Alchimie

Jan van der Straet - Le laboratoire de l'alchimiste (1551)
Jan van der Straet - Le laboratoire de l'alchimiste (1551)

L'alchimie était une science puis est devenu une discipline ésotérique dont l'objet est l'étude de la matière et de ses transformations. Elle repose sur un ensemble de pratiques et sur une philosophie particulière, l'hermétisme qu'on peut définir comme « une vision du monde fondée sur les correspondances et « sympathies » unissant macrocosme et microcosme »[1]. Elle est généralement considérée comme étant à l'origine de la chimie moderne

L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux nobles (or et argent). Cette quête est souvent associée à une transformation spirituelle de l'alchimiste lui-même[2]. Un autre objectif est une médecine universelle et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie.

Vraisemblablement apparue dans l'Égypte hellénistique des Ptolémées, elle s'est développée dans le monde européen et arabe durant le Moyen Âge et à la Renaissance. Elle est devenue plus marginale à partir du XVIIIe siècle, cédant sa place à la science moderne. Des pensées et des pratiques de type alchimiques ont été présentes dans d'autres civilisations, notamment en Chine et en Inde.

La dimension spirituelle et philosophique de l'alchimie explique qu'elle continue de nos jours à être pratiquée, par des personnes le plus souvent intéressés par son aspect ésotérique.

Laboratoire de l'alchimiste Hans Vredeman de Vries, circa 1595
Laboratoire de l'alchimiste
Hans Vredeman de Vries, circa 1595

Sommaire

[modifier] Étymologie

Le mot alchimie vient du mot arabe: الكيمياء, "al-kimia". Le terme est arrivé en français au XIVe siècle en passant par l'espagnol et le catalan (fin du XIIIe siècle par Raymond Lulle), puis le latin médiéval (alchemia). Les mots alchimie et chimie sont restés synonymes jusqu'au XVIIIe siècle et l'apparition de la chimie moderne[3].

Différentes hypothèses ont été avancées pour l'origine du mot en arabe[4]. Le mot arabe proviendrait du mot grec khemeioa[5], désignant également l'alchimie dans son acceptation moderne. Le philologue Hermann Diels dans son Antike Technik (1920) y voyait la "fusion" (du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d'allier les métaux"). Pour le chimiste et historien des sciences Edmund Oscar von Lippmann (1857-1940) et le philologue Wilhelm Gundel (1880-1945), kimiya viendrait de l'égyptien Kam-it ou Kem-it, "Noir", ce qui évoquerait "La Terre Noire". Le Le Robert historique cite également l'hypothèse d'une évolution du mot à partir d'un radical arabe "kama", "tenir secret".

[modifier] Définitions

  • Selon André Savoret[6], "L'alchimie traditionnelle est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique, a perdu et peut retrouver sa pureté, sa splendeur, sa plénitude, et ses prérogatives primordiales"
  • Selon René Alleau[7], " il convient surtout de considérer l'alchimie comme une religion expérimentale, concrète, dont la fin était l'illumination de la conscience, la "délivrance de l'esprit et du corps" […] Ainsi l'alchimie appartient-elle plutôt à l'histoire des religions qu'à l'histoire des sciences"
  • Selon Serge Hutin[8] « Les alchimistes se donnaient volontiers le titre de philosophes, et, en fait, ils étaient des 'philosophes' d'un genre particulier qui se disaient dépositaires de la Science par excellence, contenant les principes de toutes les autres, expliquant la nature, l'origine et la raison d'être de tout ce qui existe, relatant l'origine et la destinée de l'univers entier ».
  • Selon Bernard Gorceix[9], "Si l'alchimie a pu se développer si vigoureusement dans l'Europe chrétienne, si les traités qui portaient les échos de ces spiritualités extra-chrétiennes ont pu acquérir une telle audience, c'est que la dite tradition retrouvait des thèmes que le christianisme, dans un souci de synthèse doctrinal, avait refoulés et oubliés […] Ce reproche qu'adresse l'église orthodoxe au christianisme occidental: celui d'avoir oublié le rapport indissoluble de l'histoire de la chute et de la rédemption de la nature"[10].

Le schéma est le même pour les anciens alchimistes :

  • Le cosmopolite avait comme objectif de créer ce qu'il appelait une 'société de philosophes', un petit réseau de savants, destiné à renseigner les étudiants de cet art, réseau dont il se considérait comme un des éléments, au service du prochain : « Après avoir couru longuement les mers inconnues de la philosophie des anciens, nous voici heureusement arrivés au port […] Rien ne m'a paru plus sûr que d'établir entre nous une certaine société de philosophes, dont aucun en vérité ne fut connu en particulier »[11]

Présentée comme telle, l'alchimie prétend détenir le secret de la médecine universelle capable de soigner tous les êtres vivants, et de prolonger la vie au-delà des limites naturelles ordinaires.

[modifier] Objet de l’alchimie

Geber l'alchimiste Arabe
Geber l'alchimiste Arabe

Les alchimistes étaient supposés chercher le secret de la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. Mais derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, les alchimistes s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. On parle alors de "l'alchimie mystique". Plus radical encore, l'Ars Magna, une autre branche de l'alchimie, a pour objet la transmutation de l'alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi-illimité. L'alchimie a ainsi des aspects néo-platoniciens, séparant matériaux élevés et purs de leurs équivalents impurs et corrompus. Toutefois, la quête alchimique des premiers temps, celle de l'élixir, peut être simplement thérapeutique ; ce qui explique l'importance de la médecine arabe dans le développement de l'alchimie. On sait en effet que les médecins arabes vont développer une thérapeutique complexe, inventant des médications extrêmement sophistiquées (sans être nécessairement efficaces), et des procédés de transformation des produits naturels (comme la distillation, l'alambic étant une invention du monde arabe). La pierre philosophale, l'élixir, ces finalités des tentatives alchimiques sont aussi des panacées, des médicaments universels. En ce sens, même si l'alchimie n'est pas un ancêtre direct de la chimie, on observe chez Paracelse une transition entre alchimie et chimie par ce que le médecin suisse appelait iatrochimie.

[modifier] Le Grand Œuvre

Le Grand Œuvre avait pour but d'obtenir la pierre philosophale. L'alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Première Matière, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c'est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Trois principes fondent la métaphysique de l'alchimie : le sel, le soufre et le mercure, correspondant respectivement au centre moteur, émotionnel, et intellectuel[12]. Le symbole allégorique ne se reccoupe pas avec le symbole chimique et, par exemple, le mercure alchimique n'est pas le mercure chimique.

Les trois phases de l'obtention du sel sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure : œuvre au noir, au blanc, au rouge. Elles correspondent à trois types de manipulation chimique : noir (carbonisation), rouge (incandescence par ignition spontanée), blanc (calcination et lessivage répétés).

C'est par l'extraction que l'on obtient le Soufre (alchimie) et par la fermentation-distillation-rectification, le Mercure (alchimie) , le sel étant obtenu par calcination. Notez que les alchimistes croyaient qu'en faisant brûler ou chauffer des choses, ils les rendraient pures car ils voulaient éliminer le phlogistique, fluide qui était «matériellement» la chaleur. Les « noces chimiques » dont le résultat est la pierre ou l'élixir s'opèrent entre le soufre et le sel par la médiation du mercure.

Les alchimistes parlent communément, au début de l'œuvre, de la couleur noire, associée à Saturne, et au Chaos primitif, "où les semences de toutes choses sont confuses et mélangées"[13]. Réordonner ce chaos était la mission de l'alchimiste, c'est pourquoi ceux-ci n'ont pas hésité à faire appel à la genèse biblique[14].

les alchimistes attendent deux objectif de cette fameuse pierre philosophale: pouvoir transmuter les métaux vils en or ou autre métaux précieux, et pouvoir obtenir un élixir de longue vie pour être utilisé dans la médecine alchimique.

  • Le Grand Œuvre comme purification de l'homme et recherche de la connaissance

Le plomb aurai pour analogie la lourdeur la vulgarité et l'or l'élévation et la connaissance. L'alchimiste, dans cette optique serai alors la "matière première" du Grand Œuvre et son objet serai l'élévation vers la connaissance par le biais de la pratique et de l'étude alchimique[15]. La pierre philosophale devait également apporter une lucidité et une connaissance accrue à ceux qui l'obtiendrai[16].

[modifier] La médecine universelle et la recherche d'immortalité

Icône de détail Article détaillé : Élixir de longue vie.

La pierre philosophale permettait entre autre selon les alchimistes d'obtenir la panacée (remède universel permettant de guérir toutes les maladies) et l'élixir de longue vie. La légende veut que l'alchimiste Nicolas Flamel ait découvert l'élixir de jeunesse et l'ait utilisé sur lui-même et son épouse Pernelle. De même la légende du comte de Saint-Germain marqua l'alchimie, il aurait eu le souvenir de ses vies antérieures et une sagesse correspondante, ou aurait disposé d'un élixir de longue-vie lui ayant donné une vie longue de deux à quatre mille ans selon lui.

[modifier] La transmutation

L'Alchimiste par Sir William Fettes Douglas
L'Alchimiste par Sir William Fettes Douglas

La transmutation de la matière permet de transformer une substance en une autre, voire un élément en un autre (les éléments sont l'eau, la terre, le feu et l'air). Cette opération était réputée pouvoir être réalisée par un alchimiste disposant d'un cercle de transmutation ou par la Pierre philosophale, élément ultime (le cinquième élément ou alkahest), qui aurait permis, par exemple, de transformer des métaux peu précieux en or. La transmutation de la matière se déroulerait en deux étapes : la déconstruction de la matière puis sa reconstruction sous une autre forme.

[modifier] La transmutation au pied de la lettre

Bien que certains alchimistes renommés aient prétendu réussir l'opération de transmutation en or, on admet aujourd'hui qu'elle est chimiquement impossible mais physiquement réalisable. L'or comme les autres métaux étant des éléments simples (voir le Tableau périodique des éléments), seule une réaction nucléaire, modifiant les noyaux des atomes eux-mêmes, permettrait la production d'or. Le coût de cette transmutation est, avec les techniques actuellement connues, bien plus élevé que la valeur de l'or produit.

Il n'en reste pas moins que l'alchimie a fasciné des philosophes et des savants de toutes époques, tels Roger Bacon (1220-1292), Paracelse (1493-1541) ou Isaac Newton (1643-1727).

Parmi les alchimistes les plus renommés, il convient de citer Nicolas Flamel (1330-1417), dont on prétendit qu'il tira une immense fortune de ses expériences de transmutation. Cette fortune aurait servi à bâtir de nombreux hôpitaux et églises. Pourtant, l'origine de sa richesse reste mystérieuse et, après sa mort, de nombreuses personnes cherchèrent en vain sa pierre philosophale. Sa tombe au Père Lachaise à Paris est un hagiographe représentant le processus alchimique.

[modifier] La transmutation dans son fondement mythologique

[modifier] La transmutation selon l'alchimie mystique

les alchimistes qui s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme. La transmutation comme symbole

[modifier] Les différentes interprétations de l'alchimie

L'interprétation des buts poursuivis par l'alchimie est rendu plus difficile par les textes volontairement cryptiques laissés par les alchimistes. Cette difficulté d'interprétation à engendré de nombreuses thèses à propos du sens qu'il convenait de donner à l'alchimie.

[modifier] Hermétisme et gnose

L’hermétisme gnostique[17] est une doctrine apparue sous l'influence de la littérature diffusée sous le nom du 'Trimégiste', présentée comme initiée par un Dieu (Noûs, Agathos Daimôn) l'ayant lui-même transmise à Hermès[18]. Festugières distingue l'hermétisme philosophique selon 2 courants antagonistes, « selon qu'il s'apparente à la sagesse ou à la gnose, à l'hellénisme ou au mysticisme oriental »[19]. Le sage (au sens de la philosophie grecque) y est opposé à l'hermétiste et au gnostique. Pour le sage, le monde est mauvais, mais vécu comme une fatalité de l'ordre universel[20]. Pour le gnostique, "le monde est mauvais, Dieu ne peut donc pas en être l'auteur direct : la création est due à un second Dieu, démiurge. Ce dualisme porte des conséquences infinies, le mouvement premier de l'homme souffrant est de se révolter contre ce dieu qui le fait souffrir […] Le dieu vrai ne se laisse voir que par révélation, à un petit nombre d'élus […] Comme ce monde est mauvais, il est vain de travailler à une meilleure organisation de la société humaine […] On rencontre dans l'hermétisme toute une doctrine de la foi : la foi est la condition indispensable de la gnose"[21]. Ces doctrines se marieront au christianisme pour donner la gnose chrétienne[22]. malgré une apparente disparité, la gnose aura, dans toutes ses expressions, un point commun: le démiurge, dieu mauvais ou incompétent[23], et la doctrine de salut individuel (la Connaissance, Gnôsis) pour lui échapper. C'est ainsi qu'Hermès se retrouve dans la littérature gnostique sous la forme du Logos, comme l'a remarqué Jack Lindsay: "La voix créatrice de Thoth devint sous l'influence de la pensée hellénistique la sagesse créatrice de Dieu, Sophia, laquelle devint le Logos, le verbe ou la raison de Philon, des néoplatoniciens et enfin des chrétiens"[24]. Ce dualisme latent de l'hermétisme, qu'avait relevé Festugière[25], prend chez F. Bonardel l'expression d'un manichéisme transcendé qui aurait atteint sa finalité[26]

unicité cosmique, hermétisme et alchimie: "Il n'y a pas de différence entre la naissance éternelle, la réintégration, et la découverte de la pierre philosophale. Tout étant sorti de l'éternité, tout doit y retourner d'une même façon"[27]

Alchimie et unité de la matière: Françoise Bonardel[28], et plus clairement engagée. Intriguée par le "mode de propagation" de l'alchimie (mode qu'elle subdivise en trois catégories, contagion, transmission et rayonnement), elle emploie le même mode d'investigation qu'utilise l'arithmétique, le ppdc (plus petit dénominateur commun), afin d'en dégager un noyau irréductible, qu'elle nomme le « noyau opératoire », pour convenir « avec Halleux que l'idée de transmutation était en germe dans une pensée qui admettait l'unité fondamentale de la matière et qui considérait toute technique comme une mimesis de la nature susceptible de rejoindre et même de dépasser son modèle »[29]. Par cette approche, elle finit par découvrir le fil d'Ariane, une structure unitaire reconnaissable en dépit des rideaux de fumée censés la couvrir[30], structure qu'elle restitue dans une anthologie respectant "le caractère foncièrement anhistorique de l'esprit alchimique"[31]. En découvrant l'objet fondu dans l'image d'Epinal, Bonardel restitue… une autre image d'Épinal.

Hermétisme et HeidegerUne sommité que l'on n'attend pas dans l'exégèse alchimique fut Heidegger. Et pour cause, son expression, au semblant totalement étrangère à l'habituelle terminologie alchimique (pour le principe, voir l'étude plus bas : « La spéculation pure comme recherche dans l'œuvre non alchimique »), reste, selon Bonardel, conforme à la spéculation hermétique : « De tous les herméneutes contemporains, Heidegger est probablement celui chez qui l'hermétisme, dégagé de toute référence doctrinale traditionnelle, étranger à toute formalisation logique, trouve son expression la plus épurée, en tant que voie, voire même en tant que simple trace d'une possible voie, recueillement à l'écoute de l'être susceptible d'advenir à travers les étants »[32]. On reconnaîtra ici la définition de l'alchimie avancée par Bonardel (voir l'introduction de cet article), notamment "le mode d'expression d'une philosophie non de l'être, mais de l'itération entre ses états multiples", ce qu'Heidegger nomme « les étants »[33].

Dans la pensée hermétique proche du gnosticisme[34], la matière était perçue comme relevant d’un monde inférieur terrestre ou microcosme organisé à l'image du monde supérieur céleste ou macrocosme, de sorte que l'étude de la matière était pour l'homme coupé de la source divine originelle dont il était issu, un moyen de connaissance et de retour vers le divin.

[modifier] Terminologie et modalités d'expression

En tant que connaissance ésotérique, les textes alchimiques possèdent la particularité d'être codés. Il s'agit d'un savoir qui n'est transmis que sous certaines conditions. Les codes employés par les anciens alchimistes étaient destinés à empêcher les profanes d'accéder à leurs connaissances. L'utilisation d'un langage poétique volontairement obscur, chargé d'allégories, de figures rhétoriques, de symboles et de polyphonie (voir langues des oiseaux) avait pour objet de réserver l'accès aux connaissances à ceux qui auraient les qualités intellectuelles pour déchiffrer les énigmes posées par les auteurs et la sagesse pour ne pas se laisser tromper par les pièges nombreux que ces textes recèlent.

[modifier] La matière aux mille noms

Le même nom peut qualifier deux 'objets' ou 'sujets' totalement différents mais l'on peut aussi avoir plusieurs noms pour désigner le même objet. Ceci est particulièrement vrai pour le Mercure mais également pour d'autres termes.

Presque tout les traités d'alchimie commencent au début du second oeuvre et "omettent" de préciser de quelle matière première utiliser et cette énigme de la matière première est sciemment recouverte par l'énigme du Mercure selon René Alleau[35]. Fulcanelli, par exemple, s'emploie à multiplier les indications tout en restant cryptique[36]. Synésius semble plutôt décrire la matière dans son état avancé[37]. La matière aux milles noms, terme employé par Françoise Bonardel[38], demeure une énigme à double fond. Cet auteur résume la problématique ainsi: « Car si la force de l’alchimie réside bien dans le seul mercure des philosophes, comme le proclama très tôt Albert le Grand (1193-1280), c’est que la substance mercurielle, par excellence protéiforme, est alors envisagée soit comme une materia prima en qui sont latentes toutes les virtualités (dont celle du soufre), soit, après préparation, comme mercure double (ou hermaphrodite) en qui a été consommé et fixé l’union des 2 principes »[39].

[modifier] Alchimie, symboles et signes

Signes des éléments utilisés dans les manuscrit alchimique
Signes des éléments utilisés dans les manuscrit alchimique

Les trois principes

  • Soufre Principe actif représente le centre émotionnel
  • Mercure Principe passif représente intellectuel
  • Sel Principe moteur

Pour l'alchimie les quatre éléments ne représentent pas des composantes de la matière, en effet l'unicité de la matière est un des principes philosophiques de l'alchimie, mais plutôt des états de cette matière unique se rapprochant plus du concept physique d'état de la matière[40]. Ces éléments sont avec leurs symboles associés: le Feu , Eau , la Terre , l'Air .

Pour l'alchimie les métaux étaient liés aux planètes:

  • Or dominé par le Soleil ☉ ☼ (  )
  • Argent dominé par la Lune ☽ (  )
  • Cuivre dominé par Vénus ♀ (  )
  • Fer dominé par Mars ♂ (  )
  • Etain dominé par Jupiter ♃ (  )
  • Mercure (vif argent) dominé par Mercure ☿ (  )
  • Plomb dominé par Saturne ♄ (  )

[modifier] Références des ouvrages alchimiques

Allégorie de l'Alchimie
Allégorie de l'Alchimie

La majorité des ouvrages d'alchimie se basent sur au moins un des supports ci-dessous :

  • Les récits épiques: Par exemple: Le roi Arthur, mourant, est transporté sur l'île d'Avalon où va s'effectuer sa résurrection représenterait le passage de l'œuvre au noir à l'œuvre au blanc.
  • Le Graal est également utilisé dans la symbolique des ouvrages alchimiques et en particulier le récit de sa recherche, par exemple l'ouvrage de l'alchimiste Fulcanelli Le Mystère des Cathédrales donne du Graal une interprétation initiatique.
  • Les références à la mythologie grecque sont courantes dans la littérature alchimique. Ceci laisse à penser que la mythologie fut un mode d'expression qui s'occupait des même thèmes de recherche que l'alchimie médiévale. A titre d'exemple:
  • Les argonautes: En Grèce, dans Les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes (295-215 av. J.-C.), c'est Hermès qui change la Toison en or [41]. Le voyage des Argonautes, autre exemple, dont l'objectif est l'appropriation de la toison d'or, est un des textes fondamentaux auxquels se réfèrent les alchimistes. Le parallèle sera également fait entre l'Argo et le Saint-Vessel chargé du Graal[42].
  • Le mythe Prométhéen: en particulier chez Zosime. (cf plus bas: Le laboratoire mythologique dans l'hermétisme alexandrin)
  • La philosophie grecque, en particulier celle d'Aristote et De la génération et de la corruption, eut une influence fondamentale dans l'élaboration de l'alchimie médiévale, notamment aux XIIe et XIIIe siècles, période durant laquelle la scolastique avait créé un champ spéculatif suffisamment riche pour que les premiers alchimistes y puisent leur matériel (voir ci-dessous le paragraphe 'naissance de l'alchimie médiévale'). Certains textes philosophiques, prennent un relief inattendu sous la lecture alchimique (exemple : Héraclite, disant « le feu qui vient séparera toute chose »
  • influences moyenne orientales: Selon Bernard Gorceix, les traces de l'antique Iran sont nettement perceptibles dans l'élaboration des textes alchimiques et note en particulier l'influence du Zervanisme ou du Zoroastrisme[43] notamment concernant la conception de l'hermétisme gnostique d'un deuxième dieu corrupteur et plus particulièrement la corruption de la matière pas celui ci.
  • Le Nouveau Testament est souvent cité par les alchimistes (exemple : l'étoile qui guide les rois mages représente le signe qui va mener à l'enfant philosophal), ainsi que l'Ancien Testament (la séparation des eaux de la Genèse ou la traversée de la Mer Rouge par Moïse sont le principe de la séparation initiale des éléments).
  • Certains initiés auraient incrusté de grands secrets alchimiques dans des contes populaires. Par exemple, l'épopée de Pinocchio (dont on trouve aussi le pendant dans l'Ancien Testament - Jonas et la baleine) retrace l'ensemble de l'œuvre, jusqu'à la Pierre Philosophale (le pantin qui devient garçon). Ou encore, dans "Blanche rose et rose rouge" des frères Jacob et Wilhelm Grimm.

[modifier] Les raisons invoqués pour les textes cryptiques

Les présupposés populaires laissent à penser que la terminologie descriptive de l'alchimie se réduit à une sémantique propriétaire à caractère para-chimique (soufre, mercure, sel, métaux, antimoine etc.). Bien souvent, ne sont pas classées en catégorie « alchimie » les doctrines soutenues par un vocabulaire différent ce qui peut être une erreur d'interprétation due à des textes particulièrement cryptiques.

On retrouve 2 raisons distinctes, quoique peut-être complémentaires, pour lesquels les textes alchimiques sont aussi impénétrables :

1/ Un objectif de sélection naturelle

Dans son sens le plus large, l'alchimie se veut descriptive des grands principes de l'univers. Les alchimistes se nomment eux-mêmes « seuls philosophes véritables », et travaillent dans un esprit élitiste, estimant que seuls les esprits dignes et pénétrants doivent avoir accès aux résultats de leurs investigations. Ainsi les grands principes de l'alchimie prennent de multiples formes d'expression, voire sont parsemés d'erreurs délibérées; la multiplication des références mythologiques, historiques ou folkloriques et des symboles complexifiant encore la compréhension des textes.

2/ Une aide inattendue: l'obligation de basculer dans un état de conscience modifié

L'exposé alchimique, mélangeant le caractère poétique et, en même temps, la précision technique des textes, le tout dans des expressions protéiformes, obligerait le lecteur à prendre des distances par rapport à sa culture environnante, par rapports aux 'modalités d'époque', pour basculer dans une sorte d'état de conscience modifié, sans lequel ses chances de compréhension seraient quasi-nulles:

  • Selon Michel Butor : "Le langage alchimique est un instrument d'une extrême souplesse, qui permet de décrire des opérations avec précision tout en les situant par rapport à une conception générale de la réalité. C'est ce qui fait sa difficulté et son intérêt. Le lecteur qui veut comprendre l'emploi d'un seul mot dans un passage précis ne peut y parvenir qu'en reconstituant peu à peu une architecture mentale ancienne. Il oblige ainsi au réveil des régions de conscience obscurcies"[44].
  • Selon René Alleau : "Les alchimistes ont voilé […] non sans de pertinentes raisons dont l'une des plus importantes dut être que le néophyte se trouva dans l'obligation logique de réformer son entendement profane en se pliant à une série d'excercices mentaux domninés par la cohérence et sur-rationnelle des symboles […] A aucun moment, l'alchimie ne sépare-t-elle les transformations de la conscience de l'opérateur de celles de la matière"[45]

[modifier] l'alchimie et la chimie

Parmi ces grands alchimistes qui ont contribué à la chimie contemporaine, il convient de citer Marie la Juive[46] auquel ont attribut l'invention du bain-marie[47], du kerotakis[48] et du tribikos. L'alchimie a également assuré la perpétuation d'instruments, tel l'alambic, largement utilisé dans le laboratoire alchimique. L'alchimie a permis des découvertes de nouveaux matériaux et procédés chimiques, tel la porcelaine dont Johann Friedrich Böttger est co-ré-inventeur ou la découverte par Geber de l'acide sulfurique et l'acide nitrique[49]. Au Moyen Age l'alchimie a contribué à perpétuer une vision expérimentale et technique à une période où l'étude des textes anciens était privilégié dans les universités.[50]

Le laboratoire chimique doit énormément à l'alchimie, au point que certains ont qualifié l'alchimie de proto-chimie. C'est en particulier vrai pour certains positivistes qui ne considèrent l'alchimie que sous cet angle. Cette interprétation de l'alchimie comme proto chimie repose entre autre sur les techniques et les ustensiles de l'alchimie, utilisés par les savants (Newton , etc..) avant la méthode scientifique, continue d'être utilisé de nos jours.

Pourtant, l'objet de l'alchimie (la pierre philosophale et la transmutation des metaux) et celui de la chimie (l'étude de la composition, les réactions et les propriétés chimiques et physiques de la matière.) sont réellement distincts. D'autre part le rapport entre l'alchimie et les mythes locaux, et les constantes archétypiques universelles présentes dans la philosophie sous jacente à l'alchimie la distinguent également de celle çi[51]. Plusieurs auteurs du XXe qui ont étudié l'alchimie de manière approfondie la présente comme une théologie, ou comme une philosophie de la Nature plutôt qu'une chimie naissante[52], à ce titre, certains anciens alchimistes se donnaient le titre de 'seuls véritables philosophes'.

L'interprétation de l'alchimie comme relevant uniquement d'une proto-chimie proviendrait essentiellement d'une erreur d'interprétation de Marcellin Berthelot au XIXe[53]. Françoise Bonardel retient également l'hypothèse d'une simplification excessive opérée par certains historiens du XIXe[54].

[modifier] Interprétation psychanalytique de l'alchimie

La mise en évidence d'un symbolisme alchimique convergent dans des civilisations éloignées dans le temps et dans l'espace, a également conduit la psychanalyse et entre autre Carl Gustav Jung[55] ou Gaston Bachelard[56] à s'intéresser à ce contenu et çà y consacrer chacun un livre. Les approches de Jung et de Bachelard divergent sur le fond; Jung analysant entre autre les rapports de l'alchimie avec le symbolisme religieux, Bachelard de son côté, analyse le rapport psychanalytique de l'alchimie avec l'esprit scientifique[57].

[modifier] Historique

[modifier] Antiquité

[modifier] Chine :

Sur un plan strictement historique, un savoir de type alchimique est établi, pour la Chine, à partir du IIe siècle avant l’ère chrétienne.[58]. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge Hong (283-343 ap. J.-C.)[59]. Certains dont Serge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine en dès le 4500 av. J.-C..

La recherche des remèdes d'immortalité fait partie de la culture chinoise antique depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » sont souvent alchimistes. On retrouve la trace, dans les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, d'un récit parlant de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques lors du règne de Wu Di de la dynastie Han[60]. Dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’empereur jaune, hypothèse qui nous ferait remonter au III° millénaire avant JC [61].

[modifier] Inde:

Les origines de l'alchimie en Inde sont amplement débattues:

  • Selon A.B. Ketith, Lüders, J. Ruska, Stapleton, R. Müller, E. Von Lippman[62], se basant sur l'arrivée tardive de l'alchimie dans la littérature indienne, ce sont les arabes qui auraient introduit l'alchimie en Inde vers le Xe siècle.
  • Selon Mircea Eliade l'alchimie serait attestée en Inde à compter du IIe siècle après J.-C. et peut-être au IIIe siècle avant JC. Il se base sur la présence du tantrisme dans des zones peu touchées par l'islam, l'existence du "Mercure" dans la littérature indienne[63] et la présence de nombreux textes relatifs à l'alchimie dans la littérature bouddhique à partir du 2° siècle après JC[64]. Une position similaire est défendue par Julius Evola.
  • Certains remontent à une époque bien antérieure, celle des Védas: Ananda Coomaraswamy a par exemple établi la correspondance entre le binôme Sire Gauvain/Chevalier vert dans la légende des chevaliers de la table ronde, et le binôme Indra/Namuci [65] qui date du Rig-véda.

Des rapprochement entre l'alchimie et les pratiques shivaïques et tantriques ont été effectués par plusieurs auteurs: Shiva, qui s'apparenterait au principe actif du soufre, féconde Çakti, qui s'apparenterait principe passif mercuriel. Dans la tradition tantrique, le corps devient un 'Siddha-rûpa', corps de diamant-foudre[66]; ('Ja-lus', Corps arc-en-ciel en tibétain) se rapprochant du concept de pierre philosophale et de corps de gloire de l'Ars Magna en occident[67]. L'équivalent de l'alchimie se nomme Rasâyana, et amène vers un élixir de longue vie nommé Ausadhi[68].

[modifier] Mésopotamie, Babylone

Au Moyen-Orient, Babylone connaît également l'alchimie (voir Mircéa Eliade, Cosmologie et alchimie babyloniennes).

[modifier] Égypte antique

Le corpus hermétique est souvent confondu avec la tradition égyptienne, au sens de l'Égypte antique, ce qui est un anachronisme (un ou deux millénaires), puisque l'on sait aujourd'hui que le corpus est un texte tardif, écrit aux environs du second siècle ap. J.-C.[69], influencé par des traditions hétéroclites, dont la tradition grecque (voir ci-après "l'Égypte gréco-romaine"). Néanmoins, un certain nombre d'élements empruntés à la culture égyptienne ont influencé l'hermétisme, notamment la cosmogonie de l'Égypte antique ainsi que les liens entre Thot et Hermès Trismégiste[70].

[modifier] Égypte gréco-romaine:

L'école d'Alexandrie, probablement le centre le plus fécond de toute l'Antiquité, eut également ses maîtres à penser en alchimie (Zosime[71], Synésius, Olympiodore l'alchimiste). C'est, indirectement, par cet intermédiaire que l'alchimie a pris sa forme médiévale en Europe, où elle a été introduite par les arabes. Les arabes eux-mêmes l'ont connu de par la culture alexandrine, quand ils s'installeront en Égypte au VIIe siècle[72]. L'école d'Alexandrie connut un foisonnement de textes hermétiques, 20000 selon Jamblique au second siècle[73]. L'alchimie s'y est formée au confluent de courants hétéroclites[74]. Il semble néanmoins que ce soit à la gnose chrétienne que l'alchimie doit sa complexité[75]. Un grand nombre de textes hermétiques médiévaux en Europe seront d'inspiration alexandrine[76].

[modifier] Hermès, et le problème de sa multifonctionalité

Hermès[77] est porteur d'une ambiguïté qui le fait glisser sur une large palette qui va du rôle d'un Dieu jusqu'à celui d'une fonction alchimique[78]. Selon Eliade, il est avant tout une fonction théologique, au sens philosophique, où, tout comme le Christ, il est assimilé au Logos[79]. Antoine Faivre[80] fait la différence entre le mythe [81] et le mythique[82], il va faire la nuance entre "Le Dieu au caducée, et Hermès Trismégiste, le trois fois grand, auteur des écrits appelés hermetica"[83]. Le vocable 'Trimégiste' (qualifié par faivre de précipitation de Mercure dans l'histoire) lié à Hermès n'apparait qu'au second siècle ap. J.-C.[84], et on lui a associé aussi bien le ternaire alchimique, les 3 niveaux du monde (céleste, terrestre et infernal), les 3 règnes naturels (minéral, végétal, animal), les 3 principes alchimiques (sel, soufre, mercure), la trinité, ou encore 3 règnes historiques successifs, dont le premier fut Hénoch[85]. L'Hermès historique va naître à partir de 640 ap JC, quand les arabes découvriront l'édifice Abou Hermès à Memphis où il auraient trouvé une révélation, le trésor d'Alexandre (dont la plus ancienne version connue est arabe - elle fait partie d'un traité de Gabir - date du VIIIe siècle), contenant la fameuse 'table d'émeraude'[86]. Le problème s'est encore complexifié quand, en 1460, un moine apporte de Macédoine le 'Corpus Hermeticum', censé avoir été écrit par Hermès, à la cour de Florence. Marsile Ficin, à la demande de Cosme de Médicis, le traduit en urgence, et Pic de la Mirandole, en l'alliant à la Kabbale, créera l'origine de la tradition hermético-kabbalistique[87]. En 1614, Isaac Casaubon démontre que ces textes n'ont rien d'égyptien, et qu'ils datent des premiers siècles ap. J.-C. On sait aujourd'hui que le Corpus Hermeticum, publié sous l'auteur 'Hermès Trimégiste', n'a rien à voir avec un quelconque Hermès[88]. Il y a donc lieu de distinguer 4 niveaux d'Hermès :

[modifier] Moyen Âge

C'est au XIIe siècle, qu'apparaît en Europe un texte capital, la Table d'émeraude, que la croyance populaire attribuera à Hermès et qui aurai été traduit à partir d'un texte arabe du IXe siècle[89]. Ce très court texte hermétique d'une dizaine de lignes sera très commenté par les alchimistes au Moyen Age et décrirai selon eux la manière dont s'élabore l'œuvre philosophale[90]

Souvent classé parmi les élèves de l'école de Chartres, où il séjourna, Jean de Salisbury influencera la pensée d'Albert Le Grand[91], lui-même ayant pour élève Saint Thomas d'Aquin. Ces trois noms suffisent à résumer la naissance de l'alchimie médiévale, si l'on oublie le foisonnement d'auteurs qui mirent en place le contexte philosophico-théologique du siècle précédent, la scolastique étant d'abord une mosaïque de pensées très disparates, ce qui rend malaisée son approche. Les œuvres alchimiques conséquentes furent[92] :

  1. Albert Le Grand : De Alchimia
  2. Saint Thomas d'Aquin : Traité de la Pierre Philosophale
  3. attribué à Thomas d'Aquin, probablement apocryphe[93]: Aurora Consurgens
  • L'école d'Oxford, le traditionalisme scientifique

C'est sous l'influence de Robert Grossetête chancelier de l'université d'Oxford, et traducteur de l'Éthique à Nicomaque , et de Pierre de Maricourt, que naquit la très singulière pensée de Roger Bacon, "qui annonce Francis Bacon etRené Descartes"[94]. Son approche de la scolastique diffère totalement de celle d'Albert Le Grand ou Saint Thomas: il subordonne le droit canon et la philosophie à la théologie, en empruntant la doctrine du verbe aux augustiniens et à Saint Bonaventure[95]. Il est l'inventeur de "la science expérimentale"[96]. C'est l'étendue encyclopédique de son œuvre qui l'amène à l'alchimie, comme un sujet parmi d'autres : "Les considérations dans lesquelles il se complaît sur l'alchimie et l'astrologie montrent qu'avant les philosophes de la Renaissance il croit à la possibilité d'en faire sortir des sciences positives"[97]. 2 documents alchimiques lui sont attribués[98]:

  1. Une "Lettre sur les prodiges de la Nature et de l'Art
  2. Une compilation de traités dans son "Miroir d'alchimie"

[modifier] XIVe - XVIe siècle, l'apogée

L'alchimie commence à prendre ses distances avec l'Église, sur laquelle elle avait pris naissance et qui l'avait jusque-là tolérée. La réforme se prépare, les doctrines théosophiques apparaissent, l'illuminisme se développe. L'approche purement théologique devient ambivalente pour se muer en descriptif analogique[réf. nécessaire]. La grâce divine reflète la pierre, le discours prend plusieurs significations : théologique, métaphysique et physique. L'alchimie, frappée d'hérésie, se fonde en doctrine secrète pour échapper à son bourreau. Il faut désormais une érudition et une capacité de discernement pour entendre les textes masqués sous d'épais voiles. C'est dans ce contexte que naîtra le foisonnement de textes le plus important de toute l'histoire occidentale[99], mais aussi le plus obscur. Les auteurs les plus caractéristiques sont Guillaume de Loris (Roman de la rose), Flamel, Ripley, Bernard de Trévise, Isaac le hollandais, Paracelse, John Dee, Denis Zachaire, L'abbé Trithème, Salomon Trismosin, Basile Valentin, Kunrath. À cette époque, la capitale de l'alchimie est Prague, et à peu près tous les érudits y convergent. Cette ville jouera le rôle d'Alexandrie dans l'Antiquité.

[modifier] XVIIe - XIXe siècle, le déclin

Avec la Renaissance, le siècle des Lumières, et l'avènement du matérialisme les succès des approches cartésiennes et kantiennes propagent l'idée que la Nature est concevable dans sa forme observée, mesurable, indépendamment d'une causalité qui la transcenderait. Même si de grands alchimistes marquent encore cette époque (l'anglais Eyrénée Philalèthe (dans la première moitié du XVIIe siècle), le médecin suisse Jean-Frédéric Schweitzer dit Helvétius à la fin du XVIIe siècle, Jean-Baptiste Alliette (1738 – 1791), dit Etteilla ((en) Etteilla) au XVIIIe siècle, Albert Poisson à la fin du XIXe siècle, même si certains scientifiques défendent encore les principes hermétiques (Leibniz[100],[101], Newton[102]), l'alchimie est progressivement assimilée à une proto-chimie, pour finir par voir son arrêt de mort signée par Lavoisier. Au XIXe siècle, les quelques alchimistes résiduels sont considérés comme des curiosités, vestiges d'une époque révolue.

[modifier] La franc-maçonnerie s'empare de l'alchimie

Ce qui est certain, pour avoir été démontré par un franc-maçon[103], c'est que, en dépit d'un patrimoine symbolique restreint[104], et au semblant disjoint de l'hermétisme, le rituel maçonnique se fonde sur une base alchimique : "Le symbolisme maçonnique constitue en effet un étrange assemblage de traditions empruntées aux anciennes sciences initiatiques. Il tient compte de la valeur kabbalistique des nombres sacrés et règle le cérémonial d'après les principes mêmes de la Magie. Mais c'est l'alchimie philosophique qui présente avec la maçonnerie les analogies les plus frappantes. Il y a, de part et d'autres, identité d'ésotérisme, les mêmes données initiatiques se traduisant par des allégories empruntées, les unes à la métallurgie, et les autres à l'art de bâtir. La FM n'est, à ce point de vue, qu'une transposition de l'alchimie"[105].

[modifier] Le XXe siècle, l'alchimie renaît de ses cendres

[modifier] Nouvelles œuvres, nouveaux initiés:

En 1926 paraît un ouvrage intitulé Le mystère des cathédrales écrit par un inconnu usant d'un pseudonyme, un certain Fulcanelli. Ce même auteur fait publier quelques années après un autre ouvrage, Les Demeures philosophales. Fulcanelli deviendra au cours du XXe siècle une légende[106]. Canseliet, qui aurait été son élève, va venir souffler le chaud et le froid sur ce personnage, qui, selon la légende, aurait bénéficié du « don de Dieu », l'immortalité (il aurait été vu en Espagne âgé de 113 ans)[107]. Fulcanelli et Canseliet sont deux auteurs ayant publié quelques ouvrages d'une érudition titanesque au regard de l'alchimie, véritable synthèse de toute la connaissance alchimique et qui suffiraient par eux-mêmes selon les plus fidèles partisans. Sont également auteurs contemporain, Roger Caro, fondateur de l'Église universelle de la nouvelle alliance, Kamala Jnana et Jean Clairefontaine, d'ailleurs peut être tous la même personne[108].

[modifier] Considérations entièrement revues:

Richard Caron[109] fait état d'un regain d'intérêt notoire à partir du début XXe, où « On voit s'intéresser à l'alchimie non seulement des occultistes de tous horizons, mais également des écrivains, une certaine partie de la bourgeoisie qui fréquentait les salons littéraires, et particulièrement le milieu médical qui depuis la fin du siècle précédent a fait soutenir, dans ses facultés, un grand nombre de thèses en médecine. » Cet auteur a établi une liste[110] d'ouvrages, catalogues et revues, publiés pour la première fois ou réédités, de 1900 à 1995, de plus de 3000 titres relatifs à l'alchimie, liste qu'il estime non exhaustive. Il fait état d'un travail de plus grande ampleur entrepris par l’Anglais Alen Pritchard[111]

En 1953 René Alleau publia aux éditions de Minuit un ouvrage fondamental : Aspects de l'alchimie traditionnelle avec une préface d'Eugène Canseliet. C'est d'ailleurs Alleau qui, en 1948, prononça une série de conférences sur l'alchimie auxquelles assista André Breton, et qui eurent un profond retentissement sur le chef de file des surréalistes. On doit au même auteur la collection