. Lâillusion permet aussi de dire la vĂ©ritĂ© : on le voit dans la piĂšce Hamlet, de Shakespeare. Le jeune Hamlet sait que le roi actuel, son oncle, a tuĂ© son propre frĂšre, autrement dit le pĂšre du jeune hĂ©ros. Il fait reprĂ©senter sous les yeux du roi une scĂšne de meurtre semblable en tous points Ă celle que nous nâavons pas vue, mais que nous connaissons par le discours du fantĂŽme du roi Hamlet assassinĂ© par son frĂšre. Le roi, devant cette reprĂ©sentation, quitte la scĂšne. Dans cette piĂšce, illusion et vĂ©ritĂ© se rejoignent Ă©trangement et provoquent ainsi un vertige chez le spectateur. Dom Juan de MoliĂšre met aussi en scĂšne un caractĂšre baroque : lâinconstance. Pour le HĂ©ros sĂ©ducteur, « tout le plaisir de lâamour est dans le changement », cette thĂšse sâapplique dans tous les domaines et rejoint ainsi le mouvement baroque. LâesthĂ©tique baroque repose sur le mouvement, lâinconstance, la contradiction, lâantithĂšse. Les personnages passent dâune palette de sentiments Ă une autre. On est dans lâexcĂšs, le paroxysme. Le discours donne Ă voir plus quâĂ entendre ; il sâagit de montrer, de convoquer les images par le procĂ©dĂ© rhĂ©torique de lâhypotypose. Alors que lâesthĂ©tique classique recherche lâunitĂ©, le baroque se complaĂźt dans la pluralitĂ©, dâoĂč son goĂ»t pour lâaccumulation. Le baroque donne les deux versants dâune mĂ©daille : la vĂ©ritĂ© est indissociable du mensonge, comme le rĂ©el lâest du rĂȘve, comme la vie lâest de la mort. Au théùtre, le baroque est Ă©galement traduit grĂące une certaine mise en scĂšne (lumiĂšres, jeux, costumes, dĂ©cors...) qui met en Ă©vidence les caractĂšres du mouvement. [modifier] MusiqueEn musique, le baroque sâapplique Ă la fin de la pĂ©riode de la domination du contrepoint imitatif. NĂ© dans une Italie oĂč les idĂ©es fusaient mais ne se dĂ©plaçaient quâau rythme des transports de lâĂ©poque, on constate en ces annĂ©es 1600 le dĂ©veloppement parallĂšle de genres constituant peu Ă peu ce que lâon a appelĂ© ensuite la musique baroque. Ces aventures musicales sont liĂ©es Ă des villes ou des rĂ©gions bien distinctes : LâOrfeo de Monteverdi créé en 1607 Ă Mantoue marque traditionnellement la naissance de lâopĂ©ra. On note la naissance du genre Oratorio Ă Rome avec La Rappresentazione di Anima e di Corpo dâEmilio de Cavalieri en fĂ©vrier 1600. Ă Venise entre 1550 et 1610 et plus prĂ©cisĂ©ment dans la basilique Saint Marc, se dĂ©veloppe un style polychoral avec Gabrieli et Merulo qui donne Ă lâEurope une des musiques les plus grandioses et les plus sonores qui aient Ă©tĂ© composĂ©es jusquâalors, impliquant plusieurs chĆurs de chanteurs, des cuivres et des cordes rĂ©partis dans des emplacements diffĂ©rents de la Basilique. Le terme baroque est utilisĂ© pour dĂ©signer Ă la fois le style de musique composĂ© au cours de la pĂ©riode chevauchant celle de lâart baroque, et Ă©galement celui d'une pĂ©riode lĂ©gĂšrement plus tardive. Jean-SĂ©bastien Bach et Haendel sont souvent considĂ©rĂ©s comme leurs figures culminantes. LâĂ©tendue des points communs de la musique baroque avec les principes esthĂ©tiques des arts graphiques et littĂ©raires de la pĂ©riode baroque est encore une question dĂ©battue. Lâamour de lâornementation est un Ă©lĂ©ment commun assez clair, et il est peut ĂȘtre significatif que le rĂŽle de lâornement fut grandement diminuĂ© Ă la fois en musique et en architecture lorsque la pĂ©riode classique remplaça le baroque. On doit noter que lâapplication du terme « baroque » Ă la musique est un dĂ©veloppement relativement rĂ©cent : le premier usage du mot appliquĂ© Ă la musique apparut seulement en 1919, inventĂ© par Curt Sachs, et il fallut attendre 1940 pour quâil fĂ»t employĂ© pour la premiĂšre fois en anglais (dans un article publiĂ© par Manfred Bukofzer) ; mĂȘme Ă la fin des annĂ©es 1960, il y avait encore dâimportants dĂ©saccords dans les cercles acadĂ©miques pour dĂ©terminer si une musique aussi variĂ©e que celle de Peri, Couperin et J.S. Bach pouvait de façon sensĂ©e ĂȘtre regroupĂ©e sous une mĂȘme appellation. LâopĂ©ra nait durant lâĂ©poque baroque Ă lâĂ©cart de lâexpĂ©rience de Florentine Camerata, les crĂ©ateurs de la monodie, qui tentĂšrent de recrĂ©er les théùtre des arts de la GrĂšce antique ; effectivement, câest exactement lâĂ©vĂšnement qui est souvent prĂ©sentĂ© comme le dĂ©but de la musique baroque vers 1600.
NĂ©o-baroque : le foyer de lâOpĂ©ra de Charles Garnier, Paris, plan datant du Second Empire, 1861, ouvert finalement en 1875
[modifier] Le néobaroque[modifier] Voir aussi[modifier] Notes et références
[modifier] Bibliographie
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
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